Pascal Morin, Les amants américains

Un homme est appelé au chevet de sa mère qu’il n’a pas connue. En découle une interrogation identitaire intéressante… mais le récit déçoit.

Les origines, la difficulté d’être, les déchirures de l’enfance, les suicides, les divorces, la rentrée littéraire 2005 a été riche en romans affichant les obsessions ou les traumatismes de leurs auteurs. Comme si, à l’aune de notre civilisation prônant le moi hégémonique et expérimentant de nouvelles voies parentales, le modèle traditionnel de la famille ne semblait plus aussi désuet. Pour ce deuxième roman de Pascal Morin, c’est l’approche schizophrénique d’un homme abandonné à sa naissance par sa mère qui est ici explorée. Alexandre a 40 ans. Il reçoit l’appel d’une infirmière lui demandant de venir au chevet de sa mère, qu’il n’a jamais vue. Alexandre n’hésite pas, il va prendre la route pour en finir une fois pour toute avec celle qu’il n’a jamais cessé de vouloir oublier : Attends-moi. Laisse-moi le temps d’arriver et de te voir, fatiguée, le teint terreux dans tes draps sales (…) Je vais mettre ma main sur ta bouche pour qu’on t’entende pas mugir et t’étouffer sous ton oreiller. Laisse-moi te tuer.

Durant ce voyage à travers la France, l’homme adulte va parler à l’embryon qu’il s’imagine avoir été – Moi non plus, je n’en peux plus. Mes ongles ne sont pas encore assez solides, j’essaie quand même d’attaquer les parois tapissées de veines bleues qui se dressent autour de moi et de me noyer dans ton sang. Je veux sortir d’ici. Puis à l’enfant, à l’adolescent qu’il était – Je grandis, et dès la première fois que je fais l’amour, tu es de retour. Sur le visage de celle que je prends, je crois voir tes yeux révulsés que tu refuses d’ouvrir.
Le fil du temps qui s’entrelace, la voix des protagonistes qui se mêle : Pour construire l’adulte qu’il doit devenir, Alexandre s’invente un imaginaire et reconstitue l’histoire de celle qui l’a abandonné. Une élucubration où la haine qu’il éprouve à l’égard de l’inconséquente génitrice, cette inconnue au seuil de la mort qu’il s’apprête à rencontrer, alterne avec des périodes d’invocations, de supplications.
Prends-moi dans tes bras et porte-moi dans mon lit lorsque je m’endors. Emmène-moi. Je t’appelle, entortillé dans mes draps, j’ai peur. Je ne trouve pas la sortie. J’ai peur.

Soit.
Si le thème abordé est intéressant, si cette interrogation du narrateur au sujet de son identité est a priori attirante, le contenu de ce court récit n’est néanmoins pas à la hauteur des mythes antiques du matricide et de la renaissance que l’auteur a voulu ici aborder. Il manque une profondeur tragique au personnage de cette fille-mère dont le caractère est trop lisse ; peut-être aurait-il fallu quelques chapitres de plus pour rendre plausible ce face-à-face affectif traité avec trop de facilité.

cedric beal

   
 

Pascal Morin, Les amants américains, éditions du Rouergue coll. « La Brune », août 2005, 124 p. – 15,50 €.

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