Jean-Baptiste Harang, Nos cœurs vaillants

« Je n’ai aucune raison d’écrire un livre et encore moins d’excuses pour le faire. »

De Jean-Baptiste Harang, je connaissais le beau roman La Chambre de la Stella, qui m’a portée à lire Nos cœurs vaillants dans les meilleures dispositions qui soient, pour finir sur l’idée que la mise en garde figurant dans le premier paragraphe – « je n’ai aucune raison d’écrire un livre et encore moins d’excuses pour le faire » – relevait moins de la coquetterie que de l’aveu justifié. Le dernier ouvrage de Harang est pourtant parsemé de trouvailles d’écriture, et son contenu ne manque pas d’intérêt, mais la manière dont le narrateur présente ses souvenirs d’enfance et de jeunesse produit dans son ensemble l’impression qu’il n’éprouvait pas le besoin réel de les approfondir et d’en tirer un vrai roman (autre chose qu’un récit égocentré dont les facilités sont trop voyantes).

 

Le texte a un double point de départ : l’idée d’avoir « la mémoire qui flancheDeux autres missives du même expéditeur servent à structurer le récit, tout en relançant le processus de la remémoration. La banalité de ces procédés serait moins regrettable si le texte avait une construction exigeante à l’intérieur des chapitres, et s’il n’était pas empreint de complaisance envers soi au point de faire penser que l’auteur se considère comme trop remarquable pour devoir s’imposer davantage d’efforts.

À ces impressions déplaisantes s’ajoute le traitement qu’il réserve au personnage du correspondant et à nombre d’autres, importants (comme l’abbé T.) ou très secondaires (comme la bibliothécaire « en manque de questions originales« , p. 103), présentés avec un mépris qui finit par s’imposer à l’attention mieux que toute autre constante du texte. Etant donné qu’il s’agit de personnes réellement existantes, dont certaines sont toujours en vie et se trouvent évoquées par leur nom complet, l’on en vient à compatir même avec les plus antipathiques, à l’idée du châtiment public que leur vaut le fait d’avoir connu l’auteur.
Mes meilleurs sentiments vont à la bibliothécaire qui ne pourra même pas se consoler en se disant qu’on l’a mal traitée pour une bonne cause, à savoir pour écrire une page ayant de la valeur littéraire.

   
 

Jean-Baptiste Harang, Nos cœurs vaillants, Grasset, août 2010, 188 p.- 16, 00€

 

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