Richard Marazano et Michel Durand, Cuervos – Tome 2 : « Sicaire de la Sainte Coke »

Du colombien qui fait du bien…

Chères amies, chers amis, bonsoir, et bienvenue dans notre série consacrée aux chefs-d’œuvre oubliés du neuvième art.

Notre thématique du jour : un succès populaire peut-il s’attirer les bonnes grâces d’un jury angoumoisin autrement que par l’hommage d’une nomination pour le prix du meilleur scénario ? OUI me dira-t-on. La preuve : Zep et son Titeuf présideront le prochain festival d’Angoulême ! D’accord, pleurerai-je. Mais pourquoi diable avoir boudé ce qui constitue l’album coup de poing de 2003, qui tourne au gauche-droite à bout portant avec la sortie de ce deuxième tome ? Pourquoi diable avoir boudé un véritable succès de bouche à oreille, qui en outre a suscité – et c’est assez rare pour être souligné – d’élogieuse tribunes dans pas mal de quotidiens et d’hebdos réputés pour leur imperméabilité à la Bande Dessinée ?

La réponse, bien sûr n’existe pas, puisqu’il est évident qu’un prix, fut-il mûrement réfléchi, ne pourra jamais correspondre aux attentes d’un public pluriel. Et pourtant. Voici une série qui aurait pu faire un formidable ambassadeur de tout ce que peut offrir un art aussi à l’aise sur le comique gros nez que sur l’actualité transposée sur planche. Ici, bien sûr, on se situe dans ce second niveau, avec une Colombie plus vraie que nature, une Favela megalopole terne et crasseuse où se débat le petit Joan, un gosse de neuf ans fraîchement recruté par le Cartel des barons de la drogue. Violence informative, crudité des situations, désespoir palpable malgré la chaleur des couleurs, tout concourait, dès le premier tome, à l’immersion en territoire hostile, avec ce que cela comporte de palpitations de l’imaginaire et d’yeux qui s’embuent parfois.

Avec ce second album, qui nous présente Joan à 18 ans, petite frappe insatisfaite aux sentiments mal dégrossis, le malaise s’ajoute à la complaisance que l’on peut avoir à profiter d’un spectacle tragique. Car les aventures de Joan sont terribles, et son destin révoltant. Chaque alternative à la violence, qu’il s’agisse de l’amour ou de l’éducation, est ici piétinée à coups de talons, ne laissant d’autre choix au jeune garçon que de s’enfoncer toujours plus loin dans une déshumanisation de moins en moins culpabilisante. On peut s’émouvoir de cette brutalité narrative, on pourrait même la condamner, si ce n’est que la psychologie des personnages est admirablement ciselée. Joan a beau se comporter comme une ordure opportuniste, on ne peut s’empêcher de plaindre ce gosse cassé par la vie. Et via le prisme d’une bande dessinée poignante et documentée, on évitera pas, sitôt Cuervos refermé, de s’interroger sur la marche du monde et de sortir un peu le nez de ses albums et de son confort à court terme. Pour cela aussi, messieurs, bravo.

damien perez

   
 

Richard Marazano et Michel Durand, Cuervos – Tome 2 : « Sicaire de la Sainte Coke », Glénat, 2004, 48 p. – 12,00 €

 
     
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