Entretien avec Cédric Bru (soirées littéraires des Obsédés Textuels)

Rencontre avec Cédric Bru, créateur des Obsédés Textuels et animateur de leurs soirées littéraires…

Depuis mars 2005, les Obsédés Textuels se réunissent tous les mois pour discuter littérature en compagnie d’auteurs prestigieux. Présent dès leur naissance, LeLittéraire.com a rencontré leur animateur Cédric Bru alors que débute leur troisième saison.

Comment vous est venue l’idée de créer les Obsédés Textuels ?
Cédric Bru :
J’aime la littérature, j’aime les écrivains et les maisons d’éditions me connaissent comme chroniqueur littéraire, notamment il y a quelques années à Rock&Folk. Il m’est donc naturellement venu l’idée de conjuguer tout ça pour réunir gratuitement (seule la consommation est de rigueur – NDLR) tous les mois des amoureux de littérature et des auteurs pour que les uns rencontrent les autres. Les Obsédés Textuels sont nés en mars 2005 et nous attaquons donc la troisième saison, à raison de dix rencontres par an.

Comment s’organise votre équipe ?
Nous sommes une micro-structure, une entité virtuelle. Pour les rencontres elles-mêmes, c’est-à-dire l’aspect événementiel des Obsédés Textuels, Anita et Francine s’occupent de l’accueil, de la collecte des informations concernant les participants, des signatures… À ce propos, il faut rappeler que ces rencontres ont lieu grâce au bar de l’Hôtel Lenox Montparnasse qui nous accueille avec son infrastructure, son cadre et son confort. Les Obsédés Textuels, c’est aussi un site littéraire qui propose des chroniques, des coups de cœur, un agenda et les comptes rendus des rencontres qui permettent de retrouver ce qui s’y est dit. J’assume la plupart de la partie éditoriale mais elle est destinée à évoluer et s’ouvrir à de nouvelles collaborations car notre audience s’étend, nous tournons en effet globalement autour d’un millier de visites par mois. Quant aux rencontres, nous recevons une moyenne de quarante à cinquante personnes par soirée et la fréquentation grandit.

Comment souhaitez-vous faire évoluer les Obsédés Textuels ?
Nous voulons faire évoluer ces soirées d’abord qualitativement. Notre prochaine rencontre accueille Patrick Rambaud, lauréat du prix Goncourt 1997. À cet égard, nous essayons toujours de constituer des plateaux non seulement de qualité mais qui balayent largement le spectre de la thématique abordée afin que les spectateurs sortent de ces rencontres en ayant pu se faire un vrai point de vue. Ensuite, nous souhaitons développer la participation pour arriver à une moyenne de cinquante personnes par soirée, ce qui pour de la littérature n’est pas si évident que ça à l’inverse de la musique, des expos ou bien sûr du sport… Pour cela, nous multiplions les efforts de communication, même s’ils sont essentiellement basés sur Internet via des forums et des sites littéraires et une mailing list de deux mille adresses environ. Nous annonçons également nos soirées par de l’affichage sur Montparnasse, et notamment à la librairie Tschann qui est notre partenaire et qui fournit les livres pour les signatures.
Cette évolution va se faire aussi, nous l’espérons, grâce à l’enquête de satisfaction que nous lancerons prochainement. Des questions seront posées sur le concept, la qualité de la prestation et sur les souhaits des participants, en particulier sur les thèmes qu’ils voudraient voir traités. En ce qui concerne le site, nous créons des rubriques régulièrement. Après l’édito, je pense que nous allons bientôt créer une rubrique interview. Mais notre site n’a pas vocation à devenir un site littéraire polymorphe. Il faut qu’il reste le reflet des rencontres et qu’il donne également par le biais de chroniques et de coups de cœur notre sensibilité sur l’actualité littéraire. Je crois qu’on peut se vanter de dire qu’il est assez à jour. Nous sommes ouverts à toute proposition car nous tenons à rester un site convivial qui, de plus, est basé sur un modèle de blog, donc très interactif.
Pour en finir avec cette question du développement, j’ « externalise » les Obsédés Textuels en banlieue parisienne comme avec la ville de Saint-Quentin en Yvelines ou en région avec Lens ou très prochainement en Corse où l’on fait appel à moi pour animer des rencontres en particulier sur le polar qui est un de nos thèmes fétiches.

Avez-vous envisagé de diffuser vos rencontres en vidéo sur le site ?
D’abord, c’est techniquement très lourd. Le podcasting n’est pas forcément à notre portée pour l’instant. Nous avons déjà filmé des rencontres mais cela demande des moyens importants puisqu’il faut au moins deux caméras pour que ce soit vivant. Mais effectivement, c’est très tentant. C’est l’horizon que l’on pourrait se fixer, que ce soit en télé ou en radio, ou pourquoi pas sur le web.

