Blandine Le Callet, Une pièce montée

Un mariage bourgeois en pièces détachées, vu à travers une succession de portraits pleins de finesse et d’humour

Pièce démontée

Aimez-vous les mariages ? Cette institution un peu pâle et vieillissante est, en littérature, un nid à bons mots. Et une source d’inspiration intarissable pour les Grosses Têtes, puisque c’est toujours Sacha Guitry, Tristan Bernard ou l’Amiral de Kersauson qui ont créé l’aphorisme autour de ce lien, supposément indéfectible qui unit deux êtres pour la vie, le meilleur, le pire et souvent plus.
Le célibat ? On s’ennuie. Le mariage ? On a des ennuis.
En voila une, de Guitry justement. Mais venons-en au fait.

Blandine Le Callet a eu l’idée judicieuse de proposer une série de portraits, pris sur le vif le jour des noces de Bérengère et Vincent. D’en faire un livre, de l’envoyer par la poste (l’aristocratie littéraire voulant qu’on souligne que les manuscrits peuvent aussi arriver par la poste). Et de le faire publier.
Rajoutons qu’il s’agit bien sûr d’un mariage chic, d’un gratin mêlé de bonnes familles, mélange de traditions d’antan, d’inadéquation à la modernité, de rancœur et d’amour filial. Bref, pour une tragédie comique, rien de mieux que ces clans un peu décatis, vivant des cérémonies surannées avec un plaisir déçu gorgé de champagne.

Une petite dizaine de personnages se succèdent à la narration, décrivant tour à tour l’hypocrisie, les faux-semblants, les réjouissances surjouées, tout ce qui pourrit déjà dans ce couple à peine officialisé, tout ce qui se joue en sous-sol et se murmure en surface.
Le curé est las d’unir à la chaîne, la mère de la fille d’honneur veut quitter son mari, la sœur célibataire, aigre et triste, ne supporte plus la mascarade, l’Oncle s’ennuie, quant aux mariés, ce n’est pas mieux. Le voile blanc est le trou noir de l’amour (tiens, je l’enverrai à Bouvard celle-là), ils s’aimeront avec une distinction polie, par habitude et goût des convenances, sans plus aucun romantisme, sans même savoir s’il y avait eu un jour de la passion, mais sans haine, encore une fois sans panache. C’est comme ça, c’est bourgeois, c’est classique, d’une mélancolie achevée et d’une tristesse sournoise.

Loin d’être mue par un esprit revanchard à l’égard d’un milieu aisé un peu trop sûr de lui, Blandine Le Callet y va, justement, en douceur. Et fait ainsi plus mal en racontant plus exactement les réseaux de haine, d’amitié, qui lient entre eux les acteurs d’une fête qui s’apparente souvent à une sinistre comédie de mœurs.
Blandine Le Callet a, surtout, réussi le pari d’épouser, c’est le cas de le dire, un ton à l’anglaise, d’une subtilité plaisante et nimbé d’un humour grinçant souvent bien trouvé, parfois irrésistible. Le tout dans un décor très à-la-française. Joyeux mélange. 
À la fin de l’ouvrage, le lecteur est repu, rassasié, rangé des voitures pour ce qui est du mariage, lui qui préfère bien souvent le pire au meilleur.

guillaume rostand

   
 

Blandine Le Callet, Une pièce montée, Stock, janvier 2006, 320 p. – 17,50 €.

 
     
 
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