Marc Lambron, Les Menteurs

Voyage au coeur d’une certaine élite française construite sur les restes de mai 68

Ce pourrait être un Jules et Jim au féminin. L’histoire de trois ados issus de la moyenne bourgeoisie lyonnaise, Pierre, Claire et Karine, et qui rêvent de monter à Paris pour tenter d’intégrer l’École Normale. Chemin faisant, ils vont rencontrer petites joies et grands malheurs, épanouissement et désespoir. Car ils s’aiment eux non plus. Nous sommes au début des années 70 et son trio, Marc Lambron va le promener avec talent et brio jusqu’à la toute fin du XXe siècle. Au passage le lecteur aura droit, servies par une langue magnifique et ciselée au possible, à de nombreuses remarques sur la société, la politique, la mode, la musique et un certain art de vivre (ou l’illusion de celui-ci) désormais disparu.

Si de prime abord le sujet n’a rien d’exaltant, il suffit de lire les premiers paragraphes où se dessine la psychologie de chacun des trois personnages – qui bientôt se répondront les uns les autres au fil des courts chapitres, comme s’ils découvraient, en même temps que le lecteur, les propos tenus par leurs anciens camarades – pour être saisi par ce texte qui, sans tomber dans le piège du revival nostalgique, sait éviter les facilités du roman « dans l’air du temps » afin de nous proposer un audacieux travail de généalogie. L’on peut bien souvent avoir l’impression de lire sous la plume de Lambron une de ses chroniques de Stiletto en plus grand (ce qui déjà, en soi, n’est pas rien), ce serait bouder son plaisir et afficher un esprit des plus chagrins que de ne pas reconnaître l’aisance et la finesse avec lesquelles l’auteur nous transporte sur plus de trente ans au travers des diverses strates sociales d’une certaine élite française qui s’est construite, bon an mal an, sur les restes de mai 68.

Avec un art consommé du décryptage des subtils rouages de l’âme féminine et une non moins remarquable mise en abyme de l’agaçante gaucherie masculine, Marc Lambron offre avec Les Menteurs un impeccable portrait, sous-tendu de formules chocs, de ce que nous avons été et donc de ce que nous serons.
De toute évidence, un flamboyant roman qui sera l’un des grands chouchous du public en cette rentrée 2004.

louis taillandier

   
 

Marc Lambron, Les Menteurs, Grasset, août 2004, 334 p. – 19,00 €.

 
     
 
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