Entretien avec Grégory Charlet (Le Maître de jeu)

A peine trentenaire, Grégory Charlet a déjà six albums à son actif… et non des moindres !

À peine trentenaire, Grégory Charlet a déjà six albums à son palmarès, et non des moindres. Pour Éric Corbeyran, il a dessiné une des séries de l’univers des Stryges, Le Maître de Jeu (publié par Delcourt), et chez Dargaud il signe aujourd’hui le deuxième tome d’une série sur laquelle il est seul maître (justement) à bord, Kabbale.
Charlet est un virtuose du dessin, mais il reste modeste. Il parle doucement et n’a pas l’air complètement à l’aise dans la tourmente de la vie parisienne. Pourtant, il est plus que passionné quand il parle de son art ou de sa révolte contre certaines injustices de la société.

Quand tu es allé aux Beaux-Arts de Tournai, c’était pour faire de la BD ?
Grégory Charlet :
Oui, mais l’envie ne date pas de quand j’étais tout jeune. Je voulais être architecte, ou quelque chose comme ça. Et puis à un moment, il y a eu un déclic… En DEUG de maths, je m’ennuyais tellement qu’il a fallu que je passe à autre chose. J’ai eu envie de raconter des histoires… Et je savais dessiner, donc la BD s’est imposée d’elle-même.
Quand je suis arrivé aux Beaux-Arts, j’ai progressé très vite. J’étais vraiment dans mon élément. Et je dirais que je suis encore plus passionné maintenant que quand j’ai commencé.

La rencontre avec Corbeyran, c’est le début de ta carrière de dessinateur professionnel ?
En fait, ce n’est pas moi qui l’ai rencontré… Quand j’étais à l’académie des Beaux-Arts à Tournai, on a publié un collectif qui s’appelait Envie de fraises et qui regroupait les étudiants de 4e année et ceux de dernière année. Moi, j’étais en 2e année, mais ils m’ont quand même mis dedans. C’est là que Corbeyran m’a repéré. Ensuite, j’ai eu des contacts à Angoulême, j’en ai eu tout plein même ! Du coup, on m’a filé des coordonnées, on m’a fait des propositions… J’ai un peu trié là-dedans, puis j’ai fait des essais… C’était en janvier, et j’ai signé en octobre.

Et le passage chez Dargaud ?
Le passage chez Dargaud, ça s’est fait la même année. Yves Schlirf était venu au jury à l’Académie. Il était au fond de la salle et regardait les boulots, puis il a flashé sur celui d’un mec… il s’est arrêté et a demandé de qui était ce qu’il regardait. C’était moi. Comme je le connaissais déjà pour d’autres raisons, il m’a demandé pourquoi je ne lui avais jamais montré ce que je faisais (rires). C’était comique, ça. J’avais l’intention à un moment de lui montrer, mais…

Donc tu as tapé dans l’œil de Corbeyran et de l’éditeur de Dargaud Benelux, pas mal pour un étudiant en 2e année…
C’est con ce que je vais dire, mais au début ça n’a pas été facile parce que j’avais trop de propositions d’un coup. Je n’ai pas pris la grosse tête, pourtant à un moment il a fallu évacuer un peu. J’avais quatre propositions avec des scénaristes… Et je ne savais pas du tout ce que c’était qu’un album de BD. Au début je voulais tout signer…
D’entrée de jeu, j’ai signé avec Dargaud. Je n’avais pas encore commencé les planches pour Delcourt à ce moment. Au début je devais travailler avec Jean Dufaux, et puis ça ne s’est pas fait. Ensuite, Yves est venu au jury. Comme je n’avais que des projets sur scénario, il m’a dit : « Vas-y, tape un scénar’ ! Nous, on te suit de toute manière, il n’y a pas de problème… »
Entre le premier Maître de jeu [chez Delcourt, sur un scénario de Corbeyran dans l’univers des Stryges] et Kabbale, il a fallu du temps. J’ai découvert ce qu’est la BD : entre écrire un scénario de dix pages et réaliser un vrai album, il se passe des choses… le scénario a eu de nombreuses moutures. Pendant un moment, j’étais sur deux projets. Une première version de Kabbale d’abord, et un autre projet qui s’appelait Monsieur Tim, un petit peu extravagant graphiquement, avec de la photo, etc. Je travaillais avec une amie à l’époque… On n’est pas allés jusqu’au bout de ce projet, mais il y a pas mal de choses qui en sont restées. J’ai réuni les deux en fait. Carole était un personnage de Monsieur Tim à la base. À l’inverse, il y avait un personnage de la première version de Kabbale qui a finalement abouti à la création de deux personnages : Carole et un autre personnage qui va arriver dans le tome 3 et qui s’appelle Automne.

