Karine Douplitzky, Poussée de sève

Un livre où titres et images suggestives réapprennent à voir le monde végétal

L’amour. Petit mot qui est synonyme de bien des choses… Ici, c’est un amour du végétal, pour ne pas dire un amour végétal tout court, qui transparaît. L’auteur est une poètesse, et nous offre des photographies impressionnantes. Elle magnifie le regard en offrant des titres pleins d’allusions à des clichés très sexués. Car ce sont les élans d’arbres, des bouts d’écorces, des troncs enlacés qui se dévoilent. Et le lecteur réapprend à voir. Il cherche les correspondances, suit des lignes du doigt et se retrouve à caresser la couverture, faite d’un carton presque brut. Et c’était là à la fois une idée de génie et un choix difficile à faire. En effet, la couverture tient en une page vierge, avec une découpe ronde dévoilant un détail… d’une photographie déjà très explicite qui ouvre le livre et donne le ton. Mais c’est un pari réussi, car ce contact nous ramène droit au propos initial, ce retour à la nature, cette redécouverte d’un monde que l’on pousse de plus en plus loin de nous. Et qui nous manque.

L’être humain est ici interpellé très fortement. Les formes se révèlent autres que ce qu’elles sont, et la nature surprend, amuse, voire émoustille. Les images se passent de commentaires, et une première lecture peut être faite sans même se référer aux titres. C’est un voyage initiatique, seulement rythmé par les titres évocateurs qui organisent l’ouvrage. Puis vient le second temps, où l’on lit la préface et remet les noms sur les images. L’imaginaire travaille une seconde fois, l’histoire change et les sensations s’affinent. Car bien sûr, les sens sont sollicités. Le regard, puis le toucher… puis les autres ! Car on ne sort pas indemne de cette lecture voyeuriste, on la poursuit ensuite, au détour d’une rue, d’un bosquet ou lors d’une balade en forêt. On joue à trouver des arbres taquins, des arbres sensuels, des arbres sexués. On cherche la branche, la feuille ou l’écorce qui dessine une nouvelle forme, vue sous un certain angle. Et on va y mettre les mains, on va sentir les effluves et se laisser porter par cette approche sous influence. Et peut-être même que l’on sort pour l’occasion son appareil photo, pour se constituer son ouvrage personnel, celui qui racontera l’histoire intime, avec ces éléments d’un monde enivrant, parfois si loin de soi.

Pas de réflexions sur les questions techniques, pas de critique sur les clichés. Pas besoin, ce n’est pas ce qui compte. Mais plutôt une belle pensée pour la toute nouvelle structure (un an tout juste !) imaginée par un grand monsieur de l’édition, Adam Biro qui, à travers elle, fait le pari de nous offrir de belles choses à lire… autrement.

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anabel delage

   
 

Karine Douplitzky, Poussée de sève, Biro éditeur, 2005, 109 p. – 55,00 €.

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