Entretien avec Brigitte Aubonnet (revue Encres vagabondes)

Brigitte Aubonnet est nouvelliste, co-fondatrice de la revue Encres vagabondes, soigne les mal-en-voix : elle est à la croisée des mots

Parler des livres, c’est aussi parler de et avec ceux qui les font – les écrivains – et ceux qui les font vivre – éditeurs, libraires, bibliothécaires… lecteurs ; et à trop se frotter aux écrivains, il est fatal qu’on le devienne un peu à son tour. C’est précisément ce qui est arrivé à Brigitte Aubonnet… Depuis longtemps impliquée dans le petit monde des revues littéraires – jusqu’à fonder, avec Serge Cabrol, leur revue, Encres vagabondes, qui naquit en 1994, cessa de paraître sur papier l’an passé au bout de trente numéros, et vit désormais sur la Toile – vagabondant de livre en livre et de rencontres en rencontres, en amoureuse des mots toujours, elle finit par « se lancer » comme l’on dit, en publiant voici un an son premier recueil de nouvelles, Le Bleu des voix.

Un recueil à l’exacte croisée de la langue, du langage : la voix comme la page de livre est un porte-mots – bien que d’une autre nature : elle peut, au contraire de la page, que son inertie rend neutre, infléchir leur sens et leur portée selon sa texture, sa tonalité, son timbre. Et sa couleur : la voix – ou plutôt les voix, dans toutes leurs diversités, ont en elles du bleu, nous dit Brigitte. Le bleu que font au cœur les mots blessants, l’espoir que laissent ceux qui sont doux. En treize nouvelles, elle réussit, à force de comparaisons, d’images lumineuses – les voix y sont lianes, galets… – d’approches prudentes et de travail d’écriture, à enserrer un peu du mystère des voix dans ses phrases. Au-delà des différents personnages convoqués ici, dans leurs petits morceaux de vie saisis d’une plume sensible, ce recueil n’a en fait qu’un seul protagoniste – mais protéiforme ô combien : la voix. Il faut lire ce livre pour apprendre comment, de mille façons, on peut blesser l’autre, voire le tuer, sans geste férir… simplement à coups de mots, dits, jetés, criés, déformés… ou tus. C’est un savoir que l’on gagne en son cœur et non plus seulement en son intellect. Mais en contrepoint, on apprend aussi que la voix peut réconforter, et même mener à l’extase. C’est pour cela, pour toutes ces raisons, que dans une voix s’entend toujours du bleu…
Un livre, donc, à l’exacte croisée des mots, comme son auteur : en plus d’être passionnée de littérature, et maintenant « faiseuse de livres » elle-même, Brigitte exerce la profession d’orthophoniste…

Voilà longtemps que tu évolues dans le monde littéraire… comment a donc commencé ton parcours d’écrivain ?
Brogitte Aubonnet :
De façon très classique… j’ai toujours été passionnée par la lecture et l’écriture ; je n’ai certes écrit ni romans ni nouvelles dans ma jeunesse, comme beaucoup l’ont fait, en revanche, j’écrivais beaucoup de lettres. Par la suite, tout le travail que j’ai pu faire dans le cadre des revues auxquelles j’ai participé – avant la création d’Encres vagabondes, Serge et moi participions à une autre revue littéraire – m’a amenée à rencontrer beaucoup d’écrivains, ce qui a peu à peu transformé le regard que je portais sur l’écriture, la création littéraire. Et progressivement, j’en suis venue à écrire. Des textes courts, pour l’essentiel : par exemple, j’avais participé, avec Claude Jacquot, à un recueil de textes écrits à partir de photos, puis à un autre recueil où il s’agissait d’écrire une lettre à un personnage célèbre – j’avais écrit à Camille Claudel. Ces lettres ont ensuite été présentées dans une exposition destinée à tourner dans les bibliothèques. J’ai également publié des nouvelles dans des recueils collectifs, dont certains avaient des thèmes imposés, comme l’anniversaire, ou les sans-papiers, et participé à l’écriture d’un roman collectif qui portait sur la ville de Nanterre et qui demandait que les participants se plient à un certain nombre de contraintes. Enfin, en mai de l’année dernière, j’ai franchi le pas de l’écriture en solo en publiant mon premier recueil de nouvelles, Le Bleu des voix aux éditions Le bruit des autres, dirigées par Jean-Louis Escarfail.

