Marek Halter, La Bible au féminin – Tome 2 : « Tsippora »

Dans ce second volet de sa trilogie La Bible au féminin, Marek Halter redonne vie à l’épouse de Moïse, la Kouchite Tsippora

Il y a plus de trois mille ans, une enfant noire est recueillie au bord de la mer Rouge. On l’appelle Tsippora, l’ »Oiseau »…

Hélas, Tsippora a la peau noire. Comment les hommes de Mâdian reconnaîtraient-ils sa valeur, eux que les préjugés aveuglent plus que le soleil ? Malgré l’extraordinaire sagacité de cette étrangère, pas même un berger ne la prendra pour épouse, fût-elle la fille adoptive du puissant Jéthro. Personne ne veut d’elle sauf Moïse, cet autre étranger, lui-même recueilli au bord d’une rivière et adopté par la fille de Pharaon ! D’abord maîtresse puis épouse dévouée, Tsippora la Noire, la Kouchite, oriente la destinée du libérateur du peuple de Yhwh.

A-t-il fallu attendre des millénaires pour corriger les vides et les oublis de l’Histoire ? A-t-il fallu que ce soit un homme – et pas n’importe lequel – qui revisite l’Ancien Testament, pour redonner aux femmes le rôle important qu’elles ont joué dans l’Histoire Sainte ? Homme de l’Être, écrivain connu et reconnu pour sa défense des Droits de l’homme dans le monde entier, Marek Halter réécrit la Bible au travers de grandes figures de femmes méconnues et oubliées. Après Sarah, l’épouse stérile d’Abraham, il récidive avec Tsippora la Kouchite, l’épouse noire de Moïse – deuxième roman de la trilogie La Bible au féminin.

Peu de gens, en effet, savent que l’épouse bien-aimée du prophète hébreu était noire ! Effacée de la mémoire collective, reléguée aux oubliettes par les Décideurs, Tsippora renaît à la vie grâce à un romancier dont la verve se double du talent d’un conteur. Son livre est une véritable ode à la vie, au respect de l’autre et de sa différence – sujet décidément d’actualité. Que l’on soit chrétien ou non, homme ou femme, ce roman ne laissera pas indifférent, tant il percute de plein de fouet les idées reçues et prend aux tripes. Une plume alerte retrace avec conviction, non seulement l’histoire de Moïse, mais aussi les mœurs des Ègyptiens, Juifs et Madianites des temps bibliques. Marek Halter, en véritable passeur de mémoire, déploie, grâce à une analyse fine des personnages, les ressorts d’une mentalité millénaire dont les relents persistent malheureusement dans nos sociétés dites civilisées…

Au-delà de la simple anecdote sur la vie d’une femme – incarnation de l’intelligence, mais faible écartée parmi les faibles – le message de Marek Halter atteint à l’Universel. Chaque mot, chaque tournure de phrase s’ouvre sur un monde nouveau. Comment rester indifférent à une œuvre pareille ? Comment interpréter cet oubli de l’Histoire ? On en éprouve un vague sentiment d’injustice puis de culpabilité… Et si les premiers traducteurs de la Bible étaient misogynes ? Comme toutes les religions, le christianisme a ses mythes fondateurs – patrimoine essentiellement masculin car seuls les hommes, considérés alors comme puissants, étaient habilités à paraître au premier plan. Les femmes devaient se contenter d’un rôle passif.

Issus de l’Ancien Testament, les visages féminins ressuscités par Marek Halter auraient en leur temps subi une censure misogyne… La démarche féministe du romancier n’en prend que plus d’éclat : fascinante et audacieuse, elle va à contre-courant d’un monde où la rigidité des dogmes religieux encourage des mentalités frileuses. Une démarche méritoire d’autant plus crédible qu’elle est assumée par un homme ; une femme aurait prestement été suspectée des pires manigances. Après tout, la femme n’est-elle pas connue comme l’instigatrice du péché originel ?

Quand on a passé sa tendre enfance dans les caves du ghetto à Varsovie, qu’on a commis de menus larcins pour survivre au sein d’une bande de délinquants, on se bat pour en sortir – sortir de l’ombre et transformer ses faiblesses en force ! Écrivain hors des sentiers battus, Marek Halter s’est lancé dans une entreprise susceptible de déranger bon nombre de convictions. Suggérer au lecteur que la Bible est, en fait, un « beau roman », un travail de création et d’édition plus ou moins fidèle à la réalité, voilà un sujet qui fâche ! Convient-il cependant de l’évoquer au risque de s’attirer les foudres de quelques Gardiens du culte chrétien, trop soucieux de pérenniser une Tradition plutôt que de la voir ébranlée par cette réécriture de la Bible ? Pourtant, le processus de démolition de l’obscurantisme – initié au XVIIIe siècle, celui des Lumières – se poursuit.
Avides de connaissances et de Vérité, nous le soutenons. Et pourquoi ne pas espérer que, grâce à des forces comme Marek Halter, un monde plus équitable pour les faibles voie le jour ?

flora menie

   
 

Marek Halter, La Bible au féminin – Tome 2 : « Tsippora », Paris, Robert Laffont, avril 2004, 268 p. – 20,00 €.

 
     
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