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L’Enfer Me Ment – 10 nouvelles noires

10 nouvelles (très) noires qui signent la première incursion de la web revue Antidata dans le monde de l’édition traditionnelle

Cherchez la faille…

Depuis 1997, Antidata paraît deux fois par an sur le web – chaque livraison apportant son lot de textes brefs, illustrés d’une image et fédérés autour d’un thème au libellé toujours laconique : « l’accident », « la veille », « le dernier »… ce qui permet aux auteurs d’exploiter une vaste gamme de possibles pour répondre au sujet, s’aventurant parfois aux confins du symbolique ou du figuré. La seule limite est celle imposée par la fatigue qu’induit la lecture sur écran – d’où des textes que l’on hésite parfois à qualifier de « nouvelles » tant ils sont courts. D’autres cependant se déploient et acquièrent une ampleur qui justifierait pleinement ce label de « nouvelle » – genre dont la revue se veut le défenseur et le promoteur.

Mais il faut convenir qu’en matière de promotion de tel ou tel genre littéraire, le web n’arrive pas encore à la cheville du papier, et seuls les livres – les vrais, ceux qui ont des pages que l’on tourne entre une première et une quatrième de couverture – semblent à même de remplir cette mission. La légitimité éditoriale est de leur côté. Aussi était-il logique que les antidatistes finissent par s’ériger en éditeur et publient en guise de premier opus un recueil de nouvelles collectif dont l’unité est assurée par un thème imposé – ce dans la droite ligne de l’esprit qui anime la revue depuis ses débuts. 

Le thème-titre, L’Enfer Me Ment, est à lire d’une manière un peu différente qu’on ne l’entend ; ce dédoublement accroît encore la multiplicité des interprétations possibles et lie ensemble claustration, enfer et mensonge. Autant dire que sous la houlette d’un tel titre, les nouvelles ne pouvaient être que « noires ». Et noires elles le sont, aucun doute là-dessus. Noires comme le pessimisme absolu, d’un noir au comble du désespoir au noir épouvante, en passant par le noir polar, toutes déclinent le thème avec une grande variété de nuances en offrant un bel échantillonnage d’écritures, de styles et de sensiblités.

Maud Tabachnik choisit l’évidence en situant son texte en milieu carcéral, Olivier Salaün opte pour l’implicite et le paradoxal en enfermant ses personnages dans un bled perdu blotti au bord de l’océan, ouvert à tous les vents et au bal répété sans fin des oiseaux migrateurs. Quant à Romain Protat, dans « Déchaîné », il pousse jusqu’à leurs extrêmes frontières sémantiques – propres aussi bien que métaphoriques – toutes les ressources suggérées par l’intitulé du thème auquel fait écho la dernière phrase du texte, « L’enfer m’attend ». Feu, métal en fusion, vie laborieuse sans espoir, obsessions, explosions… « Déchaîné » déborde de toutes les figures auxquelles on pouvait s’attendre, telle une diapositive aux coloris portés à leur saturation maximale. Entre ces extrêmes, Jean-Claude Lalumière, Dominique Boeno et Rodolphe Bléger se bornent à tracer, chacun à leur manière, un parallèle – pathétique, sadique et sordide, ou de violence pure – entre réclusion et idée fixe. Idée fixe que Léo Lamarche dresse en prison fatale d’une écriture écorchée vive tandis que des textes comme « Sans vodka » ou « Tout à sa place » paraissent dénués de rapport direct avec le sujet, sauf à le débusquer sous l’étreinte qu’imposent un passé oppressant, une vie monotone et sans horizon. 

Quelle que soit la variation jouée sur le thème proposé, tous ces textes ont au moins un pied dans le rêve et le fantasme. Tous, aussi, dessinent d’une manière quelconque, à un moment ou à un autre, la figure du cercle comme l’expression corollaire à la fois de l’enfer et de la claustration – lesquels ne sont aucunement affaire d’espace à proprement parler. L’essentiel des murailles et des géhennes où s’abîment les personnages s’enracine au fin fond de leur univers mental. Mais s’ils vivent effectivement recroquevillés derrière leurs affects telle une garnison désarmée assiégée dans son camp retranché, tous sans exception s’efforcent de tailler une faille, même si beaucoup redoublent leurs forteresses intérieures de murs en dur et sans fenêtre. Qu’elle s’incarne en une Princesse féline ou prenne la forme d’une assiette de ratatouille, qu’elle s’ouvre dans le sang et le feu ou dans la ténuité d’un corps perdant sa substance, la faille est là, et bien là. C’est l’indispensable lumière sans laquelle la nuit ne se concevrait même pas – l’indispensable brèche sans laquelle l’enferment n’aurait pas même de nom.

Voici la liste des librairies parisiennes où vous pourrez le trouver :

Lady Long Solo 
38 rue Keller 75011 / Tel : 01 53 36 02 01

Libralire 
116 rue St Maur 75011 / Tel : 01 47 00 90 93

L’œil du silence
91 rue des Martyrs 75018 / Tel : 01 42 64 45 40

Librairie Vendredi 
67 rue des Martyrs 75009 / Tel : 01 48 78 90 47

Parallèles 
47 rue St-Honoré 75001 / Tel : 01 42 33 62 70

Compagnie 
31 rue du Sommerard 75005

L’arbre à lettres 
2 rue Edouard Quenu 75005 Tel : 01 43 31 74 08

Pour faire plus ample connaissance avec l’univers d’Antidata, rendez-vous sur la page d’accueil de leur site ; à partir de là, toutes les errances sont possibles – dans la limite des thèmes proposés…

isabelle roche

Recueil collectif, L’Enfer Me Ment – 10 nouvelles noires, éditions Antidata, 2004, 164 p. – 10,00 €.

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