Marie-Laure Bernadac, Jan Fabre au Louvre – L’ange de la métamorphose

L’enfant prodigue de la nouvelle vague flamande ose des mises en scène impossibles

S’est tenu du 11 avril au 7 juillet un petit événement au Louvre. Une expo un peu déjantée. Une autre manière d’aborder l’art. Qu’il soit ou non contemporain. En ce qui concerne celle-ci, cela l’était. Dans les salles consacrées aux peintures des écoles du Nord. On y accueillait un fils d’Anvers. Un fou peignant. Qui offrait au visiteur de redécouvrir des chefs-d’œuvre passés revisités. Bosch, Metsys ou Rubens traversés par l’œil pointu d’un artiste majeur.
Vous n’y étiez pas ? Dommage !
Mais vous avez une chance de vous rattraper avec ce catalogue grand format… À vos librairies !

Tout comme son ennemi juré, du côté d’Orsay, le musée du Louvre entreprend de s’ouvrir à l’art contemporain. Enfin ! serait-on tenté de dire. Il a donc accueilli un artiste vivant histoire de dépoussiérer un peu l’ambiance. Carte blanche fut donnée à Jan Fabre. Un artiste qui sème la polémique comme d’autres laissent indifférent. Il y avait donc une curiosité à y mettre son nez…

Le parcours proposé par Jan Fabre dans les collections du musée a pu être perçu comme une dramaturgie mentale. Certains crient au feu quand on allume une cigarette, pensez donc… Il aura suffi qu’il mette en scène les figures majeures de son œuvre avec celles de maîtres anciens pour que les gardiens du temple s’évanouissent.
Alors que l’artiste ne cherche qu’à édifier une passerelle. Il veut inscrire son univers parmi les grandes thématiques. Comme tout le monde il dénonce l’argent, le sacrifice, la mort et la résurrection, etc. Il dialogue avec les anciens comme s’il était leur fils à tous. Il cherche à mettre en lumière de nouvelles significations en chamboulant l’académisme. Tout cet attirail qu’il entraîne depuis les années 1970 et pousse à passer à l’action.

Cet enfant prodigue de la nouvelle vague flamande des années 1980 est avant tout un dessinateur et un plasticien qui ose des mises en scène impossibles. Affichant une liberté insolente il place le corps au centre de son travail.
Ainsi, le Louvre a-t-il présenté une quarantaine d’œuvres allant du dessin à la vidéo, de la sculpture à la performance…

Avec ce très beau livre l’on s’attarde sur les œuvres et l’on étudie quelques traits particuliers de cette démarche hors des sentiers battus. On retiendra le martyr et l’art, le guerrier et la beauté ou encore les vanités ; des thèmes chers à Fabre qui y sculpte d’infimes variations. Tout en décalage il nous parle alors du culte de la beauté, du combat, du pardon mais aussi de la douleur de la création. Du talent dénié et de la violence de l’art.

Une exposition en forme de parcours du combattant qui s’est clôt avec l’évocation du rôle de l’artiste comme activiste poétique. Une apothéose que le visiteur (vous n’y étiez pas, vraiment ? quel dommage !) tout éberlué put apprécier à sa juste valeur.
Une œuvre monumentale – produite spécialement pour le musée – rendait hommage au célèbre cycle de Marie de Médicis peint par Rubens. Quelle claque pour les yeux.

Mais plongez-vous donc dans ce livre, vous dis-je. C’est (presque) aussi bien que l’expo. Et c’est pérenne…

anabel delage

NB – Flaminio Gualdoni consacre un bel article à Jan Fabre dans le second numéro de La Revue Blanche FMR, paru en juin 2008.

   
 

Marie-Laure Bernadac (sous la direction de), Jan Fabre au Louvre – L’ange de la métamorphose, Musée du Louvre éditions / Gallimard, juin 2008. 220 x 287, 200 illustrations, 240 p. – 45,00 €.

 
     
 
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