Vernor Vinge, Au tréfonds du ciel

Avez-vous peur des araignées ? Si oui, le dernier roman en date de Vernor Vinge n’est pas pour vous. L’auteur avait déjà témoigné d’un sens inné de la geste d’anticipation. Il pousse cette fois-ci l’extrapolation fantastique à son comble. Un peu trop loin, diront peut-être les puristes du genre. Au tréfonds du ciel, qui a reçu le prix Hugo 2000 (Vernor Vinge l’avait déjà décroché en 1993 pour Un feu sur l’abîme), est en effet une somme tellement imposante qu’elle frise l’indigestion à répétition.

Le point de départ est pourtant plutôt stimulant : réputés pour leur sens du commerce, les Qeng Ho entreprennent une mission extrême afin de visiter l’étoile Marche-Arrêt d’où émanent des émissions radio, indices d’une vie minimale. Mais sont déjà présents autour de l’étoile, obéissant à un cycle de renaissance et d’extinction spécifique, les Émergents, civilisation humaine inconnue qui leur propose une alliance afin d’exploiter les ressources de la planète – qui n’est peuplée que d’araignées sous-évoluées ! Mais les Émergents déclenchent une guerre-éclair et terrassent les Qeng Ho, en s’appuyant sur leur arme de prédilection : la Focalisation, « sida mental » qui annihile la volonté d’autrui et en fait un légume corvéable à merci. Toutefois, à côté de ces zombies que vampirisent les Émergents, la résistance Qeng Ho s’organise lorsque refait surface un homme au destin incroyable, Pham Nuwen, fondateur millénaire de l’empire Qeng Ho. Les relations se tendent au maximum lorsque chaque protagoniste apprend qu’il faut attendre l’essor de la technologie des araignées afin d’en profiter pour quitter Marche-Arrêt…

Formulé dans une langue remplies de néologismes, le propos de Vinge est d’autant plus ambitieux que les araignées, allégorisées au possible, sont elles-mêmes en guerre entre elles ! Alors, qui gagnera contre qui ?, telle est la question. Les plus philosophes en concluront que les pulsions thanatiques n’ont ni frontières ni genres, pouvant culminer jusqu’Au tréfonds du ciel. Les plus pressés – s’il y en a – se diront que 800 pages pour délivrer ce constat, c’est un peu beaucoup…

frederic grolleau

Vernor Vinge, Au tréfonds du ciel, Le Livre de poche, 2004, 982 p. – 12,20 €

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