Bernard Clavel, Les grands malheurs

Un roman fleuve qui dépeint une famille ravagée par la guerre

Dans la France de l’entre-deux-guerres, Eugène Roissard, célèbre dans tout le Jura pour son vin jaune, consacre toute son énergie à sa terre. Rescapé des tranchées, il souffre de violents troubles respiratoires et a épousé Noémie, dont le frère, déserteur, a été fait prisonnier en Allemagne où il a par la suite fondé une famille. Bien entendu, le sujet est tabou chez les Roissard. Seul Xavier, l’aîné du vigneron, rêve de rencontrer cet oncle et son fils qui a le même âge que lui.

Plus la Seconde Guerre mondiale approche, plus le ton monte entre M. David, l’instituteur du village qui commente l’actualité dans son journal, et le père Roissard dont les valeurs sont : travail, famille, patrie… Naturellement, il se range du côté de Pétain lorsque la France est envahie. Au grand dam de son fils Xavier, âgé de 13 ans lorsque la guerre éclate, qui lui soutient de Gaulle. Il s’oppose de plus en plus vivement à son père, quitte le foyer et finit par rejoindre la résistance…

 A travers ce roman fleuve, qui s’étend de 1917 à juillet 2003, Bernard Clavel, Prix Goncourt en 1968 avec Les fruits de l’hiver, peint une famille ravagée par la guerre. Parfois touchants, ses personnages s’avèrent cependant toujours prévisibles. Mais surtout peu naturels, puisqu’à travers ce récit qui traîne souvent en longueur, Bernard Clavel les emploie uniquement afin de démontrer une théorie : La guerre est une atroce maladie. Elle habite l’homme depuis la nuit des temps ; elle le pousse vers une nuit plus profonde encore, prévient-il dans un avant-propos plein d’emphase et de pacifisme bon marché.

Je suis un vieil homme habité par la guerre, insiste l’auteur de plus de quatre-vingts ouvrages qui a estimé nécessaire d’écrire près de 500 pages afin de rappeler que la guerre constitue le mal absolu. Dans ce pavé de bonnes intentions, il trouve des excuses et des circonstances atténuantes à Eugène Roissard, pétainiste convaincu, le rendant certes pathétique, mais également attachant. Plus gênant, il dresse à la fin de son roman un portait peu reluisant de Xavier, qui a tenté d’échapper au destin tracé par son père. Devenu comme lui un vieux vigneron, il a finalement adopté ses manières abruptes, et surtout sa vision tranchée de la vie politique : « Gauche-droite, c’est tout racaille et compagnie ! Tous des gens qui se sucrent sur notre dos », peste-t-il. Une bien belle morale…

charles dupire

   
 

Bernard Clavel, Les grands malheurs, Albin Michel, octobre 2004, 466 p. – 21,50 €.

 
     
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