Entretien avec Armand Cabasson (série Quentin Margont)

Armand Cabasson prépare le 3e volet de sa série consacrée à Quentin Margont, témoin de l’épopée napoléonienne. L’occasion rêvée de le déranger !

Quand on ouvre Les proies de l’officier, et quand on ouvre un livre en général, soit on se précipite sur la première page du roman, soit on s’attarde sur la biographie de l’auteur. J’appartiens à la deuxième catégorie de lecteurs. 
Armand Cabasson appartient à 813, l’Association des Amis de la Littérature Policière – comme moi – une association qui œuvre pour la promotion de la littérature policière et publie une revue trimestrielle de qualité. Le créateur de la série « Quentin Margont » est également membre du Souvenir napoléonien…

Qu’est-ce que le Souvenir napoléonien, exactement, et quels sont ses événements ? L’homme, Napoléon, on le devine, vous attire ou vous intrigue. Pouvez-vous nous en parler ?
Armand Cabasson :
Le Souvenir Napoléonien est une association reconnue d’utilité publique, ce qui signifie que ses comptes sont sains, qu’elle est apolitique… etc. Elle regroupe de nombreux passionnés de l’époque napoléonienne venus de tous les horizons, ce qui fait sa richesse : historiens, collectionneurs de soldats en plomb, passionnés d’uniformes, militaires, chercheurs, journalistes, joueurs de wargames, personnes qui ont eu des ancêtres qui ont vécu l’épopée impériale… Cette association édite une revue, informe ses membres des diverses manifestations (reconstitutions de batailles, conférences, expositions, parutions de livres…), organise des rencontres…
Concernant Napoléon : justement, ma série s’intéresse aux millions d’autres personnes qui ont vécu cette époque. Je me focalise sur l’époque napoléonienne bien plus que sur le personnage de Napoléon.

Justement, parlons un peu de la raison de votre présence au sein du Souvenir napoléonien. Vous vous rangez dans quelle catégorie ? Collectionneur de soldats en plomb ou joueur de wargames ? Ou… ?
Ah… Moi, je me trouve dans plusieurs catégories : passionné de cette époque, ex-joueur de wargames et parce que l’un de mes ancêtres a servi dans la Grande Armée.
Il s’agit du médecin-major Jean-Quenin Brémond… que je mets en scène dans la série. Ce « personnage » de mes romans a bel et bien existé. C’était un médecin, un humaniste et un républicain convaincu. Il a servi dans la Grande Armée, il s’est retrouvé en Autriche, en Espagne, en Russie…
J’apprécie aussi beaucoup la revue du Souvenir napoléonien, qui est une mine d’or de renseignements sur l’époque.

Les proies de l’officier est d’abord paru aux éditions Nil avant d’intégrer la collection « Grands Détectives » chez 10-18, collection dirigée par Jean-Claude Zylberstein. L’histoire se passe en 1812. Dans la seconde aventure du capitaine humaniste Quentin Margont, Chasse au loup, nous nous retrouvons quelques années en arrière, en 1809. Ce livre a un copyright 10-18. On peut imaginer que lors de l’écriture des Proies de l’officier, vous ne vous attendiez pas à faire de Quentin Margont un héros récurrent. Est-ce exact ?
Si, si, dès le départ, je voulais écrire une série avec un héros et des personnages secondaires récurrents. C’est le fait que je n’ai pas respecté l’ordre chronologique qui vous trouble.
Mais pourquoi toujours suivre la sacro-sainte chronologie ? J’ai décidé de suivre une narration émotionnelle, affective. J’imaginais Margont, le personnage principal, se retrouvant chez lui, en 1816. L’épopée impériale était terminée. Enfin, il avait le temps de se poser, de se reposer. Plus de marches, de batailles, d’enquêtes… Alors, lorsqu’il songerait à ces années qu’il venait de vivre, dans quel ordre celles-ci lui viendraient-elles à l’esprit ? J’ai pensé qu’en premier lieu, il repenserait à la campagne de Russie (1812), le « début de la fin » pour reprendre l’expression de Talleyrand. Puis il penserait aux années de triomphe : la campagne d’Autriche de 1809. Ensuite s’imposerait à ses pensées l’éprouvante année 1814 (qui est évoquée dans le troisième tome de la série, qui paraîtra en 2006)…
Je suis psychiatre et à chaque fois que j’aborde avec un patient la question de son passé, celui-ci ne me répond jamais : « Je suis né en telle année, quand j’avais trois ans, quand j’en avais quatre, quand j’en avais cinq… » La personne évoque toujours un souvenir clé, revient en arrière, repart en avant, revient à nouveau en arrière… Cette série est construite sur ce même principe : elle suit une logique émotionnelle. Et en même temps, cela n’altère en rien la compréhension des évènements historiques, de l’époque, car je suis très vigilant sur ce point qui me tient à cœur (j’adore l’histoire) !