As-tu écrit ces nouvelles dans la perspective de ce recueil ou bien as-tu rassemblé des textes déjà existants ?
Je pourrais presque dire que tout a commencé à partir d’une rencontre avec Régine Detambel, un écrivain qui a beaucoup publié chez Julliard, Gallimard, Le Seuil… etc. qui aime beaucoup la langue et a une écriture très littéraire. Je l’avais interviewée pour Encres vagabondes, peu après la naissance de la revue et, à la suite de cela, j’ai participé à un de ses ateliers d’écriture. J’ai travaillé avec elle sur un texte dont le sujet était la maladie d’Alzheimer, qui n’était pas vraiment abouti et demandait à être restructuré. Et de discussions en discussions, elle m’a dit que je devrais peut-être me lancer dans l’écriture de nouvelles. Dans un premier temps, j’ai envisagé d’écrire des nouvelles pour un public adolescent. Mais quand j’ai fait lire mes textes à des éditeurs spécialisés en littérature pour la jeunesse, ils ont trouvé que l’écriture était vraiment très noire, peu adaptée à un jeune lectorat. Mais comme je n’avais pas plus envie que cela de me cantonner à un registre « ado », et que je trouvais assez ridicule cette séparation systématique que l’on fait entre les lecteurs adultes et adolescents, j’ai un peu changé d’optique ; je n’ai gardé que quelques-unes de ces nouvelles en me focalisant sur le thème de la voix – c’est un sujet qui m’intéresse beaucoup, et je tenais à donner un fil conducteur à mon recueil. À cela sont venues s’agréger des nouvelles que j’avais écrites pour les recueils collectifs dont je parlais tout à l’heure ; ces textes ne portaient pas exactement sur la voix mais pouvaient très bien se rattacher à cette thématique, qui est très ouverte. Quand j’ai pensé avoir à ma disposition suffisamment de textes, je les ai réorganisés de façon à constituer un ensemble cohérent.

L’agencement des nouvelles, dans ton recueil, est-il de ton seul fait ou bien l’éditeur est-il intervenu ?
Non, l’éditeur a pris le recueil tel que je le lui ai donné. C’est moi qui ai organisé les textes, en fonction de la force des nouvelles, des thèmes, ou des échos qu’il pouvait y avoir de l’une à l’autre… et en me référant aussi aux avis émis par divers lecteurs. Je tenais à ouvrir le recueil avec une nouvelle un peu coup de poing, peut-être pour déranger un peu le lecteur, ou l’accrocher. Puis, suivant l’avis de certains lecteurs, j’ai changé et placé en premier un texte plus anodin – mais j’ai fini par revenir à mon idée de départ : commencer avec un texte fort. J’ai aussi essayé de tenir compte de l’âge des personnages principaux, en alternant les textes qui concernaient des adultes et ceux qui tournaient autour de protagonistes plus jeunes. Quant aux textes à connotation érotique, il m’a semblé judicieux de les placer à la fin parce qu’ils demandent à être abordés une fois que l’on est déjà bien familiarisé avec l’atmosphère générale du recueil, que l’on a déjà eu un contact avec le mystère des voix. Et la toute dernière nouvelle, elle répond à mon intention d’apporter une note d’espoir… je voulais qu’elle véhicule ce petit bout de ciel qui s’entend dans « bleu ».

