Laurence Rees, Auschwitz, les Nazis et la « solution finale »

Un document où l’auteur, par entretiens interposés, amène les mots à contenir l’indicible…

Auschwitz est un mot, ou le début original d’une nouvelle mouture du temps, qui rend des choses possibles, et d’autres impossibles, mais c’est aussi un lieu, un système complet qu’il est possible d’étudier de l’intérieur. C’est ce que propose l’auteur de ce document en partant de très nombreuses interviews de personnes, allemandes ou autres, qui ont survécu à cela. La mort est un maître venu d’Allemagne écrivait Paul Celan. Reste à voir comment ce maître est venu jusqu’à Auschwitz.

Ce n’est que le 27 janvier 1945, alors que les premiers prisonniers polonais sont arrivés le 14 juin 1940, que l’Armée Rouge a pénétré dans le camp de concentration et que le monde a découvert toute la barbarie de la « solution finale ». Mais les choses étaient lancées depuis longtemps et le secret moins bien gardé qu’on le dit dans les chancelleries. En s’appuyant sur les sources, en allant recueillir à fleur de voix par des entretiens, c’est-à-dire en demandant de dire l’indicible, Rees permet de comprendre un fonctionnement. On découvre que les décisions qui ont engendré ce lieu étaient mûries depuis longtemps. On découvre aussi, stupéfait, que des dignitaires ou de simples soldats ont pu travailler en toute bonne foi à cette destruction (« Je pensais que c’était une bonne chose »…).

Dédié à la mémoire des 1 100 000 morts du camp, le livre s’ouvre sur une longue introduction et sur une constatation : pour les nazis ordinaires, il était juste de tuer les Juifs. Rien ne destinait pourtant Oswiecim, en Haute-Silésie, à devenir le lieu du plus grand crime de masse de l’humanité. Il a fallu le travail zélé de Rudolf Höss ou d’Oskar Gröning dans cette prison où la durée de la peine n’était pas fixée, et l’idée selon laquelle seule prévalait la dureté, celle du travail aussi puisque le Arbeit macht frei de Dachau est repris. Expérimentation de la rentabilité selon Himmler et son bras droit Heydrich, de la chimie selon I.G. Farben… Le Bloc 11 devient le lieu des atrocités : au bout d’une semaine, un prisonnier y mange ses chaussures. L’euthanasie des adultes est a l’ordre du jour : il faut réduire le nombre de Juifs, œuvrer pour une tuerie de masse. Le lieu suit la politique d’annihilation du Führer et devient une usine à tuer. Juifs du Reich mais aussi des enfants de France, de Drancy, des îles anglo-normandes, de Pologne, du Danemark. En 1943, alors que le ghetto de Varsovie se révolte, on découvre aussi que la corruption est un mal endémique. Mengele se prend de passion pour l’étude des jumeaux. Un bordel est créé. Les Juifs arrivent, sont séparés par sexe et la sélection horrible peut avoir lieu, selon un ordre exponentiel. 1944 est l’année du plus grand massacre avec les sinistres « marches de la mort ».
L’an suivant, Hitler se suicide en rendant les juifs responsables de la guerre…

pierre grouix

   
 

Laurence Rees, Auschwitz, les Nazis et la « solution finale » (traduit par Pierre-Emmanuel Dauzat), Albin Michel, janvier 2005, 400 p. – 21,50 €.

 
     
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