Eliane Girard, Qui m’aimera encore quand je serai mort ?

Dans ce roman-réalité entièrement dialogué, les relations sont réduites aux portables

Franck est mort. Son corps attend à la morgue depuis une semaine qu’un proche se manifeste. Mais les proches se sont éloignés. Tous l’ont laissé choir depuis qu’il a sombré dans l’alcool, deux ans plus tôt : ce qui lui reste de sa famille, ses parents adoptifs, ses amis. A croire qu’avant ses séjours en HP, la star des téléfilms n’a eu que les amis qui vont traditionnellement avec ce type d’activité, vous adorant riche et célèbre mais ne vous connaissant plus dès l’instant où vous flanchez. Portrait d’un PAF pas joli joli, on ne s’attendait pas à autre chose.

Toujours est-il que si personne ne voulait plus de Franck vivant, il est délicat de s’en débarrasser maintenant qu’il est mort. Qui va s’occuper des obsèques ? La comédie se noue, un peu macabre, entre fausses larmes et vraies émotions tardives, toujours rien de surprenant. Comédie des coups de fil entre people des médias pour refiler si possible la corvée au suivant, à la rigueur cotiser pour les frais. Dans ce roman-réalité, entièrement dialogué, les relations sont réduites aux portables, pas une minute de trop, chacun dit du mal dans le dos de chacun, dans une caricature d’humanité, sur les nerfs, bruissante comme une ruche.

Pourtant ce Franck qui les a tous lassés se révèle avoir un ami plus récent, complètement dévoué, inconnu du Landerneau du showbizz, un certain Gaëtan, barman. Etonnement : Gaëtan prend seul en main les opérations. Empressé, gentil, efficace, trop pour être honnête. Louche de ne pas être comme eux tous, de ne pas fuir. C’est aux méfiants que l’histoire donnera raison. Pour affronter la mort d’un type comme Franck, un bon motif comme l’amitié ne suffit pas, il en faut aussi un mauvais, la captation d’héritage. Morale cynique qui, juste après la cérémonie funèbre dans une église bondée, boucle ce deuxième roman d’Eliane Girard, réalisatrice à France Inter et critique littéraire. Pourquoi ce trop-plein après ce vide ? se demande un des narrateurs. La mort à 35 ans d’une vedette déchue de la télé est un spectacle qui fait toujours salle comble.

colettte d’orgeval

   
 

Eliane Girard, Qui m’aimera encore quand je serai mort ? Belfond, 176 p. – 14,50 €.

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