François Dagognet, Philosophie à l’usage des réfractaires. Initiation aux concepts

En dépit de son titre, ce livre parlera bien davantage à ceux qui sont déjà initiés – philosophes ou enseignants

François Dagognet est philosophe, médecin, il est aussi grand-père. Cet universitaire de renom tente, par ce livre, de rendre la philosophie accessible à tous ceux à qui elle ne dit encore rien. Le pari est risqué. D’abord parce, s’agissant d’une initiation à la philosophie, le champ est large et les domaines nombreux. Sans doute est-ce pour cela que F. Dagognet a choisi de suivre les intitulés du programme de terminale ; cela offre en effet un récapitulatif commode qui permet aux apprentis philosophes de dix-huit ans de s’y retrouver plus facilement. L’ouvrage traite de notions telles que le langage, l’art… à travers de courts chapitres relativement autonomes mais d’inégale qualité – ceux consacrés à l’Histoire et à l’interprétation comptant parmi les meilleurs. Ces chapitres sont eux-mêmes regroupés dans des sections plus larges : le sujet, la culture… La difficulté se précise : il faut aborder l’existence, ou le temps, par exemple, en cinq pages… nécessité drastique qui conduit l’auteur à considérer comme connu ce à quoi il devrait ouvrir : Qui ne se souvient de l’allégorie de la caverne (…) Descartes, pour rappeler des analyses connues, devait montrer qu’à la moindre chaleur le morceau de cire perd ses qualités… (pp. 25-26).

Ce qui est présenté l’est souvent de façon beaucoup trop allusive, et qui ne connaît rien à la philosophie aura bien du mal à en saisir quelque chose : Bergson qui devait célébrer comme nul autre la durée créatrice (la durée, non pas le temps, à ses yeux trop spatialisé et donc perdu). F. Dagognet, par trop soucieux d’aller à l’essentiel, se réfère aux oeuvres les plus connues – connues selon lui au point qu’il juge inutile et peut-être fastidieux d’y donner véritablement accès. L’auteur enfin ne semble pas mesurer ce que son écriture, au demeurant rigoureuse et agréable à lire, peut avoir d’obscur pour le public auquel il souhaite s’adresser, par exemple ceux dont le milieu social n’a pas favorisé l’entrée dans le milieu académique. Ainsi lorsqu’il est question de l’esthétique de la ponctualité et du catalogue que Hegel refuse aussi bien qu’une esthétique éloignée des œuvres, nombre de lecteurs ne comprendront pas où se situe le rapport entre le fait d’arriver à l’heure et l’esthétique.

Ce livre parlera bien davantage à ceux qui sont déjà initiés, qu’ils soient philosophes ou enseignants en philosophie et pour qui l’analyse du morceau de cire par Descartes n’est pas une suite de sons dépourvue de signification. Les simples allusions ne sont plus pour eux des obstacles : elles mettent en évidence ce que la perspective proposée par le livre permet d’embrasser. Car c’est là l’intérêt majeur de cet ouvrage, d’une richesse et d’une densité extraordinaires : inscrire chacun des thèmes abordés dans une perspective élargie.

la rédaction

   
 

François Dagognet, Philosophie à l’usage des réfractaires. Initiation aux concepts, éditions Les Empêcheurs de penser en rond, 216 p. – 15 €.

 
     
 
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