Quels sont vos meilleurs souvenirs au cours de ces trois saisons ?
Je n’ai pratiquement que des bons souvenirs. Mais je dois dire que venant de la presse rock, je me souviens particulièrement de la soirée que nous avons faite au printemps dernier sur les Beatles intitulée « Littérature Beatles » avec Gilles Verlant, qui a travaillé sur Rapido et qui est un grand spécialiste de Gainsbourg ; Jacques Colin, ancien rédacteur en chef de Rock&Folk ; Bruno Blum, ancien journaliste de Best et Loïc Picot, grand collectionneur de disques devant l’Éternel. Leurs empoignades et l’écho que cela a eu dans le public ce soir-là étaient très rock’n’roll. Les autres soirées sont, en général, plus sérieuses puisque nous avons abordé cette année des thèmes comme la francophonie, les biographies de grands écrivains, la politique ou le cinéma. Nous avons aussi nos « standards », comme le polar, ou l’art.
Parmi les thèmes à venir, nous célèbrerons en novembre les 25 ans de la disparition de Georges Brassens et traiterons en décembre de « Montparnasse et la littérature ». En bref, les Obsédés Textuels aiment toute les littératures avec peut-être une prédilection pour les subcultures comme le rock et le polar. On aime tout ce qui est un peu littérature à la marge. Et d’ailleurs la soirée du mois d’octobre qui s’appellera « Écrits dans la Marge » abordera des sujets de société sur les banlieues, sur la folie, sur la marginalité. Ce sont des sujets qu’on aime bien chez les Obsédés Textuels.

Quel type de public vient à vos rencontres ?
Le public, et nous en sommes contents, s’est quand même beaucoup diversifié. C’est vrai qu’au début il s’agissait surtout d’habitués du quartier ou même de la rue Delambre, une rue très vivante car il y a plusieurs bars intellectuels comme le Rosebud ou le Smoke, fréquentés par beaucoup de musiciens, de journalistes et d’auteurs. Maintenant grâce au bouche-à-oreille, on voit arriver de plus en plus de nouveaux visages, à tel point que lors des deux dernières soirées qui portaient sur l’art et sur le sexe, les trois-quarts des gens étaient de nouveaux venus. Maintenant nous avons un public très hétérogène. La tranche d’âge va de 30 à 60 ans. Plus de femmes que d’hommes, peut-être que les femmes sont plus enclines aux sorties, à la curiosité intellectuelle, aux manifestations culturelles. Alors, disons qu’on a un cœur de cible de 45 ans à tendance féminine.

Quels sont vos goûts en littérature ?
Ils vont vers des auteurs plutôt contemporains. Par exemple, chez les Américains j’aime beaucoup Bret Easton Ellis, Don De Lillo, Chuck Palahniuk : c’est un petit peu ma sainte trilogie américaine. Et chez les Français, il y beaucoup de gens que j’aime, comme Michel Houellebecq que l’on défend beaucoup aux Obsédés Textuels. J’aime également Maurice Dantec, François Begaudeau, Régis Jauffret, Ollivier Pourriol et beaucoup d’auteurs de polars comme Thierry Crifo ou Romain Slocombe… D’une manière générale j’aime ce qui est politiquement incorrect. Ce qui n’empêche pas qu’on a reçu aussi des auteurs plutôt académiques mais nous aimons bien la littérature un peu tranchée, voire tranchante.

Vous avez déjà publié ?
J’ai autoproduit en 2004 un livre-CD qui s’appelle Contes invivables, un livre entre la poésie, la nouvelle et la chanson accompagné d’un CD où je lis mes textes sur de la musique. J’écris également des nouvelles de temps en temps. J’ai été publié en juin 2005 dans le numéro 8 de la revue en ligne Bordel.com. Quand les Obsédés Textuels me laissent le temps, j’écris donc…

Quels sont vos coups de cœur de cette la rentrée littéraire ?
En ce moment je recommanderais chaudement La forêt des ombres de Franck Thilliez aux éditions Le Passage qui est un thriller, un polar et auquel nous venons de consacrer une longue chronique sur notre site. J’ai aimé également Du rêve pour les oufs de Faïza Guène chez Hachette Littératures. Et bien sûr le nouveau Maurice Dantec Grande Jonction chez Albin Michel, et le dernier Palahniuk À l’Estomac chez Denoël.

Quel bilan tirez-vous des deux premières saisons des Obsédés Textuels ?
Les très bons échos qui nous reviennent des auteurs ou de leurs attachés de presse et la fidélité de la plupart de nos obsédés. Je crois sincèrement que les Obsédés Textuels sont en train de prendre une place jusqu’ici inoccupée : je ne pense pas que ce genre de soirée, plutôt qualitative, dans un hôtel trois étoiles, soutenu par une grande libraire, dans un quartier littéraire avec de bons auteurs et dont l’entrée n’est pas payante, existait auparavant. Je crois que nous avons vraiment innové. La rumeur a enflé et aujourd’hui je pense que nous avons réussi un cocktail gagnant que les auteurs comme les spectateurs apprécient ainsi que le confirme le livre d’or consultable sur le site. Ça nous donne du courage pour cette saison 3.

Pour  mieux connaître les Obsédés Textuels – visitez leur site en cliquant ici

   
 

Propos recueillis par charles dupire le 15 septembre 2006.

 
     
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