Eva-Marie Liffner, Chambre noire

Un petit livre qui paraît bien long

 Dans l’océan des parutions actuelles, qu’est-ce qui incite le lecteur potentiel à se décider pour un livre en particulier ? Un auteur apprécié, un titre accrocheur, une quatrième de couverture alléchante, les échos d’une réception favorable par le public ou la critique…
Dans le cas qui nous intéresse ici, même si Eva-Marie Liffner a déjà publié un roman (Payot-Rivages) en français, on ne peut pas encore dire que son nom soit connu du public francophone. En revanche, elle est lauréate de deux prix (le Trophée du Meilleur roman policier suédois et le Prix du Book Festival, qui récompense un ouvrage de littérature générale), pour ce livre dont le sujet peut séduire par son originalité, mettant en parallèle le début du XXème siècle et l’époque actuelle, par le biais d’un rapprochement entre la photographe Johanna Hall et son oncle Jacob.
Au décès de Jacob, sa nièce hérite de son appartement et de ses photographies, parmi lesquelles une série d’étrange clichés. Johanna commence une recherche qui la plonge dans une histoire macabre, objet d’un scandale retentissant dans la bonne société londonienne des années 1905. À cette époque, Jacob œuvrait comme apprenti pour le célèbre photographe Herbert Burrows, lui-même lié à la société théosophique de Londres, où se pressaient des célébrités et des intellectuels tels que W. B. Yeats ou G. B. Shaw, mais aussi l’inquiétant révérend Leadbeater, un ecclésiastique taciturne qui entassait des enfants dans son grenier (des orphelins que personne ne réclamait), afin d’opérer d’étranges et morbides expériences.

La photographie est en plein essor et le spiritisme est une véritable mode à laquelle les milieux huppés adhèrent de la façon la plus décomplexée. Le jeune apprenti photographe se trouve embarqué dans une sorte de club du surnaturel piloté par une immigrée russe qui fait office de gourou et de maître de cérémonie lors de séances de communication avec l’au-delà.
Pour comprendre le sens des photographies et du journal codé qu’elle a découverts, Johanna se rend à l’agence londonienne Howell & Peters, dont les archives photographiques et les outils informatiques sophistiqués sont capables de faire parler les clichés les plus flous.

Voilà un texte qui, dès le départ, promet de sortir des sentiers battus… et qui se révèle effectivement assez original dans sa forme et son argument. Dans un style à la fois sombre et direct, Eva-Marie Liffner nous livre un polar étrange et décalé. Le récit alterne des bribes d’histoires et de témoignages qui vont de 1889 à nos jours.
Mais à notre déception, malgré d’incontestables qualités d’écriture, ce roman semble bien long, alourdi de descriptions répétitives et assommantes, et de passages manifestement recopiés d’encyclopédies (comme l’histoire des jardins depuis l’Egypte jusqu’à notre ère, sur deux pages !). L’ensemble est confus, les liens entre les diverses bribes de passé et l’avancée de l’enquête trop ténus. L’histoire qui est censée nous tenir en haleine n’avance donc pas, les informations ne sont même pas distillées au compte-goutte, l’auteur semble faire traîner les choses à dessein.
Cela pourrait s’apparenter à du suspense, mais à ce niveau-là, il s’agirait plutôt de sadisme. À moins qu’au bout du compte la découverte attendue ne soit en fait trop banale et sa révélation forcément décevante…

agathe de lastyns

   
 

Eva-Marie Liffner, Chambre noire (traduit du suédois par Marie Ollivier-Caudray et Esther Sermage), Editions Rivages (coll Rivages/Noir), janvier 2010, 279 p. – 8,50 €

 
     
 
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