Archives de Catégorie: Jeunesse

Quelqu’un écrivait il y a longtemps – et cela ne contribua pas peu à sa notoriété – que la valeur n’attendait pas le nombre des années. Le goût de la lecture non plus. Les éditeurs le savent, les chroniqueurs aussi, et nous n’aurons de cesse que de vous le prouver…

Entretien avec colette d’orgeval (Le + bô)

je me suis souvenue à temps que je voulais finir mes jours comme écrivain et non comme rédactrice publicitaire

« L’écriture, c’est l’exercice de la liberté ». C’est ce que nous confie Colette d’Orgeval à l’occasion de la sortie de son dernier livre, Le + bô, un album pour enfant. Un parcours insolite par son éclectisme assumé.

Écriviez-vous déjà quand vous étiez enfant ou adolescente ?
Colette d’Orgeval : 
J’ai commencé à écrire toute petite : j’écrivais pour ma mère des histoires de deux ou trois pages que je croyais être des romans. Je passais aussi mon temps à lire. L’écriture m’a reprise plus tard quand j’étais dans la pub, comme une sorte d’antidote à mon activité de conceptrice-rédactrice. Des romans encore, mais cette fois avec le nombre de pages requis.
 
Avez-vous été influencée par des lectures, des auteurs ?
Disons que longtemps, en écrivant, j’ai accompagné mon travail d’un ou deux livres à qui je vouais un culte exclusif à ce moment-là : j’en lisais une page de temps à autre avant de me mettre devant mon ordinateur, ou dans les moments de blocage. C’était stimulant, ça me remettait dans mon rythme, et ça me permettait d’aller jusqu’au bout de mon projet. J’ai eu mon époque Baricco, Calvino, Beckett, Jauffret, Camus… Mon travail a profité de l’enthousiasme et de l’énergie qu’ils m’inspiraient. Maintenant, quand j’écris, je suis inspirée par toutes les formes artistiques, spécialement par les plasticiens.
 
Comment passe-t-on de la publicité à l’écriture ? Seriez-vous un Beigbeder en jupons ?
Je suis passée de la pub à l’écriture parce que je me suis souvenue à temps,- en lisant Le monde selon Garp de John Irving – que je voulais finir mes jours comme écrivain et non comme rédactrice publicitaire. En fait j’ai vécu les deux activités en parallèle pendant un certain temps avant d’oser lâcher la pub. Le passage de l’écriture publicitaire à l’écriture romanesque demande une vraie rééducation : il faut passer de la concision à la digression, ce n’est pas rien. De là à être un Beigbeder au féminin… au fait c’est qui Beigbeder ?
 
Dans quelles circonstances avez-vous publié votre premier livre ?
Mon premier livre est un roman intitulé La nuit menteuse dont j’avais envoyé le manuscrit par la poste à une vingtaine d’éditeurs. Lorsqu’une voix inconnue sur mon répondeur m’a demandé de rappeler Albin Michel, j’ai cru que c’était une blague. Mais non.
 
Votre dernier roman paru en 2002 (Guide des terrasses avec vue sur le ciel) rendait hommage à l’univers de Samuel Beckett. Aujourd’hui, vous publiez un album pour tout-petits. Revendiquez-vous l’éclectisme en littérature ?
Ce qu’on a envie de raconter ne s’adresse pas forcément toujours à la même tranche d’humains. Par ailleurs l’écriture d’un roman est une longue traversée, qui demande un effort soutenu et une grande concentration. Quand je sors du tunnel, j’ai besoin de passer à des formes d’écriture moins accaparantes. Et c’est là que la pub n’a pas que des mauvais côtés : elle m’a appris la souplesse, le changement, les caprices, la légèreté ! Écrire devrait tout permettre, ne devrait jamais vous enfermer dans une catégorie… C’est l’exercice de la liberté, non ?
 
Écrivez-vous différemment pour les adultes et pour les enfants ?
J’espère que oui ! Les motivations diffèrent. J’aime bien l’idée d’écrire pour les tout-petits, ceux qui ne savent pas encore lire et pour qui se faire raconter un livre est un bon prétexte pour obliger sa maman ou son papa à passer un moment privilégié avec eux ! J’espère que mes livres sont de ceux qui sont pris et repris jusqu’à usure totale ! De véritables outils pour la bonne entente familiale !
 
Dans l’album nous assistons à la naissance de bô. Pouvez-vous nous parler de sa conception ?
D’abord de la constatation que l’enfant, toujours au départ le plus beau pour ses parents, se trouve confronté très vite à des difficultés qu’il lui faut surmonter : problèmes d’élocution, maladies contagieuses, aller se coucher le soir, par exemple. Cet apprentissage de la vie peut être pris sous un angle rigolo, on peut en faire un jeu, ça peut être aussi une occasion de devenir en douceur un « mini philosophe ». Surtout quand ça devient des petites histoires qu’on adore lire et relire, commenter, répéter avec son papa et sa maman. Chaque fois que je regarde et que j’écoute des petits enfants, je trouve de nouveaux sujets pour enrichir le personnage et la vie de bô ! Une future saga ? Suspense !
 
Comment avez-vous travaillé avec l’illustratrice Chiaki Myasaki ?
De loin ! Je ne l’ai jamais rencontrée, ce que je regrette. J’ai créé le personnage de bô et écrit ses histoires. À partir de là, c’est l’éditrice, Lucette Savier, qui a déniché l’oiseau rare, Chiaki, et qui l’a fait travailler. Avec humour et fraîcheur, elle a su apporter le léger décalage que je souhaitais pour mon héros : elle l’a rendu tout à fait unique et irrésistible. 
 
