Catherine Monroy, Gentil coquelicot

Un premier roman qui se lit bien mais laisse dans l’ensemble une impression mitigée

Morbide coquelicot

La banlieue parisienne est confrontée aux meurtres crapuleux d’un serial violeur-killer. Coupable idéal, Jacques Rémy risque la prison à perpétuité. Motivée par un lourd et ancien secret, l’avocate Ariane Decours réussit avec brio à l’innocenter. Commence alors pour la jeune femme une course-poursuite contre la montre. Une descente aux enfers qui n’épargne pas ses proches… On aime ou on n’aime pas. On garde ou on jette : affaire de goût ou de mauvais goût. Mais le Gentil coquelicot de Catherine Monroy se laisse volontiers lire sans pour autant être un chef-d’œuvre. Un roman pas tout à fait mauvais. Mais pas un grand cru non plus… Si du titre émane d’emblée une franche naïveté, quelque chose d’enfantin, de mignon, d’innocent ce n’est que pour mieux entraîner le lecteur dans un univers carcéral, oppressant, dominé par le goût âcre du sang et symbolisé sous la plume de l’auteur par des champs de coquelicots étalés à perte de vue. Un univers cruel jonché de cadavres de femmes enceintes éviscérées et découpées en morceaux comme de vulgaires carcasses de bovins.

Journaliste et scénariste pour des séries télévisées telles que Les Cordier, juge et flic ou Navarro, Catherine Monroy tente une première expérience dans le roman policier. Phrases courtes, fluidité de l’expression, rythme trépidant, son récit fait vaguement penser à des sortes de collages démentiels, un rien surréalistes, dont les pièces auraient été découpées dans ces magazines de faits divers. On nage en plein délire : les situations paraissent invraisemblables et les personnages foisonnent, trop nombreux. Le lecteur se perd un peu au milieu des différents protagonistes de l’intrigue et il est souvent contraint de revenir des pages en arrière pour quêter une once de logique ou comprendre de qui il était question. C’est long et fastidieux. Plutôt compliqué à suivre… Studieux, le style de Monroy en devient parfois agaçant. À la fin, on se demande si les trois cents pages du livre étaient bien nécessaires : une petite centaine n’aurait-elle pas amplement suffi ?

Par ailleurs, le suspense ne tient en haleine qu’assez moyennement, et si quelques rebondissements réussissent à surprendre, il subsiste une impression de « blabla », de dissertation inutile, de discours superfétatoire. Un lecteur épidermique s’en lassera et terminera le livre en diagonale – au risque de rater des passages clés où l’écriture gagne en présence et en densité. Car derrière les légitimes maladresses d’un premier roman – éliminé en juin 2004 du comité de lecture de Déclinaison, agence de communication dans les domaines du livre – on peut déceler une œuvre en gestation, à travers, notamment, les dispositions psychologiques de l’auteur. Catherine Monroy, en effet, témoigne d’une tendresse presque maternelle à l’égard de ses personnages. Pour la majorité, ils sont beaux, intelligents, ambitieux et dotés d’un bon niveau social. La romancière a conféré à certains d’entre eux une telle noblesse qu’on finit par la soupçonner de vouloir gagner à tout prix la sympathie du lecteur. Un habile clin d’œil susceptible d’éveiller des émotions, de solliciter la complicité du destinataire…

Pourtant, malgré l’humour – mais peut-on véritablement parler d’humour ? – et ces clins d’œil à répétition, le livre donne l’impression d’un immense fourre-tout. Sans prétendre tout comprendre, tout maîtriser, on perçoit tout de même qu’il manque quelque chose. Manquent en effet ce piquant qui titille la curiosité, ce besoin d’élucidation policière qui tient en haleine. Il manque aussi au thriller de Catherine Monroy cette verve aussi juteuse qu’incisive qui entretient savamment le suspense. Il manque encore ce carburant indispensable à l’auteur pour décoller et se maintenir toujours à une longueur d’avance sur le lecteur totalement subjugué…
Surprendre, dépayser, résister, voici ce que l’on demande à tout bon roman, fût-il un thriller psychanalytique ! L’adepte de sensations fortes se sentira frustré par ces passages cousus de fil blanc, trop nombreux, qui l’empêcheront de pouvoir accrocher à l’intrigue. Ce n’est pas faute de volonté, Monroy reste cohérente. Mais par endroits, on sent que son récit lui échappe, comme un paquet mal ficelé… Gageure, dans ces conditions, que de produire un roman fort, à même de transmettre ses propres coups de cœur.

Gentil coquelicot se lit d’un bout à l’autre certes mais en laissant une impression de flottement, de brouillard autour des personnages, décrits avec parcimonie et dont la psychologie est trop peu développée pour qu’on puisse se les représenter : les personnages de Monroy restent de parfaits étrangers, intouchables du début jusqu’à la fin. Comme si la romancière se complaisait dans ce jeu. Comme si elle s’improvisait – à l’image de son héroïne – avocate pour défendre la vie privée de ses « êtres de papier » et protéger ces derniers des jugements du lecteur. C’est peut-être bien dans cette optique qu’il fallait aborder le roman, ce qui eût permis de lui trouver quelque originalité. Ce roman puise sa singularité dans le culot et l’audace d’un coup d’essai – essai que l’on espère voir se transformer par un second opus, mieux maîtrisé, plus émouvant et plus mordant.

flora menie

   
 

Catherine Monroy, Gentil coquelicot, JC Lattès, 2004, 368 p. – 18,00 €.

 
     
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