Laura Grimaldi, La faute

Rapprochés par le meurtre, deux frères se redécouvrent et c’est le seul intérêt de ce polar laborieux mais primé

Le 3ème roman de Laura Grimaldi, journaliste, traductrice et éditrice Milanaise, s’ouvre sur une scène morbide avec la froideur d’un procès-verbal.

Ecartelé sur le parquet dans la position du canon des proportions cher à Léonard de Vinci, gît le cadavre de Corrina Lotus Martini, revu et corrigé au tesson de verre.

Les mœurs de cette avocate dominatrice dissimulaient une réalité physiologique ambiguë, dorénavant révélée au grand jour. Les mutilations dont elle a été victime et quelques maigres indices orientent les enquêteurs vers un suspect : Alfiero Falliverni, son amant du moment.

Lourdeurs administratives

Rapidement inculpé, le délicat professeur d’histoire est pris dans l’implacabilité stupide des rouages du système judiciaire à l’italienne. Les vacances ne sont pas loin, et pour Delli Veneri, substitut du procureur, l’accusé est forcément coupable. Comble de malchance, le prévenu souffre également d’un effet de piston inversé, par le biais de son beau-père, le procureur Lo Popolo, dont la rigidité proverbiale ne se démentira pas en faveur d’un membre de sa famille.

Du palais de justice aux murs de la prison Milanaise, il n’y a pas loin. De la cellule de détention provisoire à l’effroyable section spéciale réservée aux plus endurcis, le pas est vite franchi : le pauvre Alfiero abandonne la brutalité de ses camarades prisonniers pour user sa résistance en isolement.

Pendant ce temps, rares sont ses alliés à l’extérieur. La date du procès se rapproche, et ni l’avocat, ni la proche famille ne semble disposés à s’impliquer dans sa défense ou même à l’épauler. Seul à se déplacer jusqu’au parloir, son frère Aleardo, le maître verrier confronté à une violence qui le dépasse, tente de regarder la réalité en face. C’est compter sans la ronde hypnotique des héroïnes de cette histoire : Maria Anna aussi compliquée que fragile, Rosaria agressivement fraternelle, Mary de plus en plus lointaine, la mère éternellement absente…
Mais qui connaît la vérité ? Où se loge la culpabilité et où s’arrête l’erreur judiciaire ?

Indigestion passagère

Minables jeux de pouvoir, attentisme et indifférence familiale, difficile tant pour les protagonistes que pour les lecteurs d’éviter les premiers symptômes de la dépression. Etouffé par l’air immobile de la cellule comme le Falliverni de l’intérieur ou manipulé par les convenances comme celui de l’extérieur, tous n’ont qu’une envie, lever les yeux vers autre chose, vers un ciel moins plombé, vers une ville lavée.

Rapprochés par le meurtre et la séparation, deux frères se redécouvrent et c’est bien le seul intérêt de ce polar laborieux. Présenté comme un roman de suspens psychologique, La Faute laisse une impression mitigée : écriture efficace dans tous les détails mais dénouement aussi bienvenu que prévisible.

stig legrand
Laura Grimaldi, La faute, Suites Métailié, 2003, 256 p. – 13,00 €
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