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En quête de l’Oiseau du temps – Entretiens avec Loisel et Le Tendre par Christelle Favre et Bertrand Pissavy-Yvernault

Couverture luxueuse et maquette superbe : un bel écrin pour cet album hommage à la série culte de la BD fantastique

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ix ans se sont déjà écoulés depuis la parution du cinquième volume de la Quête de l’Oiseau du Temps, pierre angulaire de la bande dessinée fantastique. En 1998, la série renaît avec un Second Cycle qui accueille aux commandes les éternels Serge Letendre et Régis Loisel au scénario et story-board, tandis qu’une jeune recrue, Lidwine, s’attèle à la partie dessin de l’album. Malgré le talent dont il fait preuve en relevant ce défi, Lidwine s’avère trop lent pour mener à bien l’entreprise dans les délais, et jette l’éponge. C’est un nouveau dessinateur, dont l’identité est encore tue, qui reprendra le flambeau et réalisera la suite de l’Ami Javin, à paraître dans les mois à venir…

Comme pour nous faire patienter jusque-là, et saisissant l’occasion du festival d’Angoulême 2004, présidé par Loisel, Dargaud publie En Quête de l’Oiseau du Temps, sorte de making of de la série, tout comme l’avait été L’envers du décor il y a quelques années pour Peter Pan, l’autre grande saga dont Loisel est l’auteur. Néanmoins, ce nouvel ouvrage se révèle beaucoup moins fourre-tout que son alter ego paru chez Vents d’Ouest.

Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault mènent une véritable « EnQuête » mêlant croquis inédits, illustrations, entretiens avec les deux auteurs, interventions de leurs collègues et amis dessinateurs. Ce voyage dans le temps depuis la genèse de La Quête au cours des années 70, période à laquelle est créé l’atelier Bergame – laboratoire d’apprentissage et d’entraide d’une génération d’auteurs – s’avère particulièrement trépidant. Effectivement, il est indissociable de l’aventure humaine qui nous est contée, ponctuée de souvenirs et d’anecdotes par Loisel, Letendre et leurs copains. Le Mythe en ressort quelque peu désacralisé, certes, mais l’émotion est là lorsque l’on suit nos deux compères dans les coulisses : leur frénésie et leurs divergences, leurs soucis techniques et autres galères éditoriales, tout ce qui a fait de La Quête le classique incontournable qu’elle est aujourd’hui. Le tout est doté d’une luxueuse couverture et d’une maquette classieuse, jalonnée d’hommages plus ou moins réussis, réalisés pour l’occasion par une vingtaine de dessinateurs. Loin d’être destiné aux seuls fans, l’ouvrage reste un régal pour tous les bédéphiles, et nous met davantage en appétit pour le volet suivant de l’épopée.

trevor baonde

   
 

En quête de l’Oiseau du temps – Entretiens avec Loisel et Le Tendre par Christelle Favre et Bertrand Pissavy-Yvernault, Dargaud, 2004, 175 p. – 39,00 €.

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Edith / Yann, Basil et Victoria – Tome 2 : « Jack »

Jack l’éventreur raconté par des gamins des rues, avec les dialogues d’un Yann déchaîné. C’est Jack, Alph’Art 1993 du meilleur album

Il y a beaucoup de rééditions qui passent inaperçues et on ne s’en plaindra pas. D’autres sont l’occasion – pour des lecteurs plus jeunes que d’autres – de découvrir des albums qui n’ont pas acquis le statut de classique malgré leur qualité. L’intégration de Jack dans la récente et prometteuse collection « Les 3 Masques » correspond sans conteste à la seconde hypothèse. Bien sûr le thème de Jack l’éventreur a été magistralement traité par Alan Moore. Bien sûr celui des orphelins de l’Angleterre victorienne a été abordé avec talent par Loisel dans son Peter Pan. Bien sûr… Et bien sûr, Jack n’est pas LE chef-d’oeuvre oublié dont tout critique aimerait à se gargariser. Pourtant, Jack est un album qui se tient fort bien et qui mérite que l’on s’y arrête…

L’album tourne autour de quatre gamins abandonnés à eux-même dans les rues de Whitechapel, le quartier le plus mal famé de Londres. Basil, Victoria, Sâti et Kangourou vivotent comme ils le peuvent. La vente de journaux ou de rats, les représentations burlesques dans les pubs ou encore de menus services rendus aux grands de ce monde leur permettent de manger une fois de temps et temps. Ils ont même l’énergie de s’aimer, de se jalouser et de s’engueuler les uns les autres. Comme quoi tout ne va pas si mal quand on a dix ou douze ans et pas le sou sous la grande Victoria !

Or voilà qu’une fleur du pavé se fait étriper et que le massacre est revendiqué par un certain Jack the Ripper. Une prostituée de plus ou de moins, ça n’émeut pas trop à Whitechapel. Mais quand c’en sont deux, puis trois et quatre alors que Scotland Yard n’aboutit à rien, la rue murmure, et les mômes se frottent les mains : le crime, ça fait monter le tirage des journaux et augmenter leur paye ! Grand spécialiste du quartier, Basil est certain d’arriver à gagner la prime de 10.000 livres sterling offerte à celui qui découvrira l’identité de Jack. Kangourou, de son côté, a une petite idée, mais il tient à sa vie…

En centrant son scénario sur ces enfants de Whitechapel et leurs déboires quotidiens, Yann arrive à nous faire découvrir de l’intérieur comment le prolétariat victorien a vécu l’épisode de Jack l’éventreur, sans jamais verser dans le reportage ou le glauque larmoyant. Là où Alan Moore place le caractère exceptionnel du fait divers au centre de son histoire, Yann nous démontre la violence et la cruauté du quotidien de ces enfants par l’insouciance dont ils font preuve. Les quatre héros ne semblent en effet pas être frappés outre mesure par les actes de barbarie et le cynisme qui les entourent. Bref, un scénario qui mêle habilement une part d’intrigue policière et beaucoup d’humour. Et encore bravo pour les dialogues, cocktail savoureux d’idiotismes français et britons, le tout assaisonné de remarques délicieusement cinglantes.
 
En matière de dessin, ça concorde. On retrouve ce mélange de légèreté et d’angoisse déjà distillé par le scénario. Le trait est clairement humoristique avec gros nez et autres exagérations, alors que la couleur – directe a priori – est beaucoup plus sombre. Les tons s’approchent des ocres et des briques ; ils sont pleins de ces clairs-obscurs qui caractérisent la city quand elle est plongée dans le fog. Cela donne un résultat formidablement expressif tant pour les visages que pour les ambiances. Pour satisfaire les âmes chagrines, nous pouvons toutefois remarquer que l’enquête du lecteur peut être malmenée par des personnages parfois difficiles à reconnaître d’une planche à l’autre.

Jack est un album touchant et léger. Il traite pourtant d’une histoire tout ce qu’il y a de plus grave mais arrive à ne pas la dénaturer. C’est un livre qu’on a envie de conserver pour le relire une fois de temps en temps… Juste histoire de se dire que la bande dessinée ne se résume pas à des petits mickeys ou des femelles dénudées !…

Martin Zeller

   
 

Edith (dessin) / Yann (scénario), Basil et Victoria – Tome 2 : « Jack », Les Humanoïdes Associés, réédition novembre 2003 (première édition 1992), 12,35 €.

 
     
 

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