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Pierre-André Taguieff, Les Protocoles des Sages de Sion. Faux et usage d’un faux

Tandis que revient le vieux discours antisémite attribuant aux juifs tous les pouvoirs, il importe d’évoquer les fameux Protocoles des Sages de Sion

Au moment où l’on sent remonter à la surface le vieux discours antisémite attribuant aux juifs tous les pouvoirs, il n’est pas inutile de se replonger dans l’histoire d’un document – faux – qui a servi à accréditer cette thèse. La littérature anti-juive a en effet pu compter sur les fameux Protocoles des Sages de Sion, conçus en 1900-1901 par les services de la politique secrète russe, qui se présentent comme les minutes de séances occultes tenues par les plus hauts dirigeants du « judaïsme mondial » visant à organiser et à programmer leur conquête du monde.

 

Dans un premier temps et jusqu’en 1917, ce texte est utilisé par les antisémites russes qui cherchent à dénoncer une éventuelle modernisation de la Russie comme une affaire juive. D’abord arme de guerre contre le bolchevisme, les Protocoles deviennent rapidement la preuve irréfutable de l’existence d’une « conspiration juive mondiale » qu’il convient de dénoncer et de combattre. Bien que la démonstration de la fausseté du document ait été faite dès 1921, les Protocoles vont connaître une grande diffusion. Le grand intérêt de la remarquable étude de Pierre-André Taguieff est de nous montrer que l’objectif de ce faux mute comme un virus pour toujours mieux s’adapter au contexte dans lequel il est utilisé : la défaite de l’Allemagne en 1918 s’expliquerait par une machination juive, la « haute finance internationale » serait aux mains des juifs, le sionisme se constituerait sous la forme d’un lobby mondial pour dominer le monde et l’État d’Israël serait au centre d’un « complot sioniste mondial ». Les mots peuvent changer, l’idée reste la même : montrer que les juifs tirent les ficelles de la politique et de l’économie à une échelle planétaire et qu’il devient urgent d’y mettre un terme.

L’ouvrage de Pierre-André Taguieff, parfaitement documenté, nous raconte le lancement, les coups d’arrêt et les relances des Protocoles jusqu’au mensonge d’Auschwitz en passant par l’arabisation du document. Un livre complet : outre les réflexions très informées de l’auteur, on trouve une chronologie commentée particulièrement instructive, une bibliographie très bien fournie (près de 60 pages), une annexe de Jean-François Moisan traitant des Protocoles en Grande-Bretagne et aux États-Unis, et des documents qui nous livrent des extraits des Protocoles.
Brillant !

e. keslassy

   
 

Pierre-André Taguieff, Les Protocoles des Sages de Sion. Faux et usage d’un faux, Berg International-Fayard, octobre 2004, 490 p. – 26,00 €.

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Pierre-André Taguieff, Le Sens du progrès. Une approche historique et philosophique

Pierre-André Taguieff montre une fois de plus son talent pour rendre clairs et accessibles des débats complexes


Pierre-André Taguieff publie beaucoup. Jamais trop. Il a en effet ce talent rare de pouvoir toujours renouveler son approche des questions qui ne cessent de le tarauder. Ici, l’auteur revient sur un thème déjà abordé dans plusieurs de ses ouvrages antérieurs (dont L’Effacement de l’avenir, Galilée, 2000 ; Du progrès. Biographie d’une utopie moderne, Librio, 2001) : le progrès. Faut-il toujours aller dans son sens ? Sa mise en cause radicale est-elle plus pertinente ?

En mobilisant plus de quatre siècles d’histoire conceptuelle et politique de l’idée de progrès, en analysant les principales théorisations de cette notion – de Bacon à nos jours – Pierre-André Taguieff nous propose de repenser le progrès en s’interrogeant sur ce qu’il est approprié de conserver dans l’héritage progressiste. Il nous explique à quel point l’Occident est gagné par une crise sans précédent de l’idée de progrès qui, tout en se matérialisant dans les dernières décennies du XXe siècle, trouve certainement son origine dans la vision d’un « Progrès meurtrier » avec la Première Guerre mondiale. La perception d’une civilisation occidentale comme processus indéfini d’amélioration linéaire, continu et irréversible, voué à s’universaliser, est très fortement contestée. Évidemment, l’idée de progrès continue d’exister mais principalement sous la forme dégradée du goût du nouveau pour lui-même.

Ainsi, si la modernité occidentale s’est largement organisée autour de la « religion du Progrès », elle traverse une crise majeure de confiance en ses propres valeurs. Le danger le plus saisissant, sans aucun doute, réside selon l’auteur dans le fait que le lien social se reconstitue sur des bases communautaristes. La fascination exercée par le fondamentalisme islamique peut s’expliquer par l’épuisement de l’idée de progrès : l’islamisme fonctionne alors comme une sorte de religiosité de substitution à la « religion du Progrès ». Quelle est la solution ? Si Pierre-André Taguieff réclame une résistance citoyenne et républicaine, il nous livre également, à la fin de sa puissante étude, une citation énigmatique de Mikhaïl Lermontov : Il (…) suffit d’indiquer la maladie. Mais Dieu sait comment la traiter !
 
Le Sens du progrès est un ouvrage extrêmement intéressant, très bien documenté – la bibliographie est à elle seule passionnante – qui fait le point sur des questions essentielles. Pierre-André Taguieff a décidément l’art de rendre clairs et accessibles des débats complexes. Se faisant, il nous incite avec talent à vouloir comprendre le monde qui nous entoure…

eric keslassy

   
 

Pierre-André Taguieff, Le Sens du progrès. Une approche historique et philosophique, Flammarion, 2004, 496 p. – 24 €.

 
     
 

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