Gudule, Le crépuscule des dieux : La ménopause des fées

Que feraient donc Merlin et Clochette dans une station de métro ?

Si vous vous êtes toujours demandé ce que sont devenus Merlin l’Enchanteur, Viviane, Morgane ou la fée Clochette, ce truculent récit est fait pour vous. Avec de l’humour à revendre mais aussi une poésie toute contemporaine et tendre, Gudule raconte comment ce vieux magicien devenu poivrot et ses fidèles fées logées dans les poubelles d’une station de métro parisien vont œuvrer pour le retour de la Légende. Enfin, ça c’est ce que prétend la Révélation qu’a eue Merlin entre deux bitures. D’autant que pour parvenir à la réalisation de ce grand projet, il faut encore que l’Élu soit conçu ! Nonobstant les quelques difficultés liées à l’époque dans laquelle il vit, Merlin rallie ses troupes au son d’un Et que renaisse la Chevalerie ! et se lance bille en tête dans l’aventure, secondé par ses troupes de choc. Et quelles troupes : des fées fainéantes jusqu’au chien baptisé Excalibur, chacun y met du sien. Mais les quêtes ne sont plus ce qu’elles étaient et au final c’est armés d’un annuaire qu’ils réussissent à localiser Perceval. Ce qui tombe plutôt bien, puisque la route de ce dernier doit croiser le – enfin la – Graal. De personnages pittoresques en lieux communs, la petite et joyeuse bande s’aventure hors de son refuge, tandis que les rebondissements sont suivis et commentés par Merlin depuis les écrans de la station, nommée évidemment Brocéliande. Et dire que tout ça est parti d’une banale carte Orange !

Il suffit de quelques phrases bien senties pour entrer dans cette histoire située à la croisée des contes de fées et des légendes urbaines. Gudule s’inspire d’un quotidien un peu terne pour la transmuter en une pétillante suite des légendes des Chevaliers de la Table Ronde, dans un style qui aurait sans nul doute plu aux troubadours. Les connaisseurs savent que cette auteure prolifique a des doigts en or, les autres découvriront sa façon délicate (et parfois osée) d’écrire, son regard attendrissant et son imaginaire débridé. Habile à créer une ambiance à l’aide de quelques mots seulement, musicienne alerte de la langue française, Gudule signe ici un livre léger et burlesque. Elle s’amuse et ses lecteurs se délectent des mots gras et de la fidélité de Vivi, du masochisme lubrique et bon enfant de Clochette ou des péripéties terribles dont Morgane – devenue Moorgën pour la cause – pâtit. Il n’y a dans ce récit en moyen format que des rires et du divertissement, des parodies et quelques beuveries, rien de bien répréhensible donc… Même les histoires d’amour ont un quelque chose de pittoresque, c’est dire !

À bon roman critique élogieuse, et en ces temps moroses littérairement parlant, c’est avec beaucoup de plaisir que l’on se plonge dans les facéties actuelles de ce bon vieux Merlin. Et comme l’éditeur a pensé à tout, la taille de ce bouquin est idéale pour une lecture… dans le métro !

anabel delage

   
 

Gudule, Le crépuscule des dieux : La ménopause des fées, Bragelonne, 2005, 184 p. – 13,00 €.

 
     
 
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