Grégory Charlet, Kabbale – Tome 2 : « Carole »

Un surdoué du dessin vous parle de votre quotidien. Découvez Kabbale !

Gaël aime beaucoup Carole, mais cette dernière a déjà un petit ami. Dur dur d’être un jeune homme dans notre société actuelle. Voilà le résumé, bref mais exhaustif, de l’intrigue qui sous-tend les deux premiers tomes de Kabbale. Pourtant, que l’on ne s’y trompe pas, Grégory Charlet ne s’arrête pas aux amours tourmentées de deux ados. Kabbaleest avant tout une chronique intimiste et brutale décrivant la démence de notre quotidien.

 Gaël est un dessinateur idéaliste. Entre ses entraînements de boxe, les manifs et ses frustrantes rencontres avec Carole, il écrit un album pour enfants. Gaël est idéaliste, mais sanguin. Il prend parti pour les causes qui lui semblent justes, et à parti ceux qui les malmènent. Gaël est idéaliste, mais il sait se défendre… au point d’envoyer ses agresseurs à l’hôpital. Gaël est un idéaliste qui vit dans un monde violent où des bandes de mecs emmerdent les filles, où les gamins agressent les gens et où les beurs sont repoussés à l’entrée des boîtes de nuit. Gaël est un idéaliste qui va se révolter.

Dans Kabbale, les scènes (notamment celle avec Anaïs, dans la boîte…) sentent le vécu, le quotidien. Et ce qui passait pour le défaut de la série est aussi sa principale qualité : l’auteur accorde en effet beaucoup d’importance au développement de son univers et à la création des ambiances. Résultat : on a l’impression d’avoir passé des années dans son monde (peut-être parce que c’est le nôtre). Mais la raison en est sans doute que ces deux premiers tomes restent d’abord des albums d’exposition. Heureusement, Grégory Charlet nous a promis une accélération de l’action pour le tome 3 !

 Pourtant, le travail que Charlet a mené sur ses ambiances vaut, à lui seul, qu’on s’intéresse à ses albums. Les couvertures, pour ne parler que d’elles, sont hallucinantes. D’ailleurs, l’éditeur ne s’y est pas trompé puisqu’elles sont restées vierges de tout ajout textuel : le dessin parle de lui-même, et c’est sur un autocollant détachable que sont présentés le titre et le nom de l’auteur. Le dessin de Charlet est tout simplement puissant. Ses planches d’ambiance – souvent muettes – créent des atmosphères dont on ne s’échappe pas facilement. Pour s’en apercevoir, il suffit d’ouvrir Carole sur le flash back qui, en introduction, retrace la rencontre des deux principaux protagonistes, ou sur les pages du rêve post-apocalyptique de Karim. Deux scènes, deux registres chromatiques, deux ambiances… saisissantes.

Côté trait, l’influence du style manga est très présente (on trouvera des références récurrentes à Akira, une œuvre culte pour Grégory Charlet). Mais c’est une influence digérée, on est très loin des albums « façon manga » qui inondent le marché franco-belge.

 Grégory Charlet est un auteur qui, comme ses personnages, se cherche sans doute encore un peu. Mais son dessin, il l’a déjà trouvé ! Et comme il l’annonce à la très troublante dernière page de ce deuxième album, il s’agit désormais de « changer le monde ».

Martin Zeller

   
 

Grégory Charlet (scénario, dessin et couleurs), Kabbale – Tome 2 : « Carole », Dargaud, mai 2004, 48 p. couleur – 10,45 €.

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