Alan Warner, Morvern Callar

Ce premier roman de l’auteur écossais Alan Warner a comme des relents de défonce permanente

Light my fire…

La narratrice, Morvern Callar, 21 ans, a un genou phosphorescent, un goût certain pour la limonade Southern Confort et les cigarettes Silk Cut. Elle commence le récit de sa vie au moment où elle découvre, en rentrant du boulot, son amant suicidé, Lui (comme les autres personnages du roman, exception faite de Nalla, la copine de Morvern, il n’a pas de prénom). C’était la seule chose bien dans sa vie, Lui. Dans le port d’Écosse où ça se passe, il n’y a que de la pauvreté, du chômage, des emplois mal payés. Un monde où les rêves tournent court. Le mort ouvre de nouveaux horizons à Morvern : il lui laisse sa carte de crédit, l’héritage de son père avec plus d’argent qu’elle n’aurait jamais imaginé, et un roman à publier. Morvern s’attribue le tout, et se paye jusqu’au dernier cent le bonheur inatteignable du soleil, de la Méditerranée tiède, des rave parties sous les palmiers. Adieux momentanés au supermarché, aux bars à bières, à l’hiver glacial, à la vie minable. Et bonjour le roman de la grande vie style rave génération, scandé par la musique répétitive de Morvern : j’allume une Silk Cut avec le briquet plaqué or toutes les dix pages.

C’est écrit comme ça lui vient, au gré des moindres sensations et faits de son existence, vision amorale où perce un désir non formulé d’une vie meilleure. Les petits plaisirs, les émerveillements des choses simples sont notés, décortiqués avec une sorte de joie de chaque geste, rapportées consciencieusement, tout au même niveau, le sang du cadavre et le rouge du vernis sur les ongles, créant un climat étrange de défonce permanente.

Publié en 1995, Morvern Callar est le premier roman de l’auteur écossais Alan Warner, qui depuis en a produit trois autres. Il sort pour nous en collection poche. Difficile à lâcher une fois qu’on a mis le nez dedans.

c. d’orgeval

   
 

Alan Warner, Morvern Callar (traduit par Catherine Richard), 10/18 « Domaine étranger », 2003, 256 p. – 7,30 €.

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