Nora Hamdi, Des poupées et des anges

Ce premier roman de Nora Hamdi évoque la vie dans les banlieues vue par une très jeune fille et sa soeur aînée


Le premier roman de Nora Hamdi ressemble diablement à ce que nous racontent les médias sur la vie dans les banlieues, mais cette fois, et c’est son intérêt, vu par une très jeune fille et sa soeur aînée. Dans une cité HLM Porte de Choisy, Bloc 123 B, une beurette de seize ans, Lya, est en pleine crise d’adolescence. L’angoisse du monde qui l’entoure… Il faut dire que Papa – qui travaille sur les chantiers – casse les côtes de Maman à coups de pied quand elle le met en colère, avec l’aide de son frère quand nécessaire. Pour ses filles, il utilise plutôt la ceinture et les poings. L’essentiel pour lui c’est de mater tout ce qui est féminin dans la famille, c’est-à-dire tout le monde. Si son rôle à lui est de s’énerver, celui de Maman, complémentaire, se résume en trois mots : soumission, silence, résignation. Entre interdictions et violences, comment alors devenir une femme ? Quelle femme ? Et quelle place occuper ?

Première option : le choix de la grande sœur de Lya, Chirine. Pour s’échapper, elle mise sur sa beauté. Chirine est prête à tout pour être top model. Elle en imite les attitudes : glaciale et arrogante à la maison, choisissant plutôt des mecs à Mercedès. Chaude avec ceux que lui conseille son manager-amant, elle a une copine-alibi qui vit dans les quartiers riches.Trip des photos de mode, trip des marques, Prada, Chanel, Dior, dix fois le loyer sur son dos. Autre option : celle de Lya , rester une fille garçon, une adepte du tae kwondo, avec l’allure pas sexy qui va avec. Option en évolution grâce aux amies qui l’emmènent en boîte. La transgression viendra de là. Sorties en cachette le samedi soir. Révélation de la nuit, de la décomposition ambiante, de la face sulfureuse de sa sœur. Lya refuse de lui ressembler. De ressembler à sa mère. D’être complice de son père. Elle veut se battre. J’ai honte d’être humaine. Les humains regardent froidement les Roumains s’arracher fruits et légumes pourris derrière le supermarché. Des humains aussi, ces voisins sans réaction devant les mères usées, battues, qui pourraient bien crever sous leurs yeux. Un monde de bouffons, étouffant, dégoûtant, injuste.

Happy end comme une bouffée d’oxygène dans un non-avenir certain. Le passage à la vie adulte va s’accomplir, avec Lya la révoltée sauvée du pessimisme par l’amour. Mikaël lui fait découvrir la mer, les jolis mots, les jolies histoires, les jolies images, loin de la cité. Pour Chirine, la porte de sortie sera son mariage avec un grand photographe, comme dans les contes de fées. Plus optimiste qu’une vision purement naturaliste, ce roman ouvre une fenêtre sur la vraie vie des filles d’aujourd’hui. Tonique, ce texte a les qualités de la vie et de la sincérité. Entre document et scénario, il revisite des sujets comme la condition de la femme, sa lutte pour le droit d’exister, la mutation douloureuse des mentalités et des cultures. L’auteur, Nora Hamdi, a grandi en banlieue parisienne. Elle est réalisatrice de courts-métrages video, peintre et auteur de BD.

colette d’orgeval

   
 

Nora Hamdi, Des poupées et des anges, Au Diable Vauvert, 2004, 224 p.- 17 €.

 
     
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