Combien de tomes as-tu prévu pour Kabbale ?
C’est une série qui a une fin, je ne suis pas du tout dans l’esprit : « tiens ça marche, je vais faire des suites. » Par contre, je ne préfère pas donner de chiffres pour le moment parce que je ne sais pas comment je vais gérer la suite de l’histoire, ni ce que Dargaud attend de moi.
Dans les lectures, on sent que les choses se mettent en place… Il va y avoir une évolution plus rapide après. J’ai envie de construire les bases d’un univers structuré. Ensuite je pourrai exploiter un personnage en particulier sur chaque album. J’ai un projet de tome centré sur le père de Gaël – qui est pompier. J’en vois un autre axé sur Vincent – un des policiers qu’on voit dans le tome 1, avec les casques en forme de tête de mort. Je veux montrer qu’il y a des mecs sous ces casques, des mecs avec des valeurs, pas forcément des fachos…
Donc voilà, l’univers est mis en place, maintenant il va s’agir de jouer avec les éléments. Il y a des personnages qui arrivent en toile de fond et qui vont prendre de l’importance. Par exemple, dans le tome 2, Iris est arrivée et il y aura un tome complet sur elle. Idem pour David. L’idée c’est qu’on découvre des gens peu à peu. Certains sont super sympas, et tandis qu’on les rencontre davantage ils deviennent vachement lourds. Je ne dis pas que David va être vachement lourd par la suite. Je vais travailler le personnage un peu plus en profondeur. On va le découvrir davantage dans le tome 3 et comprendre des choses… Jusqu’à présent, c’était le bon copain parce que je n’avais pas besoin d’amener d’autres éléments. Pour l’instant, j’ai tout centré sur Carole et Gaël parce qu’ils sont le nœud central. Dans la suite, Carole va disparaître quelque temps, puis elle va revenir… Mais ils restent les deux personnages principaux… Enfin Gaël surtout.

Est-ce qu’on peut te demander quelle est la dose d’autobiographie dans cette série ?
On peut poser la question, mais elle n’a pas vraiment d’intérêt. C’est avant tout une histoire que je raconte. Évidemment, il y a des éléments autobiograhiques, mais seuls mes intimes peuvent les reconnaître, parce qu’ils savent les choses que j’ai vécues.
D’ailleurs j’ai une amie qui me demande souvent si ça ne m’embête pas de raconter ce genre de trucs, de m’ouvrir comme ça à un public. Le public en BD essaie parfois d’en profiter, d’en jouer. Mais ce n’est pas forcément ça qui me touche le plus. Oui j’ai vécu des choses, mais je les ai digérées aussi. Par contre, j’amène aussi des choses qui sont plus profondes.

Il y a des scènes très vécues… Les manifs, ou cette scène chez Carole avec Anaïs…
(Sourire) Ça, c’est du vécu. T’attends, t’es là, tu te dis que tu fais tapisserie… Cette scène, elle prend des pages, mais c’est voulu. Il y a tellement rien, mais en même temps il y a tellement de choses. Ça, c’est le paradoxe de Kabbale, il y a des scènes qui ne racontent rien et qui disent beaucoup en même temps. La deuxième lecture doit faire réfléchir…

Et la scène dans le métro où un gamin tape sur la tête de Gaël ?
Cette scène-là aussi je l’ai vécue… Enfin le début au moins. La suite, je l’ai un peu dynamisée. Ça m’est arrivé quand j’étais au début du tome 2 de Kabbale. J’ai pris un coup alors que j’étais dans mes pensées, comme Gaël dans l’album. Je me suis retourné et j’ai gueulé sur le môme… Je ne l’ai pas frappé comme le fait le personnage, mais je me suis fâché. Le gosse, il a bloqué… Après coup, j’ai réalisé qu’il y avait une vingtaine de mecs, les grands frères et tout… Et là, je me suis décomposé sur le coup…
Je ne regrette pas de m’être fâché, de toute manière je me serais fâché, même si j’avais repéré les autres. Il y a deux trois petites anecdotes comme ça dans la BD.

