Franz-Olivier Giesbert, L’Américain

Dans un style tiré au cordeau, Franz-Olivier Giesbert trace le portrait d’un père à la personnalité roide comme une trique

D
ans un style conventionnel, tiré au cordeau, d’où rien ne dépasse ni dans un sens ni dans un autre, Franz-Olivier Giesbert trace le portrait d’un père à la personnalité roide comme une trique. Mon père m’a volé mon enfance, lance l’auteur-narrateur, et cela résonne, tel un gong. La violence s’affiche avec ses traits mesquins qui donnent à voir une première couche aux tons bruts ; suivent d’autres épaisseurs qui affinent le portrait, lui conférant un aspect moins fauve, plus expressionniste, teinté parfois d’un soupçon d’indulgence. Ce qui ressort du livre, c’est ce gâchis d’une enfance confrontée à la rage paternelle, où se mêlent coups de poing, volées et autres raclées ; cette enfance battue comme plâtre, projetée dans la haine et le ressentiment.

 
Ainsi s’exposent Giesbert, père et fils. Ce père violent – surtout « beurré » – dont la bonté, enfouie au tréfonds de lui-même, ne s’exprime vis-à-vis des siens qu’en de rares circonstances : Noël, certains anniversaires ; ou par le truchement de son amour des bêtes. Ce père, peintre refoulé, qui change ses frustrations en coups sonnants et trébuchants. Ce père, l’Américain, qui avait débarqué le 6 juin 1944 sur une plage de Normandie, comme autant de héros s’étant engagés pour la liberté, contre le nazisme. Ce père, prisonnier de lui-même, tentant de s’échapper en frappant l’alentour, bousculant l’entourage. Ce père, vomi, et malgré tout digéré par le temps, qui fait par conséquent son œuvre.
 
Quant au fils – l’auteur lui-même – il apparaît dans la nudité de la révélation. Ainsi se décrit-il sans détours : masturbateur notoire ; massacreur de chats ; violenté par un voisin lorsqu’il était enfant ; écrivain aux ambitions rabattues avec l’âge ; devenu journaliste pour contrarier le père. Peinture sans indulgence de cette figuration qu’est la vie. Mais y a-t-il complaisance à se l’interdire vis-à-vis de soi-même ? Ne sommes-nous pas face à une forme d’exhibitionnisme, par cette relation à soi, relatée pour quel autre ? Dans cette sincérité qui s’avance démasquée, on peut se reconnaître ; comme on peut s’en méfier. Dire ce qui est, est-ce vraiment tout dire ? Je est un autre, vous le savez bien. Et les ombres dessinent – autant que la lumière.
daniel leduc

   
 

Franz-Olivier Giesbert, L’Américain, Gallimard, 2004, 176 p. – 15,50 €.

 
     
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