Romain Sardou, L’Eclat de Dieu

Ou l’énigme des Templiers revue à l’aune du space opera et de l’uchronie

Non sans témérité, Romain Sardou a choisi d’affronter dans son second roman – après Pardonnez nos offenses ! – la redoutable et mythique et colossale énigme des Templiers. Non pas au travers d’un roman à caractère historique de classique facture – ce qui n’eut guère été novateur – mais par le biais d’une épopée intergalactique qui louche vers le space opera et l’uchronie.

Tout commence en effet par la quête en 1009 de neuf chevaliers : voulant profiter de la nouvelle de la libération de Jérusalem ils prétendent protéger les convois de pèlerins désireux de se rendre en Terre sainte pour ramener de Palestine, but inavoué de leur entreprise, un objet dissimulé dans la Tour de Salomon et qui est censé révolutionner l’ordre mondial – « l’Éclat de Dieu » du titre dont, bien entendu, on ne dira rien ici. Tandis que s’organise le pèlerinage, l’un des neuf chevaliers, l’architecte Ismale Gui, est assassiné, à la surprise de son neveu Cosimo qui, grâce aux lettres transmises par son oncle, rejoint les pèlerins pour se lancer dans une vaste enquête, appuyé de deux fidèles compagnons et d’Anx Columban, une érudite adolescente irlandaise, afin de retrouver son meurtrier.

Cependant, cette trame se complique dès que le lecteur comprend que, parallèlement au pèlerinage en question débutant en 1118, un autre prend place de longs siècles plus tard avec les mêmes individus et les mêmes enjeux mais dans un contexte high tech où les pèlerins voyagent dans leurs aéronefs, Asimo 4 ou 5, au fil des stations orbitales vers la « Terre des origines ». Au bout du chemin également pour ces huit autres chevaliers Templiers et ce Cosimo du futur une mystérieuse « Borne », source de tous les savoirs…

Si l’auteur nous enchante en réécrivant l’histoire à sa manière (spectaculaire et assez cinématographique pour tout dire) et en donnant un autre « motif » que la seule protection des foules à la constitution de l’ordre des Templiers – subterfuge auquel Bernard de Clairvaux, sceptique représentant de l’Église, ne verra que du feu – , il déçoit en superposant ces deux niveaux narratifs sans expliciter toujours ce qui les distingue ou les rapproche. Ainsi la confusion sémantique qui en découle séduira-t-elle peut-être les amateurs de récits troubles et de dédoublements temporels, mais il est à craindre qu’elle ne perturbe dans le même temps ceux qui préfèrent une histoire claire, non parasitée par autre chose qu’elle-même. À quoi s’ajoutent les citations en exergue de chaque chapitre, résolument diachroniques (on passe de Lucrèce à Heidegger, de Teilhard de Chardin à Borges, d’Alexandre Dumas à Frank Herbert), qui ne favorisent guère les repères chronologiques.

L’essentiel reste toutefois, on prendra bien garde de ne pas l’omettre, que, malgré ces réserves, le jeune romancier convoque une intéressante documentation sur le sujet des Croisades et maîtrise le style afférent à ce genre d’épopée, assez codifié au demeurant. Autant de qualités qui garantissent à cet Eclat de Dieu, en tant qu’intrigue à double fond, un rythme alerte.

pablo de jarossay

   
 

 Romain Sardou, L’Eclat de Dieu, XO, 2004, 423 p. – 20,90 €.

 
     
 
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