Kabbale décrit souvent la violence de la société. Est-ce une volonté de ta part de faire une BD engagée, ou est-ce que c’est ta personnalité qui ressort d’elle-même ?
C’est un peu moi, en fait. Ça fait partie de mon caractère. Gaël est un personnage qui m’est proche. Parfois ça me surprend parce que je n’ai pas trop conscience de tout ce que je mets de moi en lui.
Gaël réagit comme moi, il s’énerve. Je trouve certaines choses aberrantes, qui me donnent envie de réagir. Je ne comprends pas les attitudes des gens. Par exemple les manifs anti-Le Pen après le premier tour des présidentielles. J’étais certain que Le Pen serait au second tour et je l’avais dit. Je voulais monter des associations, non pas anti-FN, mais qui soient dans une logique constructive… Mais personne ne te suit, tout le monde s’en fout. J’étais furieux. Après, les gens sont allés manifester dans la rue et ils estimaient avoir fait leur devoir… Certains sont venus me dire comme ça : « moi, j’ai fait les manifs ! » C’est bien beau de faire une manif, mais le problème est toujours là…

Donc, tu n’as pas pour objectif de faire de la BD engagée. Tes albums le sont parce que tu l’es toi-même, mais tu n’es pas là pour transmettre un message au monde…
Je ne veux pas avoir de parti pris. Parce que c’est ça, être engagé. Gaël, c’est un personnage qui réagit par rapport à une société. Dans Kabbale, il y a deux thèmes.
Il y a d’abord l’idée de changer le monde. Si Gaël en avait la possibilité, comment est-ce qu’il ferait ? Parce que c’est facile de pointer les problèmes, mais comment le changer, ce monde ? Je ne suis pas là seulement pour dénoncer sans amener une critique constructive, sans chercher des solutions. La critique pure, je trouve ça nul parce que c’est la politique des partis d’extrême droite. Ils te disent : « Ça, c’est pas bien, ça c’est nul, votez pour nous ! » Quand j’entends des mecs dire la même chose à la télé, je trouve ça idiot.
Le second axe, c’est la façon dont les personnages – Gaël et les autres – essaient de structurer leur vie dans cette société. Chacun essaie d’agir à son niveau. Par exemple, récemment je me suis fait opérer et je me déplaçais avec des béquilles. Dans la rue, des gens me bousculaient parce qu’ils étaient pressés. Et ils passaient en faisant « pffffffff »… Ça me tue. Si j’ai des béquilles, c’est que je suis blessé. Mais non, les gens poussent tout le monde pour aller plus vite. Dans ces cas-là, je commence à m’énerver vraiment. Chez Gaël, il y a le même truc. Ce n’est pas un type violent, du genre à chercher la bagarre. Non, c’est un mec qui réagit à des choses qui l’excèdent.

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À certains moments, l’action semble ne pas se dérouler dans l’univers que nous connaissons. Est-ce que tu peux m’expliquer ces scènes ?
Tout dépend des scènes. Comme je le disais tout à l’heure, il y a un niveau de lecture symbolique. J’essaie souvent de donner des clés pour la compréhension de l’histoire, mais finalement ça perd les gens… Par exemple, on peut déjà deviner que Karim (le personnage qui délire à l’hôpital dans le tome 2) va être un personnage important. On peut décoder toute la scène de son rêve. Il est dans un univers où tout est détruit, ce qui conduit déjà à certaines déductions. Il est poursuivi, puis il se retrouve devant ses amis qui sont tous morts et salement amochés. Enfin, Gaël arrive en lui tendant les mains ce qui implique une notion de partage…
Je vais revenir là-dessus dans la suite. Mais le but pour moi, ce n’est pas non plus d’expliquer. C’est un peu – sans vouloir être prétentieux – comme Nietzsche qui travaille avec ses codes à lui. J’ai tendance à travailler comme ça. Parfois je pars un peu tout seul… (rire)
Il y a des confrontations entre plusieurs univers. Dans Kabbale, le partage entre le rêve et la réalité va être fréquent.

