Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal illustrées par la peinture symboliste et décadente

A l’occasion du 150e anniversaire des Fleurs du Mal, D. de Selliers lance sa Petite collection

Lorsqu’en automne 2005 nous nous étonnions que Diane de Selliers sorte, deux ans avant le 150e anniversaire de la première publication des Fleurs du Mal, une magnifique et monumentale édition du recueil baudelairien, enrichie d’une iconographie remarquable puisée dans la peinture symboliste et décadente, l’éditrice nous répondait que, de toute façon, elle se situait hors des modes. Davantage attentive à suivre le rythme intérieur de sa collection « Les Grands textes de la littérature illustrés par les plus grands peintres » qu’à obéir aux sirènes trop bruyantes de la commémorationnite aiguë auxquelles se plient tant d’autres éditeurs, elle n’en envisageait pas moins de préparer une surprise pour 2007… Une surprise dont encore en septembre 2006 il ne fallait parler qu’à mots chuchotés, comme d’un secret dont la divulgation eût pu causer quelque catastrophe.

En mars 2007 enfin nous découvrions ce dont il retournait… La surprise est de taille – à entendre au sens strictement matériel puisqu’il s’agit rien moins que d’une réédition des Fleurs du Mal illustrées par la peinture symboliste et décadente en format réduit et de lancer, avec ce premier ouvrage, une nouvelle collection au nom aussi sobre qu’explicite : « La Petite collection ». Son but : reprendre les titres de la collection mère des « Grands textes » et les publier sous un nouveau format afin de les proposer à un prix beaucoup plus accessible que la version originale, soit 50 euros le volume. Le concept général est celui de toute collection dite « de poche » – donner une seconde vie à des parutions anciennes peu commodes à rééditer sous leur forme d’origine et gagner un nouveau public grâce à un prix plus modique – mais ici plus que jamais il faut veiller à ne pas confondre diminution de format et de prix avec baisse de qualité.

Avoir modifié les dimensions a entraîné un remaniement de la mise en page – des détails de fabrication qui donnent tout son prix au livre mais dont le lecteur n’a pas directement conscience, sinon à travers l’harmonie de l’objet qu’il a entre les mains… La disposition des marges, des reproductions et des blocs de texte a été réajustée page à page de façon à ce que soit maintenu le bel équilibre visuel qui caractérisait l’édition originale. Le résultat est radieux : malgré le changement de format, on garde intact ce sentiment que poèmes et images respirent et qu’ils échangent leur souffle avec une insigne légèreté… On notera cependant que de subtiles variations affectent les couleurs de certaines œuvres d’une édition à l’autre et que celles de la « Petite collection » sont parfois victimes d’un léger affadissement de leurs teintes. Ces nuances sont en général imperceptibles. Une seule reproduction en pâtit visiblement : Le Temple de la Pensée d’Albert Pinkham Ryder (p. 41), plus terne et plus obscur que dans l’édition grand format, a des zones sombres moins lisibles où l’on ne voit presque plus les détails.
 
La minutie de fabrication, pour extrême qu’elle soit, ne pouvait suffire à satisfaire l’exigence, que l’on sait grande, de l’éditrice : il fallait que la nouvelle édition des Fleurs du Mal, tout en restituant l’intégralité du contenu initial, apporte aussi quelque chose de plus… Ce « signe particulier » est à chercher dans l’iconographie : on trouve en page 8 une reproduction des Tournesols, d’Egon Schiele – en lieu et place du Coup de vent, de Léon Spillaert, qui est déplacé à la page 26, chassant, du coup, La Toilette, de Félicien Rops – et, page 11, on peut contempler la version… impudique de Baudelaire et sa muse, d’Armand Rassenfosse.

En ce qui concerne la présentation, le fort coffret toilé a été abandonné, la reliure s’est assouplie et a été parée d’une jaquette. La maniabilité est ainsi accrue ; l’ouvrage reste néanmoins d’une impeccable tenue en main, échappant aux malgracieuses distorsions qui déforment les livres trop souples et trop hâtivement reliés.
Le rouge sombre de la toile qui habillait le grand format, évocateur de sulfureuses alcôves toutes baudelairiennes, cède le pas, pour la couverture, à un gris dense et uni. Sobre et élégant, il répond à l’un de ceux que l’on trouve dans la reproduction de La Femme au chapeau, de Georges de Feure, qui orne la jaquette à la belle rigidité, véritable habit de lumière du livre. Pourvue de vastes rabats, elle se maintient parfaitement en place au gré des manipulations. On voit que, jusque dans les détails de la vêture extérieure, tout a été conçu pour allier maniablilité, beauté… luxe et volupté.

S’il peut paraître surprenant de voir la collection « de poche » initiée avec l’un des derniers titres des « Grands textes illustrés par les plus grands peintres », point n’est besoin de réfléchir très longtemps pour comprendre le bien-fondé de la chose… En choisissant d’ouvrir sa « Petite collection » avec Les Fleurs du Mal au printemps 2007, Diane de Selliers offre à son livre – et par là, à sa collection elle-même qui est ainsi portée, dès sa naissance, par un titre emblématique – le bénéfice d’un contexte doublement avantageux : sa date de parution d’une part le situe dans le sillage des événements auxquels va donner lieu la commémoration du 150e anniversaire de la première édition des Fleurs du Mal et d’autre part lui permet de figurer dans la sélection du Mai du Livre d’Art. Cela devrait lui assurer un juste écho auprès des professionnels du livre, des médias – donc des lecteurs potentiels. Un dynamisme dont il faut profiter… Et dès la rentrée – puisque l’information est déjà rendue publique, ne craignons pas de la relayer ici – « La Petite collection » s’enrichira de deux autres titres, présentés en coffret : les deux premiers ouvrages publiés, séparément à l’origine, par Diane de Selliers, à savoir les Fables et les Contes de Jean de La Fontaine, les unes illustrées par Jean-Baptiste Oudry, les seconds par Jean-Honoré Fragonnard.
Voilà une collection lancée tambour battant, grâce à laquelle un lectorat élargi pourra accéder à des ouvrages dont le prestige tient autant au contenu qu’à la conception. Puisse-t-elle rencontrer le succès qu’elle mérite.

Depuis deux ans que nous connaissons sa maison d’édition, c’est miracle de constater combien Diane de Selliers parvient, chaque année ou presque, à innover et surprendre ses lecteurs sans changer de cap. Il émane régulièrement de sa maison un souffle neuf qui donne un relief supplémentaire à la traditionnelle publication monumentale de l’automne – une fraîcheur d’autant plus remarquable qu’elle vivifie un créneau d’activité extrêmement étroit, où Diane de Selliers cependant se maintient avec une admirable constance. Le lancement de cette « Petite collection » prouve une fois de plus que l’éditrice agit en stratège avisée et que chacune de ses initiatives est une affirmation du soin qu’elle déploie pour valoriser ses livres et leur assurer la meilleure diffusion possible auprès d’un public décidément choyé – et surtout respecté.

Vous pouvez certes vous procurer le livre par l’intermédiaire de notre partenaire Amazon, mais aussi via le site de l’éditeur, où vous trouverez toutes les informations voulues concernant chaque ouvrage du catalogue.

isabelle roche

   
 

Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal illustrées par la peinture symboliste et décadente, éditions Diane de Selliers « La Petite collection », mars 2007, 471 p. – 50,00 €.

 
     
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