Comment s’est fait la rencontre avec l’éditeur ? C’est un partenaire d’Encres vagabondes, non ?
Oui, tout à fait. En fait, nous connaissons Jean-Louis Escarfail depuis longtemps – nous nous étions rencontrés par l’intermédiaire de Jean Métellus, un écrivain d’origine haïtienne, qui avait publié chez Jean-Louis un recueil de poèmes, Voix nègres. Nous avons d’abord partagé des stands au Marché de la poésie, place Saint-Sulpice, puis nous nous sommes lancés dans la coédition : Jean-Louis a ainsi publié plusieurs recueils d’auteurs que nous lui avons proposés et dont certains textes avaient paru dans Encres vagabondes. C’est justement pour cela que je ne lui ai pas envoyé d’emblée mon recueil quand je l’ai eu terminé : je trouvais un peu délicat de le proposer à quelqu’un que je connaissais. Je l’ai donc envoyé à d’autres éditeurs, et c’est au moment où l’un d’eux (une structure quasi identique à celle de Jean-Louis) me communiquait un début d’avis favorable – le manuscrit avait déjà passé plusieurs étapes de sélection – que j’ai envoyé mon recueil à Jean-Louis. Je trouvais en définitive assez ennuyeux de ne pas le lui faire lire… il m’a répondu tout de suite en me disant qu’il voulait le publier. Et de mon côté, je me suis dit que c’était beaucoup plus agréable d’être éditée par quelqu’un que je connais, avec qui je m’entends bien, avec qui j’ai l’habitude de travailler. Publier un livre, c’est aussi une histoire d’amitié, de partage.

Ce titre, Le Bleu des voix – qui d’ailleurs fait écho avec Le bruit des autres… – comment l’as-tu choisi ?
Tiens, je n’avais pas perçu cet écho-là. J’ai surtout pensé à l’ambiguïté du mot « bleu » : c’est à la fois le coup, la marque laissée par un coup, et une couleur qui est associée à l’espoir, au bonheur. C’est cette dualité-là, entre souffrance et bonheur, particulièrement à l’œuvre dans une voix, qui m’intéressait. Et puis certains lecteurs m’ont dit que mes nouvelles leur évoquaient le blues… cela m’a touchée car c’est une musique que j’aime énormément.

Il y a dans ton recueil une image récurrente, où la voix devient galet – c’est bien dans le prolongement du bleu-coup…
Oui, en effet… La voix, la parole peuvent avoir des impacts très forts – ce sont des outils de pouvoir, et les dictateurs le savent bien, qui sont la plupart du temps des orateurs hors pair et ont une voix qui porte, à même de manipuler les foules. La voix, c’est aussi quelque chose qui trahit beaucoup. Il est très difficile de masquer ses émotions. Mais on peut la travailler, apprendre à maîtriser ce qu’elle laisse passer et en tant qu’orthophoniste, je m’occupe beaucoup de rééducation vocale, avec des enfants et des adultes. Plusieurs personnes sont venues en consultation parce qu’on leur disait sans arrêt qu’elles agressaient les gens quand elles parlaient alors qu’elles n’avaient aucune intention hostile. Elles voulaient travailler leur voix pour atténuer cet effet agressif ; d’autres au contraire, qui ont une voix toute faible, n’arrivent pas à la projeter tant ils sont repliés sur eux-mêmes, ils n’arrivent pas à s’affirmer. La voix est un reflet saisissant de la personnalité, et agir sur elle, c’est aussi agir en profondeur sur la façon que l’on a d’être au monde.

C’est vrai que la voix est d’une complexité extrême : il y a ses tonalités, ses caractéristiques physiques, les inflexions que l’on donne aux mots… il y a tant de facteurs que ce doit être très difficile d’intervenir sur chacun d’eux pour masquer – ou révéler…
Oui, la voix est un outil très particulier ; c’est l’expression de la personnalité et aussi une technique, qui reste liée aux projets que l’on a, à l’utilisation que l’on veut avoir… Maîtriser une voix exige un très gros travail, qui peut être très long ; il y a des chanteurs d’opéra ou des comédiens à qui il faudra des années pour trouver véritablement leur voix. Et tout ce travail vocal qu’ils effectuent démontre bien l’importance de la voix et l’étendue de ce qu’elle peut véhiculer.
Essayer de comprendre la voix, c’est prendre en compte les enseignements de plusieurs sciences – et c’est cela que je trouve intéressant dans mon métier d’orthophoniste : la physique et la physiologie sont étroitement liées à la psychologie. Par exemple, j’ai été amenée à travailler avec des personnes qui souffraient d’aphonies psychogènes : elles avaient des cordes vocales en parfait état mais, à la suite d’un choc psychologique, elles avaient perdu l’usage de leur voix. Ça peut durer des semaines, des mois, voire des années pour certaines personnes ; et la rééducation consiste alors à leur montrer qu’elles peuvent tout à fait parler normalement, que leur problème n’est pas d’ordre physiologique. Mais il ne faut pas faire revenir la voix trop vite, avant que le problème psychologique soit réglé, car alors on court le risque de les voir effectuer un déplacement et développer d’autres symptômes plus graves tandis qu’elles retrouvent leur voix…
Et ce croisement des sciences sur lequel repose l’orthophonie rejoint ce que j’aime en littérature : l’ambivalence, les doubles sens, la rencontre de différentes approches, de différents modes d’expression. Et à propos du Bleu des voix, plusieurs personnes m’ont dit, après avoir lu le recueil, que les nouvelles étaient très visuelles, qu’on avait l’impression de voir les personnages – au point qu’on m’a demandé si je faisais de la peinture ou de la photo. Ce qui m’a comblée !
 
