Fédor Dostoïevski, Le Petit héros

Quatorzième pierre du vaste édifice qu’a entrepris de bâtir Julien Védrenne à la mémoire du grand écrivain russe

Pour une présentation de l’ensemble du « dossier Dostoïevski » dont cet article constitue le quatorzième volet, lire notre article d’introduction, où figure la liste des oeuvres chroniquées.

Le Petit héros (Malenkij géroï en russe) est le quatorzième des récits de Fédor Dostoïevski écrit en 1849, sous-titré « Extrait de mémoires inconnus ». C’est une longue nouvelle de soixante-neuf pages, éditée ici avec une couverture illustrée d’un détail du Printemps (1901), une peinture de l’artiste russe Victor Borissov-Moussatov (1870-1905).

Cette novella est atypique dans l’œuvre de Dostoïevski. Il l’écrit en 1849 alors qu’il est emprisonné et en attente de jugement. On pourrait penser, de prime abord, que ce récit va être noir. On est touché, au contraire, par le ton joyeux qu’il développe. On entend les oiseaux chanter, on sent les fleurs, on gambade allègrement dans la campagne russe en compagnie de notre jeune narrateur.

On découvre, à travers le regard candide d’un garçon de onze ans amoureux de Madame M., les relations entre des gens chez qui tout, ou presque, est factice. Pendant un week-end, il va la croiser et la recroiser sans fin. Témoin d’une passion dévorante qui s’empare d’elle et de N., il va ramasser une lettre qu’elle a laissé tomber dans un chemin de traverse. Évidemment, la belle Madame M. est bouleversée quand elle s’en rend compte. Cette lettre ne manquera pas de tomber en de mauvaises mains et de jeter l’opprobre sur elle. La tension monte d’autant que notre jeune narrateur ne sait comment la lui rendre. Il la cachera finalement dans un bouquet qu’il lui donnera et aura pour récompense un baiser qui lui laissera un souvenir impérissable.

Limiter ce récit à ces seuls trois personnages serait dommage. Il y a un autre protagoniste important. L’ennemie mortelle de notre petit héros. Celle-là même qui l’humilie en public et qui montre au grand jour sa passion pour Madame M. Celle-là même qui le pousse à chevaucher un véritable pur-sang indomptable et qui deviendra ainsi sa plus grande… amie et qui le couvrira de petits soins touchants et se révèlera d’une très grande tendresse malgré – ou à cause – d’un esprit joueur et juvénile.

Le Petit héros n’en reste pas moins une œuvre orpheline dans les écrits de Dostoïevski. Comme si à la veille d’une mort certaine il lui semblait important de dédramatiser sa situation. La gaieté et l’insouciance sont au rendez-vous. Le récit est rafraîchissant et laisse une impression différente des autres textes de l’écrivain. Au lieu d’être bouleversé, on se surprend à aimer ce petit côté frivole qu’on ne soupçonnait pas chez Dostoïevski.

j. vedrenne

   
 

Fédor Dostoïevski, Le Petit héros (Traduction d’André Markowicz), Actes Sud coll. « Babel » (vol. n° 429), 2000, 69 p. – 5,00 €.

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