Nina Bouraoui, Poupée Bella

Journal de l’intimité existentielle où fleurit une écriture de midinette, au zénith des sensations

J
ournal de l’intimité existentielle où s’inscrivent les préoccupations amoureuses, qu’elles soient de l’ordre du désir ou de celui de l’écriture. Car c’est ici un même cheminement que cette marche qui conduit vers le corps ou bien vers les mots. On fait ainsi l’amour avec son double (entre filles, entre garçons), avec soi-même par l’épanchement du verbe. Homosexualité pourrait correspondre à la recherche du calque qui reproduit mais que l’on traverse aussi du regard pour pénétrer plus loin. C’est bien une pénétration constante qui est en jeu, une tentative de prise de possession de l’espace qui sépare ou qui rejoint. Les formulations lapidaires qui composent ce livre en font comme un recueil de références intimes. Ce qui domine peut-être, au point de bercer – cela peut charmer mais aussi endormir – c’est cette rengaine obsessionnelle des phrases aux variantes subtiles mais restreintes.

Écriture de midinette, au zénith des sensations, le style est accompli avec une véritable fin : se noter soi-même. Le glissement des corps les uns contre les autres dans les boîtes homosexuelles d’un Paris branché, cela donne du sens au désir de vivre pour cette narratrice qui conjugue le verbe écrire avec le verbe aimer. C’est une petite musique de nuit qui s’entend, interprétée par un orchestre de chambre, violons, violoncelles et altos. Les cordes sensibles sont effleurées, caressées, jamais vraiment pincées – c’est pourquoi l’on se sent bien sans risque d’être bouleversé… Je suis sans jeunesse et je suis encore jeune. Je n’ai plus mes yeux. J’ai changé. Je cherche un trésor. Je cherche un monde qui parlerait de moi. Voilà bien la limite de ce genre d’ouvrage : l’égocentrisme. Nous sommes dans un cercle qui tourne sur lui-même. Sa circonférence est déterminée par le Kat, le Scorp, le Boy, le Memory’s, le Soft et autres boîtes homosexuelles, sans oublier la piscine Deligny. Son centre, c’est le Milieu des Filles, un peu le Milieu gay, beaucoup le miroir qui s’analyse. Intéressant, certes, mais limité comme l’est le monde lorsqu’il ne parle que de soi-même.

daniel leduc

Nina Bouraoui, Poupée Bella, Stock, 2004, 140 p. – 12 €.

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