Tes textes sont en effet très riches en métaphores, en images – des images d’ailleurs très matérielles, comme s’il fallait compenser l’intangibilité de la voix par des mises en relation avec des éléments à la densité matérielle très grande.
Oui, c’est très abstrait, la voix ! On ne peut ni la voir, ni la toucher, et pourtant c’est vivant. Pour ce qui est de la comparaison, de l’image, j’ai beaucoup travaillé avec Régine Detambel ; elle-même a recours à des métaphores extraordinaires, et elle a beaucoup étudié l’œuvre de Colette, qui avait un rapport à la nature très fort et bâtissait très souvent ses comparaisons avec des animaux, des plantes… La comparaison est une figure difficile : il faut qu’elle soit suffisamment évocatrice – par exemple, pour la voix, il fallait trouver comment la rendre visuelle, perceptible pour le lecteur. Mais il ne faut pas non plus abuser du procédé… Je pense avoir encore du travail à faire à ce sujet-là… mais c’est justement ce qui m’intéresse, dans l’écriture : continuer à chercher, à jouer avec les mots, à travailler avec eux – on fait parfois des rapprochements inattendus, qui sonnent juste. C’est le plaisir de la langue !

Ton métier d’orthophoniste t’a-t-il fourni certains des sujets de tes nouvelles ?
Non, ma pratique professionnelle et mon travail d’écriture sont deux activités que je mène séparément. Mais bien évidemment il y aura des éléments de mon métier qui vont intervenir à un niveau quelconque dans mes écrits. En fait, la matière de mes récits me vient de multiples sources, et elle est ensuite passée par tant de filtres ! Par exemple, deux de mes nouvelles sont centrées sur la maladie d’Alzheimer ; cela n’a rien à voir avec ma profession mais davantage avec ma vie personnelle : ma mère a eu la maladie d’Alzheimer très jeune, et ce que j’ai écrit relève plus du témoignage par rapport à mon père, de l’amour qu’il éprouvait pour elle malgré la maladie. Mon propos était davantage d’écrire une histoire d’amour dans le contexte d’une maladie très particulière. En tout cas, je n’avais absolument pas l’intention de fonder ce recueil sur la technique orthophonique, ou la rééducation. Ainsi, aucun de mes personnages n’exerce le métier d’orthophoniste. Cela ne m’intéresse pas de « parler de mon métier » à travers mes nouvelles ; ce qui m’intéresse en écrivant, c’est la création ; c’est plutôt arriver à utiliser des émotions que j’ai ressenties, dont j’ai entendu parler ou dont j’ai été témoin, pour créer une fiction ; c’est réfléchir sur la manière dont je vais agencer les mots pour parvenir à concrétiser ce que je veux exprimer. Je n’irais pas jusqu’à dire que mon métier n’a eu aucune influence sur le contenu de mes histoires : je l’exerce depuis trente ans, alors il a forcément joué un rôle mais les sujets de mes nouvelles ne sont absolument pas les « histoires » de mes patients.