Les intrigues sont bien ficelées et, comme d’habitude dans les romans historiques de la série, elles servent surtout d’excuses à l’auteur pour écrire sa version de l’Histoire. Avec Quentin Margont, on se plonge dans la tourmente des grandes batailles de l’Empereur. De celles qui ont impressionné Victor Hugo et plein d’autres. Il y a quelques années, Patrick Rambaud avait relancé le genre épique et romanesque avec La Bataille. En tant que membre du Souvenir napoléonien, vous devez avoir lu ce livre avec un esprit autant critique qu’affiné, non ? À l’heure où de trop nombreux auteurs font état d’une certaine littérature du « je », un retour à un tel roman, le roman épique, semble s’opérer. Est-ce votre avis ?
Effectivement, j’ai adoré La Bataille de Rambaud. Quel style, quel auteur ! Bravo ! Je serais bien en peine d’analyser les courants littéraires. Au contraire, d’ailleurs. Ce que j’aime dans la littérature, c’est ce côté « bain bouillonnant » : cela part dans toutes les directions, de toutes les manières possibles ! Vive la diversité !

J’ai beaucoup aimé Guerre et Paix lors de ma première lecture. À la seconde, un peu moins et à la troisième, j’étais convaincu du parti pris de Tolstoï. Son insistance à nier tout génie chez Napoléon aiguise mon ressentiment vis-à-vis de cet auteur. Est-ce un livre important pour vous ? Votre avis sur la question ? Dans Les Proies de l’officier, on vous sent critique aussi vis-à-vis du génie de l’Empereur. On perçoit ses nombreuses erreurs qui ont abouti à une chute inévitable…
C’est l’un de mes romans préférés. Concernant le point de vue de Tolstoï, si divergent par rapport au point de vue français, celui-ci s’explique en grande partie par le fait que Tolstoï est russe. Chaque pays a sa vision « officielle » de l’époque napoléonienne. Par exemple, en Russie, bien de gens considèrent encore que la bataille de Borodino (ou la Moskowa) a été une victoire russe ! Un point de vue classique des Russes est qu’il faut relativiser le point de vue français qui décrète : « En Russie, la Grande Armée a été vaincue par la faim et par le général hiver. » Pour eux, Napoléon a été battu par les Russes et « achevé » par l’armée russe, la faim et le froid.
Mais, au-delà de cette question, dans Guerre et Paix, j’aime beaucoup ce concept de « roman total », cette idée d’aborder les personnages principaux en évoquant tout ce qui les entoure : les éléments biographiques, familiaux, amicaux, sociaux, politiques…
Concernant Les Proies de l’officier, j’ai vraiment pris le point de vue des personnages principaux, des « simples soldats ». Je voulais que le lecteur se retrouve entraîné par cette armée monumentale de quatre cent mille hommes qui se lance tout à coup dans cette campagne titanesque… Un peu comme si le lecteur avait reçu l’ordre d’intégrer immédiatement cette armée pour participer à cette campagne.
Concernant Napoléon, dans ce roman, il est assez lointain, « intouchable ». Les soldats l’aperçoivent de loin. J’ai essayé de rester neutre quand j’évoquais ses décisions politiques, tactiques, stratégiques.

