Entretien avec Christopher (All I Need Is Love)

Christopher ouvre la carrière franco-belge de Panini avec All I Need Is Love, un album dans l’air du temps !


Christopher est anglo-parigot-tourangeau-marseillais et écrit de la bande dessinée en attendant la grande révélation. Derrière ses lunettes carrées très tendance, il répond tout naturellement quand on lui pose des questions… D’ailleurs, il adore parler de son travail (même par e-mail). Après de nombreux titres publiés par La Comédie illustrée et Les Filles par Carabas, le voici qui ouvre la carrière franco-belge de Panini avec All I Need Is Love, un album dans l’air du temps !

 

Vous dirigez votre propre maison d’édition de BD, La Comédie illustrée. Est-ce que vous pouvez nous parler de cette expérience ? Comment travaillez-vous dans ce cadre ? Quel type d’ouvrages publiez-vous ?
Christopher : La Comédie illustrée est une structure éditoriale née en 1994 de l’idée qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même. Une structure d’auteurs, pour des auteurs. Comme on savait bien que nos ouvrages n’intéressaient pas les grosses structures, on a fait notre petite tambouille dans notre coin. On est partis de 100 exemplaires pour arriver, pour certains titres, aux environs de 4000. De ce principe d’autoproduction avec Jean-Philippe Peyraud, Philippe de la Fuente, Massonnet, Jean-Paul Jennequin et Mehdi Sahmi, on s’est transformés en structure éditoriale pour promouvoir d’autres auteurs. Distribués par le Comptoir des indépendants, on a vite été dépassés par les événements avec plus d’une quinzaine de titres par an et on a commencé à faire des ouvrages couleur.
Dans cette situation, on s’est rendu compte qu’on avait atteint le développement maximal de notre structure vu qu’on n’était pas payés et qu’on ne voulait pas devenir des éditeurs, mais rester des auteurs. Lorsqu’on a sorti le tome 3 de la série des filles, il aurait fallu rééditer les tomes 1 et 2, ce qui financièrement était impossible, car ça aurait bloqué trop d’argent. On a revendu la série et la structure est revenue à son point initial, c’est-à-dire la publication d’ouvrage en noir et blanc et avec 4 à 5 publications à l’année. Mon rôle dans cette structure est partagé avec les autres au niveau du choix éditorial et je m’occupe du graphisme et de la fabrication des albums.

 

En plus de la Comédie Illustrée, vous avez publié Les Filles chez Carabas, et maintenant vous voici chez Panini. Pourquoi tant de mouvements ?
Comme je l’ai expliqué précédemment, La Comédie illustrée ne pouvait plus gérer le petit succès de la série, aussi, lorsque j’ai parlé de nos ennuis à Jérôme Martineau des éditions Carabas, il m’a proposé de récupérer la série dans son catalogue. Et quelques jours plus tard, Louis-Antoine Dujardin, amateur de la série, me proposa de travailler avec lui. Je venais de finir le tome 3 des filles et avais une nouvelle idée de scénario en tête, celle d’All I Need Is Love et on est partis sur cette histoire.

 

Et pourquoi avoir choisi ce nouveau label pour lancer votre nouvelle série ?
Je recherche deux choses avec un éditeur. Un suivi éditorial de mon projet et l’assurance d’une bonne promo. Le problème dans l’édition à l’heure actuelle, c’est qu’on signe trop de projets et qu’on lance les albums dans le grand bain, puis on voit si les titres surnagent ou coulent. Pour ma part, je sais qu’une bonne promo aide beaucoup l’album. Alors, lorsque Panini m’a parlé de son projet éditorial de commencer une collection franco-belge, je n’ai pas hésité, car c’était l’assurance d’une bonne communication autour de l’album. Panini a beaucoup de moyens et être à l’origine d’une maison d’édition, c’est toujours exaltant. Travailler avec toute une équipe, alors que j’étais un des seuls auteurs signés, me permettait d’être chouchouté, et on sait combien les auteurs aiment être chouchoutés. Avoir un directeur de collection rien qu’à soi et qui suit au jour le jour l’évolution de l’album, c’est franchement très agréable.

 

Panini ça fait plus penser à des joueurs de foot ou à des super héros, pourtant vous signez un album purement franco-belge, et même proche d’une certaine avant-garde. Cela ne vous semble-t-il pas étrange ?
Si. Mais de signer un auteur marsaillo-anglais, n’était-ce pas plus étrange ? Ce qui m’a plu justement dans cette aventure, c’est le fait d’essuyer les plâtres. On est un peu fous. Avec les responsables de Panini, on s’apprécie humainement et professionnellement, on nous donne les moyens, alors on fonce et on verra à la fin.
C’est vrai que lorsque je regarde en arrière et que je vois ce qu’on a fait avec La Comédie illustrée et avec le peu de moyens qu’on avait, je me trouve complètement barge. Ça doit être dans ma nature.
Sinon, le fait que Panini soit plus connu pour ses vignettes que pour ses bandes dessinées ne me dérange pas plus que ça (tant qu’on ne me parle pas des sandwiches) et c’est dingue le nombre de personnes qui me demandent si je peux leur avoir de vignettes de foot…

 

Monsieur Jean, on en parle ?
J’ai toujours plus de choses à dire sur Monsieur Jean que sur XIII, Largo Winch ou Lanfeust

 

On arrive à la fin de ce premier tome sans connaître l’âge d’Isabelle (c’est pourtant sur ce thème que s’ouvre l’album). Pourquoi ?
Parce que c’est un but. Juste d’évoquer son âge par ses souvenirs.

D’ailleurs, j’ai parfois eu un peu de mal à discerner l’âge des personnages dans le dessin même. C’est une volonté délibérée de brouillage ?
Oui. C’est surtout un constat de ma part lorsque je regarde les femmes autour de moi, je n’arrive pas à leur donner un âge. Ça va d’une femme de 22 ans à une de 45. On devine rarement leurs différences.

 

Certains pourraient reprocher à cet album de refléter des clichés sur les mères bobos célibataires. Que répondriez-vous ?
Que ces clichés sont vrais.

 

Dans ce livre, il y a beaucoup de scènes qu’on a l’impression d’avoir vécues. Est-ce votre cas ? Y a-t-il une part d’autobiographie ?
Il y a toujours une part d’autobiographie dans ce que je fais, même si je raconte des histoires de filles. Et comme le disait Goscinny ; il est bon de mettre de ses c… dans un scénario et de ne pas rester sage.

 

La question rituelle : pourquoi faut-il lire All I need is love (saison 1) ?
Parce que c’est une introduction à suivre la vie d’une femme moderne au cours d’une année de son existence. La première saison est le printemps en attendant la suite. Si la vie d’Isabelle ne vous intéresse pas, intéressez-vous à celle de sa fille, Lucile, âgée de 5 ans et dont ma fille a illustré les dessins. Alors, si vous ne le faites pas pour moi, faites-le pour ma fille.

Martin Zeller

   
 

Propos receuillis par e-mail le 27 avril 2004.

 
     
 
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