En règle générale, comment travailles-tu en tant qu’écrivain ? Quel est le chemin de la création, pour toi ?
Je note beaucoup, dès qu’une idée me vient, dès que j’entends ou vois quelque chose – une émission à la télé, à la radio, une anecdote que quelqu’un va me raconter… etc. Je note le fait, et ce qu’il m’évoque, avec en tête l’idée que ce pourrait être intéressant d’imaginer une fiction autour de cet élément recueilli. Lorsque j’écris une nouvelle, je démarre autour d’un thème, à partir duquel je vais intégrer plusieurs éléments issus de divers moments. Par exemple, je passe souvent sous un pont, à l’entrée du périphérique porte Maillot ; sous une des arches du pont, il y a un SDF qui s’est installé en disposant des canisses autour du pilier du pont, et ça fait des années qu’il est là. Je suis souvent coincée dans les embouteillages à ce niveau-là et je l’aperçois. À un moment, j’étais en train d’écrire une nouvelle sur l’anniversaire, et je me suis alors demandée ce que je pourrais écrire sur le thème de l’anniversaire avec ce SDF qui vit sous le pont… et finalement, j’ai bien écrit quelque chose, mais qui n’avait plus aucun rapport avec l’anniversaire… J’écris par petites touches, en général. J’aime bien avoir à ma disposition plusieurs petits moments, plusieurs éléments, puis ensuite je retravaille la totalité. Je relis, je fais relire – j’ai la chance d’avoir plusieurs amis, écrivains (je ne peux les citer tous mais en particulier, Hugo Marsan, Claude Pujade-Renaud, Chantal Portillo…) ou non-écrivains (et je pense à Dominique Baillon qui est bibliothécaire et excellente critique) qui peuvent lire mes textes et me donner leurs avis. Il est très important pour moi d’avoir des avis extérieurs pour retravailler le texte de manière à ce qu’il ne soit pas trop confus et puisse faire sens pour le lecteur.

Tu es plutôt du genre à « remettre cent fois l’ouvrage sur le métier » ?
Oui je relis beaucoup, je remanie beaucoup… par exemple, une semaine avant la publication du Bleu des voix, j’ai relu le recueil avec ma belle-fille, elle m’a relu toutes les nouvelles à voix haute, et en l’écoutant, j’ai encore apporté des corrections – des petits détails, comme les prénoms : en relisant je m’étais aperçue qu’il y avait des prénoms identiques d’un texte à l’autre, et ce genre de récurrence, dans un recueil comme celui-là, n’est pas possible s’il n’y a pas de lien narratif entre les nouvelles concernées. La lecture à voix haute est aussi un bon moyen de prendre conscience de certaines choses, et puis j’aime bien cumuler plusieurs lectures. Ce recueil m’a demandé cinq ans, au cours desquels je l’ai relu à des moments différents. C’est cet autre rapport au temps qui me plaît dans l’écriture.

Revenons à Encres vagabondes… la revue a vécu dix ans dans sa version papier, et maintenant, depuis janvier, elle continue sa vie sur internet. Qu’est-ce que cela a amené comme changements ?
La revue papier paraissait tous les quatre mois ; sur le site, il y a des mises à jour toutes les semaines : nous publions un nouvel entretien, de nouvelles notes de lectures… Par ailleurs, Serge remet en ligne une partie des dossiers et des entretiens qui avaient été publiés sur papier. On peut maintenant les consulter en ligne dans leur intégralité, alors que du temps de la revue papier, le site ne proposait qu’une présentation du contenu de chaque numéro. La publication en ligne est un système beaucoup plus souple, qui permet de coller davantage à l’actualité – par exemple nous avons présenté le travail de Mathilde Mauguière, une chanteuse qui a mis en musique des textes d’écrivains ; en publiant l’entretien qu’elle nous a accordé au moment où elle donnait son spectacle, on pouvait ainsi inciter les gens à aller la découvrir. Nous pouvons publier nos notes de lecture au moment de la parution des livres reçus en service de presse avant la sortie en librairie. Cette souplesse nous a amenés à concevoir des projets du côté du théâtre : nous pourrons désormais parler des pièces au moment même où elles sont jouées.
De plus, il n’y a plus du tout de travail administratif à faire, ni d’abonnements à gérer puisque le contenu du site est entièrement gratuit et libre d’accès ; plus de numéros à envoyer, plus de délais à tenir vis-à-vis de l’imprimeur… cela représente un réel soulagement ! L’autre avantage, et non des moindres, c’est que nous ne sommes plus limités en termes de longueur pour les articles… à ce jour, on a tout lieu d’être heureux puisque depuis janvier, le nombre de visiteurs n’arrête pas d’augmenter. Il y a certainement beaucoup de nos anciens abonnés qui viennent sur le site – mais c’est une nouvelle approche, qui amène aussi un nouveau public. La moitié des visites viennent d’autres pays. Il y en a bien sûr qui regrettent le papier, mais je signale qu’il est toujours possible de se procurer les anciens numéros – sauf ceux qui sont épuisés !

