Al Kindi, Le moyen de chasser les tristesses et autres textes éthiques

Contemporain de Haroun al Rashid, Al Kindi est sans doute le seul philosophe majeur authentiquement arabe

Al Kindi ou l’introduction au passé du passé

Al Kindi, surnommé le « philosophe des Arabes », est sans doute le seul philosophe majeur « authentiquement arabe ». Contemporain de Haroun Al Rashid, fondateur à Bagdad d’une « maison de la sagesse », (Bit al Hikma), Al Kindi y collaborera à la demande du Calife Al Ma’mun successeur de Haroun Al Rashid. Il sera également précepteur du fils du futur Calife Al Mu’tassim.

La démarche d’Al Kindi se caractérise par la constitution d’une bibliothèque d’une part et par l’interdisciplinarité d’autre part. Il est l’acteur central de la démarche de traduction vers l’arabe des textes scientifiques et philosophiques de l’Antiquité. Fou d’arithmétiques, de géométrie, d’astronomie, d’astrologie, de météorologie, d’optique, de médecine, de philosophie, de théologie, il sait choisir pour chacune de ces disciplines les ouvrages adéquats dont il maîtrise parfaitement le contenu.

Progressivement, il maîtrise la totalité des disciplines qui le passionnent et en restitue des synthèses critiques. Son principal biographe, Ibn Al Nadim, nous indique dans son fihrist que Al Kindi est l’auteur de deux cent quarante et une œuvres qui touchent aux sujets les plus variés. Il s’illustre cependant dans la production de textes « éthiques », c’est-à-dire qu’il admet que la Raison questionne le destin de l’âme.

Traduire Al Kindi et commenter sa production est une démarche politique, en ce début du XXIe siècle. C’est, de la part des auteurs et de l’éditeur, une pierre dans le jardin de ceux, musulmans et non musulmans, qui veulent réduire l’islam à une succession d’interdits et de frustrations.

Al Kindi était animé par la recherche de l’altérité et par la fusion des idées. Il mariait la philosophie et la foi. Il vivait sans contradiction sa foi, l’Antiquité et les prostituées de Bagdad. Il est l’antithèse des extrémistes djihadistes, FISistes et autres frères musulmans sunnites ou Khomeynistes Chiites. Il est le héraut d’un islam vibrant d’une sensuelle recherche de liberté et d’horizons. Il offre à nos contemporains comme aux siens la certitude que la richesse vient de la diversité et de la confrontation. Pourtant, son œuvre philosophique ne laissera pas de traces essentielles dans la pensée arabe. « Il ne se fonde pas sur l’analyse pour discerner le vrai du faux » dira-t-on de ses œuvres logiques, en un jugement un peu sévère. Qu’importe. Hier délaissé par les érudits et savants arabes, il redevient aujourd’hui un élément central du dialogue nécessaire entre le passé et le présent. Ses traductions des auteurs grecs éclairaient le présent et rendaient la réalité de l’islam intelligible. Aujourd’hui encore, sa démarche reste un phare. Et ses traducteurs des pionniers.

arthur nourel

   
 

Al Kindi, Le moyen de chasser les tristesses et autres textes éthiques, Fayard, 2004, 127 p. – 10 €.

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