Pour en revenir à Guerre et Paix, vous avez aussi, je présume, vu le film de King Vidor avec Audrey Hepburn. Vous êtes plutôt Henry Fonda ou Mel Ferrer ? Pierre ou André ?
J’ai vu le film, effectivement ! Je suis plutôt proche d’Andréi Bolkonski, parce que c’est un idéaliste. Donc Mel Ferrer…

Pour l’instant, vous vous êtes attaqué à la désastreuse conquête de la Russie et à une fausse vraie victoire, à Aspern. On connaît, plus particulièrement, d’autres grandes batailles, d’Austerlitz à Waterloo. Dans un troisième épisode qui ne saurait que trop tarder, vous attaquerez-vous à une de ces belles batailles (qui étaient les dernières d’une guerre à panache) ? Pour l’instant, Napoléon a eu vos primeurs, et Bonaparte ?
Le troisième roman de la série se déroule en 1814. Il devrait paraître en mars 2006. Je n’en dis pas plus… Bon allez si, je précise que, en plus de l’enquête, de l’épopée et de la dimension historique, j’évoquerai également la « psychiatrie » à l’époque napoléonienne…
Quant à Bonaparte, peut-être un jour…

Avec la série consacrée à Quentin Margont, vous intégrez le cercle des romanciers historiques. Avant de découvrir vos livres chez 10-18, je l’avoue, je ne vous connaissais pas. Quels ont été vos premiers faits d’arme ? J’ai cru comprendre que vous avez publié un premier recueil de nouvelles. Pouvez-vous nous en parler ? Avez-vous une autre actualité littéraire, en dehors de la désormais célèbre saga de Quentin Margont ?
Mes premiers « faits d’armes » ont été : un roman intitulé Un monde hostile, paru en 1998 et aujourd’hui épuisé (il s’agissait d’un thriller contemporain) et plusieurs nouvelles publiées ici ou là.
En effet, j’écris des romans mais aussi des nouvelles.
Concernant ces dernières, j’ai participé à une quinzaine de recueils collectifs chez différents éditeurs (Les Belles Lettres, L’Oxymore, Le Marque-Page Éditeur, Siloë…) et une soixantaine de ces textes courts ont été publiés dans diverses revues (Faeries, Elegy, Science-fiction Magazine, L’Ours Polar, 813, Ligne Noire, Écrire Magazine, Sol’Air, L’Encrier Renversé…).
Un recueil de dix-huit de mes nouvelles intitulé Loin à l’intérieur vient tout juste de paraître aux éditions de l’Oxymore. Il associe des textes contemporains et des textes historiques (Moyen-Âge ou XIXe). Ces nouvelles appartiennent à divers genres (Fantasy, Fantastique et Policer) ou à la littérature générale. Deux de ces nouvelles ont été primées (Prix Littré 2002 de la Nouvelle et Prix Masterton 2003 de la Meilleure Nouvelle Fantastique Francophone).
Mon autre actualité littéraire est donc liée aux nouvelles. Mais je réfléchis également à un roman court dont… je ne dirai rien pour le moment !

En tout cas, la série consacrée à Quentin Margont continue en 2006…

Bibliographie d’Armand Cabasson

ROMANS
Série « Quentin Margont » :
Les Proies de l’officier, 10-18 (coll. « Grands détectives » n° 3754), mars 2005, 426 p. – 8,50 €.
Chasse au loup, 10-18 (coll. « Grands détectives » n° 3755), mars 2005, 283 p. – 7,30 €.

NOUVELLES
Loin à l’intérieur, éditions de l’Oxymore (coll. « Épreuves »), avril 2005, 320 p. – 15,00 €.

Visitez le site du Souvenir napoléonien

… Et pour plus d’information sur l’association 813 :
813, l’Association des amis de la littérature policière
Jean-Louis Touchant
22 bd Richard-Lenoir 
75011 Paris.

   
 

Propos recueillis par j. vedrenne par mails entre le 15 et le 29 septembre 2005.

 
     
Publicités

Commentaires fermés sur Entretien avec Armand Cabasson (série Quentin Margont)

Classé dans Entretiens, Pôle noir / Thriller

Les commentaires sont fermés.