Quels sont tes projets – pour Encres vagabondes, et en matière d’écriture ?
Pour la revue, j’ai récemment interviewé une écrivaine d’origine chinoise que j’avais présentée lors d’une rencontre littéraire, Ying Chen. J’aimerais vraiment développer davantage les entretiens ; je trouve que ce sont des moments très enrichissants. À part cela, je travaille sur un roman, qui est écrit à 80%. Après, on va voir…

Nous ne saurions quitter Brigitte sans dire un mot de son éditeur, qui nous réserva, lors du dernier salon du livre de Paris, une fameuse surprise… il refusa en effet catégoriquement d’être interviewé – mais consentit à quelques mots d’explication : à la suite d’une interview accordée à un grand quotidien national, il s’est retrouvé submergé par une vague massive d’envois de manuscrits – beaucoup plus qu’il n’en aurait su lire dans des délais raisonnables, et avec l’attention qu’il entend donner à tout texte qu’il reçoit. Il ne souhaite pas que cela se reproduise. D’ailleurs, son catalogue recommande expressément de ne pas lui envoyer de manuscrits : la petite taille de sa structure et ses programmes de parutions, déjà fixés, ne lui permettent pas de leur consacrer le temps voulu. Il avoue même ne guère apprécier les journalistes – mais là, nous ne sommes pas concernés car de carte de presse nous sommes dépourvus… D’un geste large il montre ses livres rangés sur son étal et, avec l’expression douloureuse de qui vit un drame terrible, tel le tragédien s’apprêtant à clamer sur les planches ses ultimes paroles, il lance :
Parlez d’eux autant que vous le voudrez ! dans une maison d’édition, ce sont les livres qui sont importants, pas l’éditeur ! et parler de moi, ce n’est pas ça qui fera vendre mes livres ! 
Dont acte.
Nous ne saurons donc rien de plus du Bruit des autres que ce qui en est dit dans le catalogue – et rien bien sûr du fondateur de la maison… Dommage. Tâchons tout de même de résoudre cette insoluble quadrature du cercle : parler du travail méritoire d’un éditeur sans parler de lui, et évoquer ses livres sans les avoir lus – car nous aussi avons des capacités limitées et ne pouvons, hélas, lire tous les livres qui mériteraient d’avoir un écho conséquent sur quelque média que ce soit… Alors voilà : il existe sise à Limoges une petite maison d’édition indépendante qui emprunte son nom à Antoine Vitez ; fondée par Jean-Louis Escarfail, elle présente à son catalogue de la poésie, du théâtre, du roman, des nouvelles… pour se procurer les livres, il est plus commode de procéder par courrier. Il faut donc une adresse. Mais afin de respecter les souhaits de M. Escarfail, nous vous prions instamment, vous tous qui allez noter cette adresse dans vos tablettes, de ne l’utiliser que pour commander des livres ou, à défaut, le catalogue… SURTOUT N’ENVOYEZ PAS DE MANUSCRITS !!!
Bon, au moins, au Bruit des autres, on ne pourra pas nous accuser de ne pas avoir passé le mot…

Le bruit des autres
42, rue Victor Thuillat
87100 LIMOGES
Courriel :
lebruitdesautres@wanadoo.fr

   
 

Propos recueillis par isabelle roche sur le stand des éditions Le bruit des autres lors du Salon du livre de Paris, le 19 mars 2005.

 
     
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