Susanna Clarke, Jonathan Strange & Mr Norrel

Interférences magiques dans l’Angleterre du début du XIXe siècle… à découvrir dans un premier roman parfaitement maîtrisé

Au début du XIXe siècle, la magie n’est plus qu’un lointain souvenir dans le cœur des Anglais bien que cette dernière ait été à l’origine de leur puissance. Les « magiciens » que l’on trouve désormais ne sont que des théoriciens qui dissertent sur le passé en croyant savoir de quoi ils parlent. Mais un jour, un homme capable de pratiquer la magie décide de leur montrer ce qu’il sait faire et de priver ces pseudo érudits de leurs livres et de leurs titres. Mr Norrel devient ainsi le seul véritable magicien d’Angleterre. Il s’installe à Londres pour aider le pays à vaincre les troupes de Napoléon Bonaparte et retrouver sa grandeur passée, mais il se heurte bien vite à l’indifférence du gouvernement. Pour mettre fin à cet isolement forcé, il rend la vie à Lady Pole, la femme d’un ministre, avec l’aide d’un garçon-fée. Or ce dernier s’octroie la moitié de la vie de la jeune femme en l’obligeant à errer avec lui toutes les nuits dans le royaume des fées. Mr Norrel préfère fermer les yeux sur cette petite infortune et profite désormais de sa nouvelle position dans le monde, jusqu’au jour où un second magicien s’installe à Londres : Jonathan Strange. Bien content de pouvoir enfin échanger avec quelqu’un, Mr Norrel prend le nouveau venu sous son aile, jusqu’à ce que ce dernier décide de suivre son propre chemin et se retourne contre son ancien maître…

Dès les première pages (et il faut dire qu’il y en a beaucoup !), on est vite bluffé par la maîtrise de l’écriture et du sujet. On ne doute pas bien longtemps qu’il y a effectivement eu de la magie en Angleterre, et on se délecte des notes de bas de pages renvoyant à de fausses références avec tellement d’aplomb qu’elles paraissent tout à fait vraisemblables. En plus, Susanne Clarke nous raconte la vie et les travers de ses personnages avec un humour piquant et une touche de profondeur qui n’est pas sans rappeler l’univers de Jane Austen, l’un de ses écrivains préférés. Difficile dès lors de croire qu’il s’agit de son premier roman (et un roman de 850 pages !), ce qui a dû un peu la changer des sept nouvelles qu’elle a écrites auparavant et qui avaient déjà été saluées par la critique. Il faut avouer qu’au bout de quelques centaines de pages, une certaine lassitude s’installe par manque de nouveauté et de rebondissements. Car ce n’est qu’à la toute fin du livre que les personnages sortent enfin de leur retenue so british pour changer comme il se doit la face du monde !

Enfin, les éditions Bloomsbury (qui doivent leur succès à un autre magicien dénommé Harry Potter…) ont eu la bonne idée de réaliser avant tout un objet original, disponible sous deux formes différentes : soit le livre est entièrement noir (de la couverture jusqu’à la tranche), soit il est entièrement blanc. Une œuvre qui ne passera certainement pas inaperçue dans nos bibliothèques.

sophie aigrot

   
 

Susanna Clarke, Jonathan Strange & Mr Norrel (traduit par Isabelle D. Philippe), Robert Laffont, février 2007, 848 p. – 23,00 €.

 
     
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