Véronique Ovaldé, Déloger l’animal

La délicate et touchante histoire d’une enfant différente partie à la recherche de sa mère – et d’elle-même 

Rose a 15 ans. Elle n’est pas une adolescente comme les autres. Elle ne va pas à l’école mais à « l’institut » car elle est un peu en retard sur son âge. Elle vit dans un appartement en haut d’un immeuble avec sa mère, Rose, maman Rose, et son père, Monsieur Loyal, directeur de cirque. Mais elle vit aussi dans le monde qu’elle s’invente perpétuellement, drapée sa cape noire à doublure fuchsia et accompagnée de ses lapins. Un jour, pour tester l’efficacité de sa cape, elle se jette par la fenêtre ! Après un court séjour à l’hôpital, elle rentre chez elle, mais sa mère n’y est plus. Elle a mystérieusement disparu.
 
Pour établir un parallèle avec le cinéma, on pourrait dire que la réalisation de ce roman est parfaite. L’écriture est lumineuse. Les phrases sont souvent très longues mais on ne s’y perd pas pour autant. Les personnages sont bien construits – particulièrement celui, très complexe, de Rose. Elle est la narratrice du récit. Aux yeux des adultes, c’est une petite fille. Elle ne le comprend pas toujours, mais elle l’accepte et s’en amuse volontiers. Elle porte un regard d’une extrême lucidité sur ce qu’elle est, sur les rapports qui lient les gens. Elle emploie même régulièrement un langage très cru. Et pourtant elle est une Alice au pays des merveilles contemporaine, assemblant les faits comme un patchwork et inventant leurs histoires.

Reste le scénario. L’histoire n’est pas réellement passionnante. Il faut être attentif si l’on veut démêler le réel de l’imaginaire. On peut même se poser la question de l’utilité de ce roman : à quoi bon voyager dans les méandres du cerveau d’une ado qui de toute façon est décalée ? À moins que l’on ne dénombre plus Rose dans la population ordinaire… Voyons les choses autrement : pour aimer ce livre il faut l’aborder comme un tableau abstrait : en saisir les couleurs, percevoir la sensibilité, l’émotion, la poésie qu’il dégage. Comme à l’égard ce style de peinture, les avis seront tranchés : ennuyeux ou magnifique. Mais c’est aussi cela la littérature : prendre le risque de sortir des sentiers battus quitte à laisser en chemin quelques lecteurs réfractaires.

h.-J. saniez

   
 

Véronique Ovaldé, Déloger l’animal, Actes Sud coll. « Domaine français », 2005, 167 p. – 17,80 €.

 
     
 
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