Stephen Vizinczey, Eloge des femmes mûres

Un roman d’initiation que doivent lire les jeunes hommes et les jeunes filles qui s’éveillent à la sensualité

A l’heure de la revendication des Breillat, Millet et Despente, Stephen Vizinczey et son Eloge des femmes mûres sonnent comme un appel au calme, et rappellent de l’amour est un acte exigeant et doux, chaque pas vers l’autre demeurant une aventure inédite dont il peut parfois être bien difficile de se lasser. Sans illusion sur les limites de l’individu, Vizinczey nous invite pourtant à croire en leur possible dépassement, au nom de la vie, de la grâce, de l’expérience …et du désir. Eloge des femmes mûres est un roman d’initiation que doivent lire les jeunes hommes et les jeunes filles qui s’éveillent à la sensualité, mais aussi les hommes et les femmes qui s’interrogent sur les cheminements tortueux de leur vie amoureuse. Or, qui ne s’est jamais interrogé sur ce point ?

La force de ce roman est précisément que chacun peut croire que quelques-unes de ses pages ont peut-être été écrites pour lui, en écho à sa propre histoire. En cela, comment ne pas considérer que L’éloge des femmes mûres est une grande œuvre ? L’érotisme discret du roman ponctue une prose tout en finesse, mais sans concession. Stephen Vizinczey livre à son lecteur le récit de la vie d’un jeune hongrois – Andras Vajda – marqué par le deuil, la guerre, l’oppression et finalement l’exil, mais qui s’efforce de se construire à travers les femmes et leur amour, afin d’affronter dignement les combats que la vie dresse devant lui. Ses aventures amoureuses sont loin d’être toutes exemplaires, certaines d’entre elles sont même franchement décevantes, voire humiliantes ; ce n’est pas d’un Don Juan dont il s’agit, mais simplement d’un jeune homme qui aime et redoute à la fois les femmes, qui veut se faire aimer d’elles, et qui, peut-être, attend d’elles qu’elles lui livrent quelques-uns des mystères de la vie. De l’enfance à l’âge adulte, les aventures féminines d’Andras font systématiquement l’objet d’un chapitre différent du livre, chacun d’entre eux dépeignant une relation marquante que nous pouvons tous avoir vécue, ou que nous pourrons peut-être tous vivre un jour.

Vizinczey ne prétend bien évidemment pas à l’exhaustivité en la matière – qui le pourrait ? Son propos n’est pas de proposer au lecteur un glossaire des relations amoureuses, mais de donner à voir avec lucidité et humilité une infime part de la vérité de la vie et des liens qui unissent les êtres. De l’orgueil à la vanité, de la solitude, de l’angoisse à la rébellion, mais aussi du bonheur simple d’un moment d’oubli, de la séduction, de l’écoute, du partage, de la compréhension, de tous les sentiments qui composent le caractère unique de chaque relation amoureuse, voici ce que Vizinczey dépeint avec bonheur et justesse. La complaisance n’a pas sa place dans ce roman. En revanche, l’indulgence pour les hommes et les femmes qui tentent d’accorder à l’amour la place qui doit être la sienne dans chaque vie, qui se trompent, qui regrettent, qui hésitent ou qui font face, est présente à chacune de ces pages qui ne sauraient probablement laisser aucun d’entre nous totalement indifférent. Un livre à lire. Vraiment.

Joévin Canet

   
 

Stephen Vizinczey, Eloge des femmes mûres (trad. Marie-Claude Peugeot), Edition du Rocher, 2001, 240 p. – 19,06 €.

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