Jil Silberstein, Lumières de Joseph Csapski

Rencontre avec le peintre polonais Joseph Czapski, de la révolution russe à la Seconde Guerre mondiale

Jil Silberstein témoigne, dans un opuscule précieux et remarquable, de sa rencontre avec le peintre polonais Joseph Czapski. Le récit, très personnel, ébauche le portrait d’un artiste hors du commun, qui fut pour l’auteur – jeune alors – un mentor, un guide et un exemple. L’écriture sensible et très littéraire de Silberstein sert à merveille la narration courte, pointue, et dresse un portrait vif d’un siècle, à travers le parcours d’un homme qui en vécut les drames – Csapski traverse la révolution russe, la première puis la deuxième guerre mondiale et les camps staliniens.

La véracité du témoignage – puisqu’il se base sur un rapport réel entre les deux hommes, le maître et le disciple – est d’une douceur touchante et exaltante. Belle réussite que ce texte qui n’est ni un roman – fût-il autobiograhique – ni un essai, mais un chemin tendu pour connaître le cœur d’un homme. En des temps de verbiage pompeux, ou de vacuité flagrante, ce livre est une pépite qui se moque des modes. Csapski est un immigré polonais au destin hors du commun. Un homme qui a connu la guerre. Un artiste lumineux, méconnu, que ceux qui l’ont approché ont parfois vu comme un saint. Quelques reproductions de toiles incluses dans l’ouvrage permettent d’apprécier le travail du peintre, des couleurs ardentes au service de la vie quotidienne, autant d’instants figés dans leur extraordinaire banalité.

Quand Silberstein rencontre Joseph, celui-ci est déjà octogénaire. Il perd la vue, mais rien de son énergie. C’est un vieillard grand et maigre. Le jeune écrivain tremble devant la haute stature du personnage, et ce regard d’acier qui se pose sur le monde. C’est alors l’histoire d’une connivence, d’une influence, qui débute. Les interrogations du jeune homme sur sa propre œuvre encore en devenir, à la lumière de celle – géante – d’un homme qui se meurt. Comment, par un effet d’attraction-répulsion incontrôlable, Silberstein se laisse-t-il envoûter ? Il n’y pas de grandiloquence cependant, ni d’excessif respect, dans les mots de l’auteur. C’est une histoire de chair, sise dans un contexte culturel et politique précis – les années 75 à 93 – émaillée de la correspondance échangée entre les deux hommes, de poèmes qui leur sont chers. « N’étions nous pas les derniers justes ? », ainsi débute le livre. Il s’achèvera sur la première exposition de Csapksi au musée de Cracovie, juste avant sa mort, en 1993.

sandrine lyonnard

Jil Silberstein, Lumières de Joseph Csapski, Noir sur blanc, 2003, 74 p. – 15,00 €.

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