Anton Tchekhov, Conseils à un écrivain

A l’occasion du centenaire de la mort de Tchekhov, voici de précieux conseils tirés de sa correspondance.

Le 2 juillet 1904, vaincu par la tuberculose, Anton Tchekhov, après un ultime verre de champagne, s’éteint. Un siècle plus tard, centenaire oblige, l’éditeur Piero Brunello rassemble en un livre tous les extraits de correspondance de l’auteur traitant de l’écriture et de son travail d’écrivain. Enrichis par l’éclairage de sa préface et par une biographie de Natalia Ginzburg, ces textes sont passionnants pour ceux qui aiment entrer dans les cuisines de la littérature, qu’ils soient écrivains ou non. Et spécialement dans celle d’un grand auteur qui fit ses débuts au moment où Dostoïevski et Tourgueniev disparaissaient, et qui fut l’ami très cher de Tolstoï et de Gorki, ses contemporains.

D’abord, confie Tchekhov à Gorki, on écrit parce qu’on se casse le nez et qu’il n’y a rien d’autre à faire… Ailleurs il précisera le grand dessein qui devrait animer ceux qui se consacrent à cette activité : La vie est une marche vers la prison. La vraie littérature doit enseigner comment fuir ou promettre la liberté. Ambitieux, amis frères de plume, soyez-le, mais ne vous y prenez pas n’importe comment. Les explications sont détaillées. Comment écrire – et comment ne pas écrire -, pour qui écrire, et surtout qu’écrire. Anton Tchekhov n’est pas avare de ses expériences ; il se raconte, se juge, se livre, encourage. Il dit aussi quand, à quel rythme écrire. Les personnages, leur nombre idéal. Des conseils aussi précis que des ordonnances, car n’oublions pas que Tchekhov fut médecin. Conceptions dépassées ? Pour la bonne santé littéraire de ses correspondants, il rentre dans les choses à éviter : pas de leçons, pas de prêche, se borner à décrire, être véridique, sincère, simple, pas de charlatanisme, ne pas inventer des souffrances que tu n’as pas ressenties… on ne doit jamais mentir. L’art a ceci de particulièrement grand qu’il ne tolère pas le mensonge…

Dans ses conseils, l’auteur de La Mouette, de La Cerisaie et de Oncle Ivanov fait preuve pour ses amis d’une grande générosité. Il pousse la bienveillance jusqu’à la modestie. Selon sa propre description, préférant une vie retirée aux soirées littéraires, s’abritant volontiers derrière son rôle de médecin. Modèle de comportement dans la jungle d’une intelligentsia hypocrite, fausse, hystérique, mal éduquée et paresseuse. Les conseils d’un écrivain reconnu mais modeste – et qui en plus voue une telle haine aux guillemets – ne peuvent être foncièrement inutiles.

colette d’orgeval

 

   
 

Anton Tchekhov, Conseils à un écrivain, Editions du Rocher – Anatolia, 240 p. – 19,90 €.

Choix de textes traduits du russe par Marianne Gourg, préface de Piero Brunello, suivie de Vie d’Anton Tchekhov de Natalia Ginzburg, taduit de l’italien par Béatrice Vierne.

 
     
 
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