Douglas Coupland, Girlfriend dans le coma

Une adolescente sort d’un coma de dix-sept ans et découvre ce qu’il est advenu du monde, dont elle prédit la fin prochaine

Génération Coupland. C’est le roman de ceux qui sont nés dans le début des sixties et se sont retrouvés en dernière année de lycée en 1979. Un petit groupe de filles et de garçons tous dans la même classe, pour qui, à Vancouver, le destin n’assure pas . Il y a déjà Jared, enlevé par une leucémie et emporté à la fin du monde comme il l’annonce à ses amis avec qui, devenu fantôme et resté éternel ado, il reste en contact. Puis il y a Karen qui, après avoir absorbé des tranquillisants, et surtout après avoir eu des visions d’un futur terrifiant dénué de sens et sans âme, s’ enfuit brutalement dans un coma qui va durer dix-sept ans. Juste avant, avec son boyfriend Richard, il y a eu leur première fois dans la neige, d’où naîtra neuf mois plus tard leur fille Megan.

Les années vont passer et chacun entame sa vie d’adulte en suivant la carrière de son choix, tandis que Karen est maintenue dans son état de ni vivante ni morte. Le coma apparaît – maintenant c’est clair pour l’auteur- comme un produit dérivé de la vie moderne au même titre que les micro-puces, les voyages en avion et le polyester. Vers la trentaine, leurs vies se fissurent. Richard ne survit que grâce au whisky – un coma d’un autre genre – qui lui a fait perdre son boulot. Pour Pam et Hamilton, c’est l’héroïne. 1992. Mal en point, comme frappés par le même engourdissement intérieur, les amis se retrouvent, réunis pour constater la vacuité de leur vie dans un monde qu’ils sont incapables de changer. Cercle des ratés. Prêts à devenir d’excellents techniciens pour la production de téléfilms nuls. La nouvelle génération représentée par Megan prend le relais du désespoir, une marche plus bas, avec de nouvelles drogues encore plus infernales que celles des parents.

C’est dans ce cauchemar qui s’amplifie que Karen revient parmi les vivants. Il est rude, à dix-sept ans, d’être confronté à tous ces changements planétaires : la chute du mur de Berlin, le sida, le crack, Charles et Diana, le velcro, le clonage, les cosmétiques MAC… L’intérêt de ce monde nouveau se borne à travailler travailler travailler accumuler accumuler accumuler. Les gens… crevés et tendus…cavalent désespérément après l’argent. Il y a comme une odeur de fin du monde qui plane sur tout ça. Reprise par ses visions, Karen confirme : la disparition de ce monde devenu une équation d’algèbre insoluble est imminente.

La fin du monde ! En effet au jour prédit, une épidémie commence à détruire les humains. Seuls survivants de l’apocalypse, les huit amis. Soutenus dans le chaos par Jared plus présent que jamais, ils finissent par capter le message à eux destiné : transformez-vous pour transformer vos vies. Mais comment ? La recette de Coupland : s’interroger, faire un premier pas vers la vérité, réinventer une humanité capable de s’émerveiller sur elle-même. S’ils acceptent, le monde pourra retourner au point d’avant la catastrophe et avoir une deuxième chance.

Tout reprendre, tout voir autrement, ce vieux rêve d’avoir à nouveau vingt ans et de revivre mieux avec ce qu’on a appris de la vie, voilà ce que Coupland propose dans sa façon libre et sans a priori littéraires qui a déjà fait le succès de Génération X et de Toutes les familles sont psychotiques. Rebâtir sur les ruines de soi-même est le possible qu’offre son récit savoureux de drôlerie et de légèreté, avec des poussées mystiques plutôt confuses d’où émerge cependant un véritable espoir. L’espoir comme nouvelle valeur culte ? Rassurez-vous : Coupland ce n’est quand même pas Coelho.

colette d’orgeval

   
 

Douglas Coupland, Girlfriend dans le coma, (traduit par Maryvonne Ssossé), Au Diable Vauvert, déc.2003, 474 p. – 21,90 €.

 
   
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