Gilles Van Grasdorff, L’Attrapeur de pluie

En octobre 1974 s’accomplissait une prophétie vieille de plusieurs siècles : un chef spirituel bouddhiste rencontrait un chef de clan hopi…

En octobre 1974, le seizième karmapa – chef spirituel d’une des quatre écoles du bouddhisme tibétain – rencontrait Chief Ned, chef d’un clan hopi, à Shungopovi, en plein cœur du désert de l’Arizona. Une rencontre qui répondait à une prophétie tibétaine vielle de plusieurs siècles :
Quand volera l’oiseau de feu et que le cheval courra sur les routes, le peuple tibétain sera dispersé comme les fourmis sur la face de la Terre, et le Dharma viendra au pays des hommes rouges.
Une rencontre qui répondait, aussi, à une nécessité vitale : faire tomber la pluie en pays hopi…

Trente années plus tard, Gilles Van Grasdorff nous invite à partager cette rencontre au sommet non pas en tant qu’ethnographe ou sociologue – pas même en tant que journaliste, témoin extérieur d’un événement exceptionnel. Non : son regard est celui d’un homme dont le cœur et l’esprit marchent de conserve avec ceux qu’il observe et écoute. Auteur de nombreux ouvrages sur le Tibet – notamment une série d’entretiens avec le quatorzième Dalaï-Lama Sa Sainteté Tenzin Gyatso, Terre des dieux, malheur des hommes (JC Lattès, 1995) et Le Dalaï-Lama, la biographie non autorisée (Plon, 2003) – il témoigne ici autant d’une aventure humaine et spirituelle que d’une étape de son propre cheminement intérieur. Il a construit son ouvrage en deux parties : l’une relate « la rencontre », où il passe, avec une remarquable fluidité, du récit de la rencontre proprement dite et des cérémonies qui s’en sont suivies, s’attardant minutieusement sur les détails des gestes accomplis, des paroles prononcées, des chants entonnés… aux évocations mythiques et légendaires qui, au cours des siècles, ont fondé les traditions des bouddhistes tibétains et des Hopis. La seconde partie, elle, relève davantage de l’autobiographie et rend compte d’un « voyage » personnel, intime. Cet ouvrage ne doit donc surtout pas être abordé comme un essai d’ethnologie – comparée ou non.

Les familiers de Gilles Van Grasdorff auront plaisir à retrouver dans ce livre sa plume alerte et légère, à travers laquelle se perçoit si bien la chaleur avec laquelle il accueille ce dont il entend témoigner. Mais L’Attrapeur de pluie risque d’être d’un abord difficile pour quiconque n’a jamais approché de près ou de loin les principes du bouddhisme ou l’histoire tibétaine, et ce bien que l’auteur fournisse d’abondantes informations : outre les notes en bas de page – point trop nombreuses mais pourvoyeuses d’indications essentielles – le lecteur trouvera en annexe deux cartes, l’une situant le Tibet, l’autre la réserve hopi dans le désert de l’Arizona, la liste des quatorze dalaï-lamas et des dix-sept karmapas, un glossaire reprenant tous les termes tibétains et hopis marqués d’un astérisque dans le texte et une bibliographie.

Dans cet ouvrage, Tout s’entremêle. Tout est étrange, et tel l’auteur rendu perplexe par certaines expériences spirituelles qu’il a vécues, le lecteur pourra être déconcerté par les va-et-vient continus entre réalité historique et mythologie, entre les diverses strates chronologiques, entre le regard du témoin et le « je » véhiculant en son nom propre les replis de son intériorité. Mais quelle que soit la perplexité du lecteur, il percevra, à coup sûr, combien ce livre est un appel à ouvrir son cœur et son âme au monde à l’entour et à tous ses passagers temporaires – tous sans exception.

isabelle roche

   
 

Gilles Van Grasdorff, L’Attrapeur de pluie (préface d’Yves Berger), JC Lattès, 2004, 336 p. – 19,00 €.

 
     
 
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