Sheila Heti, Les Fables du milieu

Tels des contes, ces fables mettent en scène des personnages rocambolesques, évoluant dans des univers fabuleux

Le monde merveilleux de l’amour

 

« La princesse et le plombier », « Une sirène dans un bocal », « La femme qui vivait dans une chaussure », « Le tout petit beignet », « La guenon préférée »… Autant de titres, de courtes histoires mêlant rêve et réalité. Proches des contes, ces fables mettent en scène des personnages rocambolesques, évoluant dans des univers fabuleux. Quel garçon pourrait tomber amoureux fou d’une guenon ? Et pourtant, on y croit !

Ces récits s’appuient sur des éléments réalistes et, surtout, délivrent une morale. Bien qu’on ait l’impression d’être transporté ailleurs, de découvrir un nouveau monde, ce que l’on retient finalement, c’est la morale de l’histoire. Ici, le merveilleux n’est qu’un prétexte pour transmettre une leçon. Dans « La fille qui plantait des fleurs », on apprend que le sexe sans amour, c’est laid. « Le monologue de la lune » suggère qu’il faut se réaliser pour s’aimer. Chaque fable est un enseignement. Une approche. Une nuance, comme l’évoque, d’ailleurs, le titre de l’ouvrage. Chaque récit apporte une nouvelle brique à un même édifice : l’amour. Comme si cet état de grâce se construisait. Comme s’il était un de ces pays à bâtir. L’amour, Sheila Heti le conjugue à toutes les personnes et à tous les temps. Celui de l’innocence, de l’apprentissage, de la sagesse.

Ce livre représente une sorte de méthode pour apprendre à s’aimer et à aimer les autres. L’auteur parle du chez-soi, de la solitude, de la vie à deux, de la colocation, de la famille… en soulignant à la fois les obstacles à l’amour et ses potentialités. En lisant la première histoire, on devine que sans amour, la vie est un cauchemar. En le refusant, on se rend malade, malheureux. La seconde révèle que l’amour des autres passe d’abord par l’amour de soi… En racontant ces fables, Sheila Heti apporte, d’une façon originale, des éléments de réponse à la question : qu’est-ce que l’amour et comment l’atteindre ? Dans « La femme qui vivait dans une chaussure », elle décrit la peur de vivre à deux, en société, d’une drôle de manière, d’une manière drôle.

Même si le thème est abordé sous un angle différent à chaque histoire, ce livre est construit de façon progressive. Les premiers récits décrivent des vies sans amour. Les Fables du milieu donnent à voir les obstacles à l’amour et ses potentialités, à travers des points de vue nuancés. La fin du recueil suggère la fin de toutes choses, y compris de l’amour. Même s’il n’est pas d’un style remarquable (il s’agit d’une traduction, ne l’oublions pas !), cet ouvrage reste facile et agréable à lire. Il divertit, un peu comme un manège dans une fête foraine. Alors, qu’attendez-vous ? Entrez donc dans le monde merveilleux de l’amour !

Géraldine Grunberg

Sheila Heti, Les Fables du milieu (traduction Dorothée Zumstein), Éditions 10-18 « Domaine étranger », 2003, 130 p. – 6,00 €. 

Publicités

Commentaires fermés sur Sheila Heti, Les Fables du milieu

Classé dans Nouvelles, Poches

Les commentaires sont fermés.