Et ce personnage qui ressemble à Gaël en plus jeune… Est-ce qu’on peut considérer que c’est sa conscience ou bien le narrateur ?
Je pense que c’est un bon résumé. Certains ne comprennent pas. Un lecteur a même cru que cette scène signifiait que des extraterrestres arrivaient sur la planète… Ça m’amuse ces explications pas possibles… Mais c’est bien Gaël enfant, il représente le côté pur de Gaël, son côté très candide… La forme noire qui l’entoure représente l’autre versant de sa personnalité. Dans le tome 1, on voit bien ce rapport entre le noir et le blanc, cette spirale, cette espèce de rapport entre le ying et le yang (rires)… Il y a tout un jeu. Le côté candide se fait happer par l’espèce de serpent et son discours tentateur. Ça me permet de donner des clés, d’aller un peu plus loin dans le personnage de Gaël. Si j’avais voulu faire du Frank Miller, j’aurais transcrit ça en monologue. Ce côté, non pas ésotérique, mais onirique sera toujours présent dans la série.
Les couvertures sont dans cet esprit. Elles sont très symboliques à chaque fois. Pour le troisième tome, on verra à nouveau la ville, mais détruite et recouverte d’arbres. Alors les gens vont me demander : « pourquoi la ville est recouverte d’arbres ?… C’est pas dans l’album… » Pourtant, il y a des explications…

Dans tes albums, des planches très graphiques, quasiment muettes, alternent avec des passages où les personnages parlent beaucoup pour expliquer leur point de vue. Tu n’as pas peur des textes explicatifs ?
Non, à partir du moment où il y a un texte, j’amène le lecteur à le lire.
Je trouve dommage qu’on passe trop vite sur les planches sans texte. D’autant plus que ces planches demandent énormément de travail. Elles ne représentent pas juste un mec qui court. On retrouve ce principe dans Méka de J.D. Morvan et Bengal. Dans cet album, deux robots géants se battent, puis tombent. Tout tourne autour des pilotes qui essaient de sortir. Les gens disent : « Y a que ça comme histoire ? » Mais non, on suit les personnages, il y a des atmosphères, il y a plein de choses. Moi j’ai ressenti toutes ces choses-là… Et je me donne la peine de travailler en couleurs directes pour essayer de donner le maximum d’intensité à mes planches. C’est vraiment dommage que les gens ne fassent pas l’effort de s’y attarder.
Dans Kabbale, on se retrouve parfois seul avec le personnage. Par exemple, il y a ce passage dans l’introduction du tome 2 – il n’est pas forcément bien fait, mais bon – où Carole joue avec ses mains contre la vitre… Il n’y a rien dans ce passage. Pourtant, j’ai vraiment cherché à créer une atmosphère : Carole est en pleine introspection. C’est là où je dis que le lecteur a un effort à fournir… Il doit aller vers elle.
La lecture d’une BD, ce n’est pas systématique. C’est comme le cinéma… Il y a des films très bien où il ne se passe pas grand-chose. Dans Millenium Mambo [de Hou Hsiao Hsien, sorti en 2001], il ne se passe rien. Mais c’est un film tellement proche des gens… Dans certaines scènes, le personnage féminin est à sa fenêtre, elle boit un café… Il y a même un plan de dix minutes où on la voit à son réveil, un matin. Voilà, je trouve ça bien parce qu’on entre dans quelque chose. Mais je comprends qu’il y ait des gens qui n’arrivent pas à adhérer à ça. Et il n’y a pas qu’une seule façon de lire une BD.

Les couvertures vierges, c’est une idée de toi ? Ou de Yves Schlirf ?
Non, c’est Dargaud, ils avaient honte de moi, alors ils n’ont pas voulu mettre mon nom sur la couverture. (rires)
En fait, quand j’ai ramené la couverture à Dargaud, elle leur a tellement plu qu’ils voulaient l’exploiter au maximum. C’est le maquettiste qui a eu l’idée. Il a proposé de mettre un autocollant. Moi je n’ai pas dit non, et maintenant, ça me plaît beaucoup.
On joue sur un autocollant pour attirer le regard sur l’album. On peut l’enlever ensuite. Il y a un petit côté goodies… Ce n’est pas juste un album, ce livre a une personnalité propre. Et ça me permet d’aller un peu plus loin au niveau de l’image, contrairement au Maître de Jeu où j’ai un espace très réduit pour mon dessin de couverture.

Et les intros ? Ces trois planches avant le début de chaque album ?
Quatre ! Ce sont quatre planches pour reprendre le rythme narratif de l’histoire. Je commence sur une scène qui n’est pas sans rapport avec l’histoire, mais qui est un peu ésotérique. Cette scène prépare le lecteur à rentrer tout doucement dans l’album, crée une atmosphère. Ce n’est pas une continuité de source d’information, c’est une promenade dans l’histoire. On est toujours dans cette idée d’offrir un autre mode de lecture. Avant même d’arriver dans la lecture de l’album, on est plongé dans quelque chose. Ensuite ça dépend du lecteur.

