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Ugo Bellagamba, La Cité du Soleil et autres récits

Un jeune auteur livre ses premiers récits de space opera

Trois récits trop longs pour être qualifiés de nouvelles, trop courts pour faire vraiment des romans. Ils sont réunis sous le titre explicite La Cité du Soleil et autres récits héliotropes.

La Cité du Soleil
Laura Firpo est une jeune femme pleine d’entrain. Pourtant, quand son ami Paul Grimal n’est pas là pour l’accueillir à son retour, c’est avec des larmes plein les yeux qu’elle quitte l’aéroport. Mais elle retrouve vite son énergie : Paul a disparu ! Il n’est ni chez lui, ni à l’université où il enseigne et son ordinateur portable n’est plus là. Laura se lance alors dans une quête incroyable, rassemblant petit à petit les éléments que Paul a semés derrière lui. Elle parcourt ainsi la Provence, suivant les indices, résolvant les énigmes. Plus elle se rapproche du but, plus ce qu’elle découvre dépasse ce qu’elle pouvait imaginer. À tel point qu’elle se demande même si le Paul qu’elle rejoindra sera bien celui qui l’a quittée…

L’Apopis républicain
Giordano Trismegista est un révolutionnaire membre des Francs Maçons, embarqué sur le vaisseau impérial qui mène l’Aiglon, le prince héritier de l’Empire, vers Titan. Dévolu à la cause démocrate, Giordano a pour mission de tuer l’Aiglon, pendant que sur Terre les troupes profitent de la pagaille créée pour attaquer son père, l’Empereur Cyprien II et renverser la monarchie. Seulement, les besmessides, tueurs implacables de la garde de l’Aiglon, veillent. Et la découverte que l’enfant s’apprête à faire est une véritable révolution scientifique. Giordano est perplexe, persuadé qu’une telle relique truffée de technologie extraterrestre doit être conservée. Pourtant, elle est aussi tout un symbole et ne peut être gardée, sous peine de laisser une chance à ceux qu’il combat…

Dernier filament pour Andromède
Les Guerres galactiques ont cessé. Le Grand Partage a eu lieu et les Hu vivent désormais dans la Voie, sous le gouvernement des Archontes. Ils ont reçu la charge d’entretenir la Mnémothèque, ce lieu presque mythique où l’on ne pénètre pas. C’est la caste des Haruspices qui s’en occupe. Hu-Jon, jeune Infrarouge plus enclin à danser avec les naines blanches qu’à visiter les planètes, ces objets froids qu’il n’aime pas, est un jour convoqué par les Consuls – autorité suprême parmi les Hu – pour prendre le poste de Gardien. Sans trop savoir de quoi il retourne, Hu-Jon accepte et se retrouve à garder les accès de la Mnémothèque. Et là, face au savoir immense qui est stocké, il rêve. Pourtant, les Archontes ont prévu la destruction finale de la Voie et les temps sont proches. Mais les Haruspices ne l’entendent pas de cette oreille et n’imaginent pas disparaître aussi simplement…

L’écrivain propose ici l’ensemble de ses textes : jeune auteur, il n’a pas encore beaucoup publié, mais pourtant des éditeurs lui font déjà confiance et il est annoncé comme un fils spirituel d’Umberto Eco. Le compliment est joli ! Ces récits convaincront les lecteurs de space opera très technique et les amateurs de chasses au trésor parsemées d’indices historiques. Mais si vous n’appartenez pas à ces catégories, vous n’y trouverez guère votre compte : on est loin d’une lecture plaisir ou d’une réflexion intense. L’auteur débute, et il serait tentant d’énumérer ses défauts. On ne retiendra qu’une chose, qui définit déjà de manière fondamentale sa production : Ugo Bellagamba est un auteur sérieux. Il s’appuie sur des faits, des réalités, des paradigmes réels pour écrire. L’imagination vient seulement s’y superposer. Alors oui, les ficelles employées pour la rédaction sont grosses, oui on perçoit facilement les passages un peu lourds, les explications trop longues. Mais ce sont des erreurs de jeunesse, que l’on pardonnera facilement. Par contre, on serait tenté de dire « non » aux digressions scientifiques trop longues et trop pointues. Surtout lorsqu’elles manquent d’humour.

Ugo Bellagamba s’explique sur ses motivations, l’écriture et ces techniques dans un appendice intitulé De la nécessité de faire ses gammes… On pourra ne pas contredire l’auteur sur ce qu’il explique, mais on restera peut-être réservé sur les moyens qu’il entend employer : demander à ses lecteurs de critiquer ses textes par mail. L’idée peut paraître intéressante, cependant elle court-circuite un acteur très important dans l’élaboration d’un livre : l’éditeur. On peut répliquer que le travail est déjà fait, qu’il s’agit de réactions a posteriori, visant à améliorer les prochains textes. On s’étonnera quand même de cette offre, en ce qu’elle révèle un manque de contact avec le public. Et c’est dans les signatures, les débats et les rencontres que l’auteur pourrait éventuellement trouver des réponses. Mais souhaitons-lui de contredire cet avis et saluons la proximité offerte : bien des auteurs préfèrent rester dans leur tour d’ivoire et s’en tenir aux critiques de leur entourage et de professionnels.

En ce qui concerne l’ouvrage proprement dit et le plaisir qu’il suscite, on s’opposera surtout à des schémas qui, en définitive, brident l’imagination du lecteur… Car rien n’est plus dommage que d’ouvrir un livre et de le reposer sans avoir des étoiles qui brillent au fond des yeux.

anabel delage

   
 

Ugo Bellagamba, La Cité du Soleil et autres récits héliotropes, Gallimard coll. « Folio SF » (n°215), juin 2005, 391 p. – 6,80 €.

 
     
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