Annie Ward, Jours de fièvre et d’attente

Ils avaient sans doute imaginé ce pays, ils se sont peut-être sentis plus forts, capables de tout voir et de tout entendre, et pourtant

June Carver, jeune américaine délurée travaillant pour le cinéma à Los Angeles.
Son compagnon, Ethan, plutôt rat de bibliothèque, professeur et fils de diplomate.
Tous deux sont des Américains gâtés et habitués au confort, à la facilité d’une Amérique parvenue.

Pourtant, ils partent en laissant tout derrière eux, vers un pays à l’opposé de ce qu’ils ont toujours connu : La Bulgarie. Un pays instable où règne la corruption, un pays dangereux où la politique et la mafia se mêlent, un pays où plus rien ne bouge pour les gens dénués de tout, obligés de cumuler les petits boulots sordides pour arriver à survivre dans un univers où tout est déglingué. 
Voilà nos deux héros dans la tourmente. Ils avaient sans doute imaginé ce pays, ils se sont peut-être sentis plus forts, capables de tout voir et de tout entendre, et pourtant…
L’arrivée fut brutale et angoissante. Le noir et le froid d’une cité sans âme qui les frappent de plein fouet dans le vent glacial de la Bulgarie. Le manque de tout, dès le premier jour et un tourbillon de peur qui fond alors sur June, elle qui a surtout suivi les ambitions d’Ethan.

Annie Ward écrit ici son premier roman et on ne peut que sentir le vécu de l’auteur au travers de celui-ci. Journaliste en Bulgarie pendant deux ans, elle nous livre un portrait détaillé de la société bulgare du milieu des années 90. Choisir de dépeindre ce pays déconstruit et presque abandonné par le reste du monde, au travers des yeux de deux Américains n’est sans doute pas anodin. Le contraste est alors un effet de manche plutôt réussi car il nous projette directement et brutalement dans un univers de désespoir qui prend ? par opposition, davantage de corps.

June représente ici la femme américaine par excellence, blonde, désinvolte et coquette. Elle devient comme un phare au milieu de Sofia, tout le monde la remarque y compris les plus dangereux des hommes de la mafia. Chavdar, et son garde du corps attitré, Stoyan. Anciens lutteurs, ils rackettent la ville avec la complicité de l’administration en place. Ils ne sont malgré tout pas différents des autres, de la foule qui se démène, non… ils ne font que survivre eux aussi, avec leurs propres moyens. Chavdar pourtant, est épris de revanche, il veut le pouvoir, il veut la reconnaissance, il voudra donc June dès qu’il l’apercevra.

Le contexte du roman d’Annie Ward est passionnant et le lecteur entre dans l’univers d’un pays souvent mal connu. On peut cependant avoir un peu de mal à accrocher au départ car les premiers chapitres sont un peu confus. Les personnages sont également un peu flous, et c’est essentiellement le contexte qui donnera au lecteur l’envie de poursuivre.

Au fur et à mesure des pages, la trame narrative s’étoffe pourtant et l’on prend alors davantage de plaisir à entrer dans cette histoire pour la suivre jusqu’à son terme, avec en définitive – mais l’on s’en rend compte après coup – une bonne dose d’action et de suspense. Malgré quelques choix stylistiques superflus, ce premier roman est tout de même une jolie réussite qui se lit un peu comme un polar historico-journalistique.

karol letourneux

   
 

Annie Ward, Jours de fièvre et d’attente (Traduit de l’américain par Evelyne Jouve), Belfond coll. « Les Étrangères », mai 2005, 454 p. – 21,50 €.

 
     
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