Bruno de Stabenrath, Je n’ai pas de rôle pour vous

Cinéphiles et lettrés, s’abstenir

Curieusement présenté comme un « roman », ce livre relève en réalité du genre des souvenirs, évoquant l’adolescence de l’auteur, ses débuts d’acteur dans L’Argent de poche de Truffaut et leurs rapports ultérieurs (presque inexistants). Dans les années 1970, petit dernier d’une fratrie de sept enfants, Bruno rêve de devenir acteur, comme James Dean qu’il a pour idole (sans avoir vu un seul de ses films), de plaire aux filles, de s’offrir une mobylette et de racheter la villa de son grand-père. En somme, le cinéma l’attire surtout en tant que moyen pour parvenir à d’autres buts, et après avoir rencontré Truffaut (dont il n’a pas vu un seul film non plus), il se réjouit surtout de changer d’image aux yeux de ses professeurs, passant du statut de cancre à celui de second Jean-Pierre Léaud (dont Bruno ne sait rien, bien entendu).
Ce que je viens de résumer en quelques phrases occupe des pages et des pages où l’auteur passe à la ligne le plus souvent possible, histoire de rallonger, comme les écoliers ou les écrivains du dimanche de l’ancienne génération. On le remarque d’autant mieux qu’il n’a pas grand-chose à dire, et qu’il est tout sauf un styliste. A titre d’échantillons représentatifs, on peut citer : Je crois surtout qu’il s’est infiltré dans la brèche vacante, friable de mon âme assoiffée (p. 33, à propos de Truffaut) ou Son parfum me tance à chaque frôlement de son corps (p. 100, à propos d’une fille). Le verbe « tancer » revient à maints endroits du texte, sans doute pour faire distingué, toujours improprement utilisé. Lorsque l’auteur essaie de trouver une formule frappante, cela donne : L’ancre fondamentale de son existence est l’encre des écrivains (p. 130), Le cinéma a pulsé mes pulsions (p. 138) ou Blessé, je quitte la table, abandonnant mon escalope à moitié finie et ma jolie salope à moitié cruelle (p. 264).

S’agissant de femmes – qui occupent dans le livre beaucoup plus de place que Truffaut et le cinéma , nous avons droit aussi à des passages lyriques de ce genre : Quand elle s’est penchée vers moi, j’ai senti ses seins majestueux s’écraser contre ma poitrine. J’ai vu la dentelle de son corsage ouvert telle une invitation, un interdit, une provocation à blottir mon visage entre ses deux globes charnels et brûlants. […] Elle a trouvé la fonction “érotisme“ de mon cervelet et appuyé sur “On“. (p. 183), ou L’anatomie fuselée dans un tailleur Montana, montée sur des talons aiguilles vertigineux, le corps émoustillé de Noémie vole au-dessus du parquet et des tapis. Jamais sa féminité fondante et incandescente n’a atteint un tel niveau nucléaire. Une bombe sensuelle et charnelle prête à éclater entre les mains d’un homme. (p. 276). Serait-ce là ce qui est censé justifier le sous-titre de « roman » sur la couverture ? Peut-être. Quoi qu’il en soit, cinéphiles et lettrés, s’abstenir.

agathe de lastyns

   
 

Bruno de Stabenrath, Je n’ai pas de rôle pour vous, Robert Laffont, mars 2011, 306 p.- 20,00 €

 
   
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