Philippe Di Folco, Tentatives de sourires et autres plongeons

Down tempo, ces vignettes d’émotion à la limite de la fiction sentent les photos oubliées qu’on s’amuserait à classer

Seul en haut du plongeoir de sa mémoire, Philippe Di Folco convoque ses lecteurs à retourner vers le passé, quelques jours, quelques années, en arrière, pour s’asseoir une cigarette à la main et assister au spectacle.

Fragments, bribes, éclats, ricochent en 26 documents écrits dans lesquels se disloque un réel tissé d’expériences à la limite de la fiction.

C’est dans les moments creux que l’auteur trouve les empreintes les mieux conservées de ceux dont les fils s’enroulent toujours autour de son stylo dégingandé.

Down tempo, personnelles et prégnantes d’émotion, ces vignettes sentent le plaisir d’écrire et l’étrange sensation que l’on éprouve devant des photos oubliées, qu’on s’amuserait à classer.

« Ne pas savoir nager à treize ans c’est pas grave, en fait ? »

Et ignorer ce que le plongeon amènera au bout de la chute, bitume ou limpidité chlorée, c’est prendre le risque qui fait un livre unique. Le risque d’écrire sur ce qui touche, d’éclater l’histoire au rythme syncopé du temps, sans crainte ni trop d’illusion, pour poser un doigt sur la bouche énigmatique du présent.

Bien dessinés et ancrés dans leur époque, les anti-héros traversent Berlin ou Créteil avec élégance, écrivent dans la revue Orthopédique, s’interrogent en écoutant Exercise 1 de Joy Division et quand ils perdent les pédales, hésitent sur une tentation de soupirs au Batofar et d’autres frissons.

« Turn on your TV,
Turn down you audiophone
Turn away from it all,
it’s all getting too much »

« Tu le sais toi mon cher journal que JE NE MENS JAMAIS ! »

Il y a des blessures et des caresses dans ce livre. La notion d’hyperbiographie y prend tout son sens, et la réinterprétation des évènements danse avec le réalisme des rencontres, des membres de la famille croisent de purs fantasmes, différentes versions de Di Folco s’interfacent avec des situations imaginaires… Le seul qui s’autorise à être vraiment réel, serait presque l’obsédant Alison Webster…

Emois sexuels, krach des émotions, tendresse cynique, le camping de Saint-Gilles-Croix-de-Vie, respect aux ancêtres, des kilomètres de livres et une mélodie africaine, voici l’inventaire qui change la chute libre en vol plané.

Le dérisoire s’avère le centre moteur dans lequel le rictus se transforme souvent en sourire ambigu qui prononce : « Et si vous n’aviez plus rien à vous dire ? Et si ce texte avait tout épuisé ? Et si cette histoire était une hyperbiographie, plus vraie que la vraie, absolument fidèle, au microdétail près, extensible et croissante comme ce philodendron toujours vivant, offert à tes parents le 20 avril 1963, pour leur mariage, plante verte d’appartement qui pousse encore et encore aujourd’hui (meurt-il demain du fait d’en parler ?), se déploie, forme nœuds et radicelles le long d’attelles en bambou, bruissante et chatoyante, malgré les déménagements, l’absence d’eau, de chanson, de cris et de rires ? »

Rien ne se perd, tout se transforme

De livre en livre, Philippe Di Folco s’explore avec l’enthousiasme d’un archéologue du vécu à la recherche de vérités universelles. Des fouilles qui démontrent au premier plan son humanité, qui tendent à prouver une forme d’existence et suscitent l’intérêt de tous les lecteurs qui aiment rencontrer une authentique sensibilité dans une écriture.

stig legrand

Philippe Di Folco, Tentatives de sourires et autres plongeons, Denoël, 2002, 218 p. – 16 €.

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