Yann Moix, « Tic et Tac », Revue Bordel n°3

Sous le soleil, Yann Moix observe le zoo urbain et le raconte avec des mots sarcastiques chauffés par une libido énervée…

Merci Stéphane Million ! Grâce à toi, cette belle journée a commencé par un mail me prévenant que le numéro 3 de Bordel était à lire dès cet instant, sur le site.

Et en première ligne, ces mots aussi irrésistibles que l’effluve d’une renarde nymphomane pour un lièvre exhibitionniste : « Je bâille vers un con. L’aventure est rousse. Les écureuils sont en sueur. Ils sont par-delà mes épaules. Je les sens qui respirent, ont le trac. Le sentier des rousses est odorifère. Comme dans les bois, en un peu pourri. L’ambiance est à l’automne. Mousses, lichens. Cette rousse est dodue… » Un extrait de Tic & Tac de Yann Moix, où il s’agit un peu des femmes qu’on veut baiser, et des jeux biaisés de la séduction, alors qu’on veut juste baiser, c’est bien ça ?

Je pars donc me promener dans les bois de la Gaule rebelle

La Mécanique des Ecureuils

C’est signé Yann Moix. D’après lui, il écrit plutôt des inepties, en général assis à la terrasse des cafés en matant les demoiselles de tout crin, ce qui au moins lui évite de devoir fréquenter la faune des bureaux. Sous le soleil d’une fin d’après-midi d’été, il observe le zoo urbain et le raconte avec des mots sarcastiques chauffés par une libido énervée qui s’imagine en sexualité-ultra-méga-débridée. Brunes, blondes, chatains ou rousses, les femelles sont les héroïnes du spectacle, parfois accompagnées de pauvres types qui ne méritent ni l’énergie dépensée pour tirer leur lamentable portrait, ni la déprime ressentie face aux goûts de chiottes affichés par ces belettes.

Donc, Yann Moix écrit seul à une table de café. Mais en fait, ils sont deux sur le carnet, dont une chatte rousse, et ils s’agitent à même le crépuscule du plancher, une langue de plume pour chatouiller la rousseur de zones inaccessibles et faire jaillir des tâches de dessin animé quand la queue s’entête. Ca assure niveau résultats. « N’ayez pas peur, mes rousses, je saurai vous respecter le cul. » écrit-il et on comprend pourquoi il embrase les jeunes lectrices en fleur… Entre le vivre et l’écrire, il est cependant clair que sur ce coup-là, le choix s’est fait sans lui, et que seuls quelques fauves souvenirs de tétons bucoliques ont suffit à coucher le flot de fantasmes sur le papier. Dans les bars, les rousses boivent leur café et prennent la porte vers d’autres aventures, puis deviennent des salopes dans la tête de masturbateurs ou d’écrivains obsédés.

Programmées pour se faire mettre

Entre Tic et Tac, Yann Moix prend la position de l’hétéro lucide tendance ethnologue. Sa lecture désabusée d’une société, peuplée de salariés nains à chibres d’ogres, toute entière motivée par ses quelques instants de jouissance en fin de soirée, bien chers payés en humiliations ritualisées au bureau tout le reste de la journée, est criante de vérité, mais surtout, elle le fatigue.

« Je ne supporte plus l’avant (ni l’après non plus, d’ailleurs, mais j’y reviendrai). Je ne supporte plus les prises de rendez-vous, les coups de fil, les arrivées grandiloquentes dans les endroits branchés, les réservations pénibles, les conversations kantiennes, les concours de grimaces intelligentes, les petits moments de poésie pure, les promenades sous la lune, l’euphorie calculée des alcools, l’intelligence distillée toute la soirée. Je ne supporte plus d’essayer de faire mouche avec les mêmes histoires aux mêmes endroits, je ne supporte plus mes histoires, sans cesse identiques quelle que soit la chatte en face à brouter, et j’aimerais vraiment que toutes ces minutes d’hypocrisie humaine se réduisent en efficacité animale. »

En conséquence, ça débande grave sur la fin, et tout le monde perd son sourire. Les dernières pages se durcissent, les mots basculent (la nuance entre « salope » et « connasse » si vous voyez ce que je veux dire). Faute d’imaginer une alternative à cette comédie des hormones qui dépossède bel et bien l’espèce humaine de ses prétentions à un idéal, il me semble que Yann Moix perd son humour en même temps que le romantisme et s’abîme dans l’amer. Ce qui n’enlève rien à son talent et ne m’empêchera pas d’attendre son prochain papier avec impatience.

Jeunes filles, demandez donc une addition séparée si vous partagez sa table, ou alors mieux, invitez Yann Moix en amoureux, il n’en reviendra pas.

Entrez dans le Bordel

stig legrand

Yann Moix, « Tic et Tac », Revue Bordel n°3, nouvelle 12 pages, mai 2003

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