Qui sont Caro, Bali, Clém, Laure et Emilie, les dédicataires de votre album ?
Mon comité de lecture personnel que je remercie chaleureusement pour sa franchise et son soutien !
 
Quels sont vos projets ?
J’ai l’espoir de voir la suite des histoires de bô dans de prochains albums : ces histoires sont déjà prêtes. Actuellement, je travaille à mon prochain roman.

 
Bibliographie
 Le + bô, Albin-Michel Jeunesse, mai 2005
Guide des terrasses vues du ciel, Nicolas Philippe, 2002
Ce fou de Don Quichotte, Desclée de Brouwer (Petite collection Clé), 2001
Le fils du boa, Desclée de Brouwer, 1996
La nuit menteuse, Albin-Michel, 1988.
 

   
 

Propos recueillis par p. châtel le 20 mai 2005.

Publicités

Commentaires fermés sur Entretien avec colette d’orgeval (Le + bô)

Classé dans Entretiens, Jeunesse

Daniel Keyes, Des fleurs pour Algernon

En mars 2004, Flammarion rééditait ce classique de la SF dans sa collection Tribal, destinée aux lecteurs adolescents

Des trois romans de Daniel Keyes publiés en trente ans, au moins un, Des fleurs pour Algernon, considéré comme son chef-d’œuvre, compte aujourd’hui parmi les grands classiques de la SF. Paru en I959 sous forme de nouvelle et étoffé ensuite, ce roman a connu tout de suite un immense succès. Récompensé par le prix Nebula en 1966 – prix obtenu par Dune l’année précédente – il est ensuite porté à l’écran par Ralph Nelson en 1968 sous le titre Charly.
En 2004, devenu introuvable, Flammarion a la bonne idée de le rééditer dans la collection « Tribal », qui regroupe des textes de registres divers destinés à des lecteurs adolescents.

Des savants ont réussi par une opération à augmenter spectaculairement l’intelligence d’une souris de laboratoire, Algernon. Un grand espoir pour les humains, qu’ils vont concrétiser avec Charlie Gordon, un arriéré qui ne rêve que de devenir untélijen ainsi qu’il le relate dans les contes randu – trame du livre – que les médecins lui imposent de rédiger. Soumis aux mêmes tests qu’Algernon, il est régulièrement battu par elle, ce qu’il ne supporte pas. L’opération pratiquée sur Charlie est un succès et une grande première. Cobaye motivé, soutenu de surcroît par une blonde et charmante psychologue, il se livre à un rapport détaillé et de mieux en mieux écrit de sa remontée vers des quotients intellectuels de plus en plus élevés. Ses capacités de compréhension et d’acquisition se décuplent à une allure folle : il apprend, se souvient, rêve, s’éveille aux filles, mais aussi aux moqueries des autres, comprend l’idiot qu’il a été.
Avec l’excitation de comprendre de plus en plus de choses, se développe en lui une lucidité de ce qu’il y a sous la surface des événements. Plus tu deviendras intelligent, plus tu auras de problèmes, l’avertit son psychiatre. En effet, seulement trois mois après l’opération son intelligence dépasse déjà celle des savants qui l’ont opéré. Il découvre leur médiocrité et s’affole de voir son sort entre leurs mains. Et pire encore, de se sentir à leurs yeux toujours objet d’expérimentation et jamais une personne. Une souffrance telle qu’il s’enfuit avec Algernon, pour tenter à New York une vie d’adulte autonome loin des labos et de la science. À cette étape de son évolution, il est souvent submergé par les émotions, désorienté face aux femmes, et succombe fréquemment à cette impression schizophrène d’être toujours sous surveillance de l’ancien Charlie qui l’empêche de grandir affectivement et sexuellement.

Parallèlement ses recherches de génie lui démontrent que, de la même façon qu’Algernon, il est voué à retomber fatalement dans son état d’idiot. Il lutte, lit, essaye encore d’apprendre. Une véritable course contre la montre. Mais la régression se fera, implacable. Pertes de mémoire, de compréhension, oubli des langues étrangères, symptômes de retour en enfance, activité motrice défaillante, il s’effondre par morceaux. Son seul plaisir à présent c’est le poste de télévision. Honteux de sa déchéance, le seul endroit où pour finir il se sentira au chaud sera l’asile, dans la compagnie de ses semblables. L’aventure intellectuelle et émotionnelle qu’il a vécue ne lui laissera qu’un vague souvenir.

Fable humaniste et cruelle, Des fleurs pour Algernon incline davantage vers la fiction et la psychologie que vers la science. Daniel Keyes ne propose pas seulement le récit dramatique d’un voyage de l’enfer au paradis avec retour à la case départ ; il démontre aussi avec talent que si l’intelligence est une valeur d’importance, la plus essentielle reste la dignité humaine. Et qu’en fin de compte, rien ne remplace la chaleur de l’amitié, cette amitié qui manque tant dans les hautes sphères fréquentées par les génies.
Rien ne vaut la sagesse des sixties !

c. d’orgeval

   
 

Daniel Keyes, Des fleurs pour Algernon (traduit par Georges H.Gallet), Flammarion coll. « Tribal », mars 2004, 366 p. – 8,00 €.

 
   

Commentaires fermés sur Daniel Keyes, Des fleurs pour Algernon

Classé dans Jeunesse, Science-fiction/ Fantastique etc.