Et les planches que Gaël dessine… Est-ce qu’on aura droit un jour à l’album de Gaël ?
Ce serait rigolo. J’aimerais bien faire un bouquin pour enfants. J’en ai déjà parlé avec Yves Schlirf, ce serait un beau produit. Ça pourrait être intéressant si la série décolle, mais ce n’est pas d’actualité et ce n’est sûrement pas une priorité. D’ailleurs, je ne suis même pas sûr que Gaël finisse son album. Il n’y pas d’histoire déjà écrite derrière ses planches. En fait, elles s’adaptent au fur et à mesure de sa vie puisqu’elles sont un complément à son histoire. Selon ce qui va lui arriver, elles évolueront.

Il y a une dimension fantastique dans certaines scènes. Est-ce que Kabbale va évoluer dans cette direction ou comptes-tu rester strictement réaliste ?
Il y a un moment où la dimension fantastique va se concrétiser. Gaël va être confronté à la possibilité de faire des choses spéciales. Dès le tome 3, on va comprendre certains éléments que j’ai commencé à amener. Quant au nouveau personnage, Automne, elle est déjà plus fantastique. Pas excessivement, mais dès l’introduction on va comprendre qu’elle a des capacités de médium.

Au fait, Carole n’est-elle pas un peu énervante ?
Non, mais ça existe des filles comme elle. Actuellement, je crois que c’est un personnage qui est aussi paumé de Gaël. L’objectif est de la rendre touchante plus qu’énervante. Carole, on la sent proche de Gaël. Mais où veut-elle en venir ? Peut-être qu’elle ne le sait pas elle-même. Il y a un espèce de jeu qui n’est pas forcément très sain. Elle a peut-être besoin de Gaël pour certaines choses – le relationnel par exemple – mais pas pour le reste…
Mais ne vous inquiétez pas… Le garçon qu’elle embrasse à la fin du tome 2, c’est bien son copain… Carole n’est pas une grosse cochonne. (rires) Carole, ce n’est pas une dévoreuse d’hommes…

Iris, c’est un peu le dindon de la farce ?
Oui, c’est sans doute le personnage qui sera le plus à plaindre. C’est la gentille fille qui va subir malencontreusement des choses, comme Gaël en subit en ce moment. Elle n’est pas arrivée au bon moment.

Est-ce que tu rêves de tes personnages la nuit ?
Constamment. Je les connais très bien. Ils vivent dans ma tête. Quand j’écris un scénario, je sais où je veux arriver, mais parfois l’histoire dévie parce que je ne les contrôle pas forcément. Par exemple, ils doivent partir quelque part, mais là ils se fâchent… Ce n’est pas moi qui décide de la dispute : elle a lieu parce que c’est leur caractère. Alors il faut que je restructure le scénario. Ce sont des entités à part entière pour moi.

Pourquoi faut-il acheter Carole ?
Pourquoi quoi ?… Ah oui, pourquoi acheter le tome 2 de Kabbale ? Bah… Pour que l’auteur touche des droits d’auteurs… (rires) Il n’y a pas de pourquoi. Les gens achètent, ou ils ont l’occasion de le lire.
Ça fait partie de ma démarche. Une BD ça coûte cher. C’est pour ça que je me donne à fond graphiquement. Je ne suis pas encore capable de travailler en vraie couleur directe comme Vink ou Delaby. Mes noir et blanc, c’est blanco, collage et photocopie. Je travaille sur un imprimé noir et blanc. Mais tant que ce ne sera pas bon, je continuerai à travailler dessus. En ce moment, je suis en train de faire des planches du Maître de jeu, et si je dois travailler trois semaines sur une page, je passerai trois semaines sur une page. Je ne démords pas de ça. J’investis de plus en plus sur chaque album…
Je pense que c’est un plus pour l’album. Par rapport à des couleurs faites un peu vite, à l’ordinateur, à coup d’à-plats… J’ai vu des dessinateurs faire leurs planches comme ça, administrativement, pour faire du pognon. Moi, je ne pouvais pas m’acheter d’album quand j’étais gamin, parce que j’ai été fauché pendant longtemps. Là, j’estime que pour dix euros, au bout tu as un mec qui ne s’est pas foutu de ta gueule.
C’est là où j’essaie de faire la différence.

 

   
 

Entretien réalisé par Martin Zeller le 4 juin 2004.

 
     
 
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