Daniel Libeskind, Construire le futur

Entre une enfance dans la Pologne de l’après-guerre et les 541 mètres de verre et d’acier de la future Freedom Tower s’écrit la vie de Daniel Libeskind

Entre une enfance dans la Pologne de l’après-guerre au sein d’une famille de survivants juifs de l’Holocauste, et les 541 mètres de verre et d’acier de la Freedom Tower qui vont s’élever au-dessus des ruines de Ground Zero, se trouve une vie. Il s’agit de celle de Daniel Libeskind, nouvelle star mondiale de l’architecture, dont le projet pour réinventer le World Trade Center a été retenu parmi plus de 2500 candidatures… Cette existence hors du commun, il la raconte dans Construire le futur en la mettant brillamment en parallèle avec l’élaboration de cette tour, elle aussi sans commune mesure.

Bien évidemment, comme tout architecte qui se respecte, Daniel Libeskind commence sa biographie par les fondations. À savoir les premières années d’une vie déjà nomade. Âgé de onze ans lorsque sa famille émigre en Israël, il en a treize quand elle s’installe dans une ville dont il tombera immédiatement amoureux : New York. Mais surprise : Rien ne me prédisposait à une carrière d’architecte, annonce-t-il d’emblée. En effet, le jeune Libeskind fait dans un premier temps figure de prodige de l’accordéon – il a même obtenu une bourse ! – avant de s’adonner compulsivement au dessin, et de rêver de devenir un artiste. Mais une fois adulte, il écoute le sage conseil de sa mère : Tu peux toujours faire de l’art à travers l’architecture, mais pas de l’architecture en faisant de l’art. 

Daniel Libeskind a donc fait d’une pierre deux coups… même si, comme il l’explique, son talent s’est révélé sur le tard. Il lui a en effet fallu attendre l’âge de 53 ans avant que son premier édifice, le Musée juif de Berlin, accueille ses premiers visiteurs. Et ce, après douze années d’une lutte acharnée pour mener à bien ce projet, controversé à l’époque. Mais de son enfance, il a toujours conservé son goût pour les arts, comme en témoignent les nombreuses références parsemant sa biographie :
Un beau bâtiment, à l’instar des chefs-d’œuvres de la littérature, de la poésie ou de la musique, s’entend à raconter l’histoire de l’âme humaine.

Justement, l’Histoire, Daniel Libeskind la rencontre à nouveau lorsqu’il commence à plancher sur la reconstruction du World Trade Center. Et son projet a su dès le départ s’adresser aux âmes meurtries des New-yorkais, en accordant une large place à la mémoire des victimes ainsi qu’à son idéal de la démocratie. Un projet qui est aussi remarquable par la mise en scène harmonieuse de la lumière – lumière que l’architecte vénère par-dessus tout et à laquelle il consacre un chapitre entier. Tout simplement parce que la lumière est divine, note-t-il au passage…

Mais le concepteur de la future Freedom Tower n’est pas parvenu à ses fins sans embûche. Concurrence impitoyable entre les architectes, féroces luttes d’influences en raison d’enjeux financiers colossaux : le récit se lit parfois comme un roman à suspense… Dont on connaît cependant la fin : la construction de sa tour doit en effet débuter en 2006. Haute de 1776 pieds en hommage à la date de l’Indépendance de l’Amérique, elle intégrera un jardin dédié aux pompiers. Complété de cinq tours asymétriques, l’édifice fera, de plus, écho à la statue de la liberté dans la skyline new-yorkaise.

Un seul bémol à cette biographie : à aucun moment Daniel Libeskind, qui se présente pourtant comme démocrate, ne s’interroge sur le devenir des idéaux de liberté et de démocratie dans l’Amérique d’aujourd’hui. Mais comme il le souligne dans le dernier et onzième chapitre – un chiffre désormais lourd de symbole – intitulé « foi » : On ne peut pas être architecte et pessimiste.

Construire le futur, dont une partie des bénéfices sera donnée à un organisme caritatif venant en aide aux familles des victimes du 11 septembre, dévoile au travers d’une écriture certes basique, mais pleine de lyrisme et de poésie, un architecte (un artiste ?) singulier. Peut-être même un peu trop : d’un caractère bien trempé, il ne ménage pas ses confrères, dénigre facilement leurs projets, et fait souvent preuve de suffisance. Mais sans doute une petite touche de mégalomanie est-elle nécessaire pour devenir l’architecte de l’édifice le plus attendu du début du XXIe siècle.

c. dupire

   
 

Daniel Libeskind, Construire le futur (traduit de l’américain par Marina Boraso et Pierre Girard), Albin Michel, février 2005, 346 p. – 22,00 €.

 
     
 
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