Entretien avec Adam Heargraves (collection Bonhommes)

Créee par Roger Heargraves en 1971, la collection Bonhomme est aujourd’hui conduite par son fils Adam

La collection « Bonhomme » a vu le jour en 1971 ; sortie de l’imagination d’un Anglais, Roger Hargreaves, elle est aujourd’hui une collection incontournable de la littérature pour la jeunesse. La légende veut que son jeune fils, Adam, lui ayant demandé ce qu’était une chatouille, il inventa un Monsieur Chatouille pour lui le expliquer. Cette collection, dont le cahier des charges a toujours été respecté – il s’agit expliquer une notion abstraite ou un trait de caractère grâce à des personnages aux formes géométriques et très colorés – connaît un succès constant et compte actuellement 48 Monsieur et 40 Madame. 88 petits livres rectangulaires qui ont conquis les enfants de plusieurs générations. A l’instar de 15 autres pays dans le monde, la France a accueilli les publications de Roger Hargreaves : le premier livre est paru aux éditions Hachette Jeunesse en 1982 et il s’en est vendu deux millions d’exemplaires depuis.

Revenons sur l’histoire de la famille Hargreaves. Roger Hargreaves, dès lors qu’il eut créé la collection, ne cessa jamais de publier de nouveaux livres jusqu’à sa disparition en 1988. C’est alors son fils Adam qui prendra sa succession. Toutefois, il faudra attendre 2003 pour que celui-ci, n’ayant auparavant jamais écrit encore, se décide à écrire et dessiner lui-même les ouvrages. Ce sont donc les six premiers Monsieur et Madame écrits par Adam Hargreaves qui paraissent ces jours-ci en France. Les nouveaux compagnons des enfants ont pour nom : Monsieur Génial, Mme Terreur, Monsieur Gentil, Monsieur Mal élevé et Mme Farceuse. A cette occasion nous avons eu la chance de rencontrer leur créateur lors de son passage en France, le temps d’une dédicace, à la librairie Mille Pages Jeunesse de Vincennes. 

Comment avez-vous décidé de créer 6 nouveaux personnages ?
Adam Heargraves : C’est la combinaison de deux facteurs. Le premier, c’est que nous avons organisé un concours pour les enfants dans le but de trouver des idées pour de nouveaux Monsieur et de nouvelles Madame. L’idée était de faire un dessin et de trouver l’idée majeure du scénario, c’est ainsi que me sont venues des idées. Deuxièmement, mon père était mort depuis 15 ans et je me sentais capable de prendre sa succession. Il était temps de créer de nouveaux personnages.

Qu’est-ce qui prime dans la création d’un nouveau personnage ? Le nom ou la forme ?
C’est probablement le nom en premier. C’est une combinaison entre le nom et l’histoire.

Expliquez-nous comment vous choisissez la forme et les couleurs ?
Le choix vient des mots. Quand on a le personnage on a le style. Il faut également garder à l’esprit le style de la collection. Mis à part cela, il n’y a rien de particulier.

Où trouvez-vous l’inspiration ?
Les gens ! Ce sont eux qui me permettent de trouver une nouvelle émotion qui conduira à la création d’une Madame ou d’un Monsieur.

Avez-vous un endroit préféré pour écrire ?
Non, j’ai un bureau où je crée également les personnages.

Vous sentez-vous davantage auteur ou illustrateur ?
Illustrateur sans hésitation.
 
Avez-vous une formation spécifique d’illustrateur ?
Non, j’ai été à l’université, le dessin est mon hobby, ma passion.

Comment expliquez-vous le succès de la série ?
C’est difficile. Je pense que c’est dû à différents facteurs. Je pense que c’est parce que ça touche à des choses qui sont proches des gens, des caractères humains, des émotions ou des notions abstraites qui touchent les gens de près. C’est une collection de personnages qui sont simples avec des traits bruts qui laissent libre cours à l’imagination.

Peut-on dire que, grâce à des gens comme vous ou J.K.Rowling, l’Angleterre est l’avenir de la littérature enfantine ?
Non, je ne crois pas. Une bonne histoire est une bonne histoire, elle n’a pas de nationalité.

En France, être un écrivain pour enfants n’apporte pas la célébrité, qu’en est-il de l’Angleterre ?
Les auteurs anglais sont célèbres au Royaume-Uni. Je pense que le public pour leurs ouvrages est plus étendu à cause de la langue anglaise qui est parlée dans de nombreux pays. Leur célébrité tient uniquement au langage.

La série est-elle publiée aux USA ?
Oui mais elle n’a pas connu le même succès qu’en France ou au Royaume-Uni, on en a quand même vendu mais rien d’extraordinaire.

 

Comment décidez-vous que le personnage sera une Madame ou un Monsieur ?
Ça dépend du sexe qu’a le mot dans mon esprit (n’oublions pas que l’anglais ne distingue pas le genre des mots) Si l’émotion est féminine, ce sera une Madame. C’est une évidence. Par exemple, j’ai pensé que c’était mieux d’avoir une Mme Terreur qu’un Monsieur Terreur.

Avez-vous un personnage favori ?
Mme Malchance.

Éprouvez-vous des difficultés à suivre la voie de votre père ?
J’en ai eu. J’ai été plongé dans les affaires à sa mort, c’était dur au début mais maintenant j’aime ça. Ça reste son idée, c’est juste une autre personne qui tient le crayon.

Pourquoi les êtres humains apparaissent-ils dans certains albums au côté des « Monsieurs » et des « Madames » ?
Je pense qu’au début mon père a écrit l’histoire d’un Monsieur. Le Monsieur vivait par lui-même dans le monde des humains. Il en était ainsi au début de la série, mais au fil des albums, c’était un monde propre aux « Monsieurs » qui se développait. Le nombre de personnages humains a alors diminué, puis il a créé les « Madames ». Ça a évolué au fil du temps et c’est devenu un monde où ne vivent plus que les « Monsieurs » et les « Madames ».

Et lui était-il Monsieur Chatouille ?
Oui, c’était le premier.

   
 

Propos recueillis et traduits de l’anglais par Magalie Mortagne.

 
     
 
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